Eux sur la photo, Hélène Gestern

ImageC’est un très beau premier roman épistolaire que m’a conseillé ma bibliothécaire. « Tous les lecteurs  sont revenus enchantés de leur lecture« . Alors c’est toute affaire cessante que je me suis plongée dans ce roman épistolaire où deux adultes essaient de reconstituer la vie de leurs pères et mères respectifs, reconnus par hasard sur une photo ancienne.
Hélène a perdu sa mère à trois ans et ne sait rien d’elle,  son père et sa belle-mère chérie ayant toujours refusé d’en parler.
C’est pourquoi, une fois adulte, ayant retrouvé, dans des papiers de famille,  une photographie  montrant une belle jeune femme tout sourire  entourée de deux joyeux inconnus, elle lance une petite annonce avec cette image et les deux noms écrits au dos.  Miracle! Elle reçoit une réponse et une correspondance sur plusieurs années commence alors entre elle et Stéphane, un scientifique vivant en Angleterre qui a reconnu son père sur la photo. Il leur faudra du temps pour reconstituer leur histoire car le cœur du problème s’est joué au moment de leur naissance et les découvertes se feront lentement mais sûrement, non pas en comptant sur la mémoire des derniers survivants, tous atteints désormais plus ou moins de confusion mentale, mais grâce  à la photo et à quelques archives. Le passé resurgit dans toute sa violence, bien loin de l’image édulcorée qu’on leur avait imposée mais le présent reprend ses droits, avec des sentiments tout aussi forts.

C’est vrai. On ne m’a pas menti: c’est un très beau premier roman.

Eux sur la photo de Hélène Gestern, premier roman
(arléa, août 2011, 274 pages)

Ce billet  est déjà paru sur mon blog principal:

http://liratouva2.blogspot.fr/2012/10/eux-sur-la-photo-de-helene-gestern.html

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Journée de la terre et Rimbaud

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Dans les bois

Au printemps l’oiseau naît et chante:
N’avez-vous pas ouï sa voix?…
Elle est pure, simple et touchante,
La voix de l’oiseau – dans les bois!

L’été, l’oiseau cherche l’oiselle;
Il aime – et n’aime qu’une fois!
Qu’il est doux, paisible et fidèle,
Le nid de l’oiseau – dans les bois!

Puis quand vient l’automne brumeuse,
il se tait… avant les temps froids.
Hélas! qu’elle doit être heureuse
La mort de l’oiseau – dans les bois!

Arthur Rimbaud (1808/1855)

22 avril 2014 – Journée de la Terre – Colibri bleu 

Aube de Paul Eluard

                                                              Image

                                                              Le soleil qui court sur le monde
                                                               J’en suis certain comme de toi
                                                               Le soleil met la terre au monde

                                                               Un sourire au-dessus des nuits
                                                               Sur le visage dépouillé
                                                               D’une dormeuse rêvant d’aube

                                                               Le grand mystère du plaisir
                                                               Cet étrange tournoi de brumes
                                                               Qui nous enlève ciel et terre

                                                               Mais qui nous laisse l’un à l’autre
                                                               Faits l’un pour l’autre à tout jamais
                                                               Ô toi que j’arrache à l’oubli

                                                               Ô toi que j’ai voulu heureuse.

                                                               Aube de Paul Eluard

La littérature nous transforme, Antoine Compagnon au Collège de France

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Les livres nous transforment.

Je suis ce que les livres m’ont fait.

Chacun appelle littérature ceux qui l’ont fait, ceux qui l’ont transformé.

Chacun de nous se raconte sa vie.

L’identité narrative,c’est le récit de ce qu’on est.

Je comprends qu’on puisse avoir peur de la littérature.

La littérature peut vous bousculer,  vous bouleverser, vous transformer.

Chaque fois que je prends un livre, je prends un risque, celui de changer. 

Antoine Compagnon (Collège de France . Chaire de littérature française moderne et contemporaine : Histoire, critique, théorie. )

 

Mon blog principal: liratouva2Mango

Dictionnaire amoureux de Marcel Proust par Jean-Paul et Raphaël Enthoven

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(Rappel: Blog premier: Liratouva Mango )

Ouvrage jubilatoire! J’ai particulièrement apprécié ce passage:

(Quand et comment lire Proust dans une  vie?)

