Petit retour en arrière avant la prochaine rentrée littéraire

Pierre lemaitre au revoir là-haut
L’idée me vient du blog de Kathel, ce matin. Elle revient sur ses coups de cœur de la dernière rentrée (automne 2013, hiver 2014) C’est une bonne idée de faire ainsi le point puisque aujourd’hui j’ai un peu de temps.

J’ai donc particulièrement aimé cette année:

Déjà cités chez Kathel: Au revoir, là-haut, Réparer les vivants, La petite communiste qui ne souriait jamais , Plonger,

Voir la suite de l’article ICI

Publicités

Je rêvais d’autre chose, Nicolle Rosen

Je rêvais d'autre chose Nicolle Rosen
A quoi rêve une jeune femme quand son père, ignoré volontairement depuis de longues années, s’éteint lentement à l’hôpital?
Et à quoi songe celui-ci avant de disparaître, emporté dans ce vertige enivrant au bord de l’abîme?

Deux narrateurs, le père et la fille, s’affrontent une dernière fois en croisant leurs souvenirs, dans une alternance parfaite des chapitres consacrés à la vie de chacun. Ils n’ont pas été tendres l’un pour l’autre. Indifférence et rancœur pour un mauvais mariage d’un côté, colère froide sans indulgence et éloignement de l’autre pour un sentiment oppressant d’injustice. Silence des deux côtés. Souffrance indicible pour chacun.

C’est toute leur histoire qui est évoquée dans ces moments douloureux, avant l’ultime séparation, définitive, celle-là – non seulement l’histoire familiale mais aussi celle du siècle dernier et des deux guerres qui firent exploser tant de destins individuels. La famille juive a fui les pogroms de Pologne pour s’installer en Allemagne où sont nés les enfants puis de là en France pour fuir à nouveau vers la Suisse avant leur retour en Alsace.
Nina, est une jeune mère divorcée, toujours à la recherche de l’homme idéal, et Max, le père qui se voulait si exemplaire, sombre dans la dérive du jeu.

Chacun cherche autre chose, une autre vie, bien meilleure, mais laquelle?
Le savent-ils vraiment ?
« Autre chose », toujours !

Je voulais seulement revivre les moments heureux. Mais ma mémoire est devenue trop lourde pour que je puisse en faire ce que je veux, elle pèse sur ma poitrine, elle m’empêche de respirer.

C’est un récit d’autant plus émouvant que c’est le dernier de l’auteur, qu’elle le savait et qu’elle y a travaillé jusqu’au bout.

Je rêvais d’autre chose, Nicolle Rosen,
Roman, mai 2014, 156 p.

éditions Thierry Marchaisse

Voir ICI

L’odyssée de Pénélope, Margaret Atwood

Margaret Atwood l'odyssée de Pénélope
Dans la collection «Les Mythes du Monde», Margaret Atwood a choisi de revisiter l’Odyssée en imaginant le point de vue de Pénélope, à l’opposé du cliché de la «petite bobonne fidèle» attendant sagement, derrière sa tapisserie jamais terminée, le retour d’Ulysse, son époux chéri, père de son fils Télémaque, après vingt ans d’absence, tout en maintenant à distance la centaine de ses prétendants de plus en plus pressants.
«Ulysse aux mille ruses! C’est ta grande valeur qui te rendit ta femme; mais quelle honnêteté parfaite dans l’esprit de la fille d’Icare, en cette Pénélope qui jamais n’oublia l’époux de sa jeunesse! Son renom de vertu ne périra jamais, et les dieux immortels dicteront à la terre de beaux chants pour vanter la sage Pénélope…» L’Odyssée, Chant XXIV (191-194) [ citation mise en exergue]
La Pénélope de Margaret Atwood est à l’opposé de cette femme exemplaire, l’incarnation même de la patience et de la fidélité conjugale. Dès l’ introduction la romancière canadienne rappelle que l’Odyssée d’Homère n’est pas la seule version du récit et qu’elle s’est inspirée à d’autres sources comme à celles des variantes régionales du mythe. Elle a également choisi de faire raconter l’histoire par Pénélope elle-même et par ses douze servantes pendues par Ulysse à son retour pour l’avoir trahi.
C’est du fond des Enfers que s’élèvent ces voix féminines et accusatrices. «Maintenant que je suis morte, je sais tout» déclare Pénélope en commençant son récit, tissant ainsi une nouvelle toile qui n’appartient qu’à elle où elle accuse Ulysse de l’avoir ridiculisée pour se tirer d’affaire, une de ses grandes spécialités. «Il se montrait toujours si convaincant!» mais, déterminée et patiente, elle ira jusqu’au bout de la vérité cette fois.
Puis ce sera au tour des servantes de témoigner. Elles le feront en chœur dans un cours d’anthropologie burlesque où elles rejettent le statut de simples servantes, de cendrillons, pour revendiquer celui des douze vierges lunaires, compagnes d’Artémis, virginale déesse de la lune, avec Pénélope comme grande prêtresse de leur culte.
Tout se termine par la projection du procès d’Ulysse filmé en vidéo par les servantes. Et par leur chant d’amour qui ressemble à une menace: «Nous marchons sur vos pas» « Nous ne vous quitterons jamais, nous vous suivrons partout comme une ombre, douces et tenaces comme de la glu. »
«Nous n’avions pas de voix
nous n’avions pas de nom
nous n’avions pas de choix
fille sans renom
et sans visage.
Nous avons subi votre rage
Ôinjustice
Mais nous sommes ici
Nous sommes ici, nous aussi
Au même titre que vous.
Hou Hou Hou Hou! »