La Recherche est une œuvre que tout proustien respectable doit lire au moins quatre fois dans son existence. D’abord, et par bribes, à l’adolescence, quand il n’a que l’intuition des vérités que ce livre recèle. Puis, si la littérature devient sa grande affaire, afin de satisfaire aux exigences d’un cursus. Quand, par la suite, survient son premier chagrin d’amour, il trouvera dans la jalousie de Swann, la décrépitude de Charlus, ou le cycle d’Albertine une profondeur, une puissance consolatrice, que les deux premières lectures ne lui avaient guère permis d’entrevoir. La quatrième lecture enfin, celle du dernier âge de la vie, sera, pour qui y consent, la plus décisive puisque tout, au crépuscule, se dépouille des petits enjeux de vanité ou de conquête.

Les deux auteurs de cet ouvrage, malgré leur différence d’âge, en sont, ensemble, à l’avant-dernière étape de ce processus. Et ils se réjouissent à l’idée de devoir croiser leur cher Marcel Proust encore une fois – demain ? Tout à l’heure ? Plus tard ? Ils savent déjà, en tout cas, que la Recherche est un livre qui se transforme à chaque rendez-vous. Et que, relisant ses pages familières, ils liront sans cesse un livre nouveau et modelé sur l’état d’esprit mobile de qui s’y aventure. Ce privilège, glorieusement unique, assure à ce chef-d’œuvre une perpétuelle virginité qui autorise en retour qu’on s’en croie, à chaque assaut, le premier conquérant. (Extrait de la page 11)

Dictionnaire amoureux de Marcel Proust par Jean-Paul et Raphaël Enthoven (Plon, 2013, 730 p.)

Pour ma part, ayant déjà pas mal vécu,  j’en suis à ma troisième lecture, sans compter les livres audio que je prends plaisir à écouter dès que possible.

Loving Frank, Nancy Horan

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Je termine ce livre  bouleversée après être passée par toute la gamme possible des réactions d’une lectrice lambda qui, tout en connaissant l’architecte Frank Lloyd Wright et ses belles réalisations, ignorait tout de sa vie privée. Autant dire que  je suis passée par bien des émotions  durant la lecture de ces 540 pages (Buchet/Chastel éd.). Tout d’abord, j’ai failli abandonner dès la première partie  tellement l’histoire de l’infidélité du couple Frank Lloyd Wright et Mamah  Borthwick Chesney, chacun marié de son côté avec 9 enfants à eux deux, me semblait convenue et  désormais banale mais l’intérêt est venu dès leur fuite en Europe et s’est accru avec la rencontre entre Mamah et la féministe suédoise  Ellen Key  dont elle voulait devenir la traductrice au point de ne pas suivre son  amant lors de son retour en Amérique. Quant à la troisième partie,  le divorce de Mamah  et les retrouvailles avec ses enfants, la construction de Taliesin, leur maison commune à elle et  Frank mais près de la famille de celui-ci et la fin surtout, je l’ai trouvée d’une grande intensité dramatique. J’ai avalé ce récit, le cœur battant,  d’autant plus que je savais l’histoire  vraie  puisque,  comme journaliste, la romancière avait fait de sérieuses recherches avant de se lancer dans son récit.

La grandeur de ce roman tient avant tout pour moi au fait que ce ne soit pas une simple histoire d’amour contrarié, violemment rejeté par la société et la presse de l’époque mais c’est surtout l’évocation plus ample de la difficulté d’être une femme libre en ces premières années du XXe siècle qui est au centre du récit.

J’ai longtemps été partagée  entre deux sentiments contradictoires: le rejet et l’agacement devant la légèreté des personnages quant à l’abandon de leurs enfants. Ceux de Mamah n’avaient alors que deux et sept ans si je me souviens bien. Pour moi, il n’y a rien à faire, excuser un tel comportement m’est difficile. D’un autre côté j’ai admiré la prise de position féministe qu’elle a adoptée par la suite et son courage  pour affronter tous les moments de détresse éprouvés au cours des nombreuses épreuves   vécues dans la solitude la plus complète. Le personnage de Frank Lloyd Wright ne sort d’ailleurs  pas grandi de cette histoire  me semble-t-il. Je l’ai ressenti comme trop  égoïste et léger  pour être attachant. Ceci dit, j’ai beaucoup aimé ce livre et je vais poursuivre avec quelques recherches sur  ces personnalités  remarquables mais fragiles aux destins si tragiques .

C’est une lecture commune avec Enna  , Jules, Sylire et Sophie/Vicim

Loving Frank par Nancy Horan (Buchet-Chastel, Traduit de l’américain par Virginie Buhl 2007/2009, 540 p) Titre original: Random House

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