Et elles se transforment en hiboux !

Étrange petit livre ! J’ai beaucoup aimé: «La Servante écarlate*», beaucoup moins celui-ci. Un mythe modernisé n’est jamais qu’un plat réchauffé!

(*Livre, accusé en 2009 par un parent d’élève d’être violent, anti-chrétien et anti-islamiste, ce qui provoqua une grande polémique à Toronto )
L’auteur:
Née à Ottawa en 1939, Margaret Atwood est l’un des plus grands auteurs canadiens d’essais, de poésie et de fiction. Parmi ses romans, pour lesquels elle a reçu les plus prestigieux prix littéraires, dont le Booker Prize 2000 pour son best-seller mondial Le Tueur aveugle, on citera Lady Oracle, Le Dernier Homme, La Servante écarlate, La Voleuse d’hommes.

L’odyssée de Pénélope, Margaret Atwood
Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné
(Flammarion, 2005, 160 pages)

Voir aussi ICI, sur mon autre blog

Un bien fou, Éric Neuhoff, Grand Prix de l’Académie Française

Un bien fou eric neuhoff pocheUn bien fou Neuhoff

«Je vous préviens: vous n’allez pas aimer. Ça ne fait rien, lisez cette lettre avec attention. Je vous le conseille. Certains détails vont vous intéresser.»

Le narrateur s’adresse à un écrivain américain mythique des années cinquante,  Sebastian Bruckinger, qui,  après un grand succès, se terre désormais chez lui, dans le Vermont.  Ils se sont rencontrés par hasard en Italie  et Maud, sa compagne dont il est très amoureux,  l’a quitté pour ce vieil homme célèbre, très peu sympathique. Naturellement, le souvenir de J.D. Salinger, l’auteur de L’Attrape-cœurs,  s’impose immédiatement. Le narrateur  a décidé de se venger en  faisant publier cette longue lettre dans le New York Times.

«Pas de quartier. Je vais foncer dans le tas. Je serais vous, je ne lirais pas ce qui va suivre. Je dois vous dire ce que j’ai sur le cœur. Grand écrivain, tu parles! Vieux salopard, oui. Je sais, en brisant le silence qui vous entoure, je ne tiens pas ma parole. Mais vous n’avez pas exactement respecté la vôtre non plus.»

Le jeune trentenaire, publicitaire parisien en vogue, est d’autant plus  irrité et dépité qu’il admirait énormément cet auteur et qu’il le trouvait même très agréable avant de découvrir sa duplicité.

«Vous gâcher vos dernières années d’existence me console vaguement. Je vous souhaite de vivre centenaire. Je ne fais pas ça pour l’argent. Je ne suis pas la petite roulure qui a raconté dans ses mémoires comment elle a réussi à baiser avec vous, les six mois qu’elle a passés dans le Vermont quand elle avait à peine dix-huit ans.»

Ce ne serait jamais qu’une histoire d’amour contrarié de plus que j’aurais sans doute abandonnée en cours de lecture si le style ne m’avait pas retenue. Il est sec et léger à la fois, nerveux et efficace. Des petites phrases courtes, une insolence gracieuse, tendre ou cruelle tour à tour, tout le contraire de ce que je recherche chez mes auteurs américains favoris. J’ai longtemps délaissé les romanciers français,  Modiano excepté. J’ai peut-être eu tort! 
Ce roman a reçu le Grand prix du roman de l’Académie française en 2001
J’aimerais lire maintenant La Petite Française, Prix Interallié.

Un bien fou, Éric Neuhoff,  Voir aussi ICI

A comme aujourd’hui, David Levithan

 Acomme-aujourd-hui David levithan

Et si chaque matin, vous étiez quelqu’un d’autre? C’est ce que vit A. un lycéen de seize ans. A comme Anonyme. A comme aujourd’hui. Qui est-on vraiment quand on change d’identité tous les jours? A. n’a aucune famille mais conserve la mémoire de tout ce qui lui arrive. Il est seul. Son apparence change systématiquement à son réveil. Il doit vite prendre connaissance de sa nouvelle personnalité d’un jour: celle d’un garçon ou d’une fille de son âge vivant dans une même région. Il peut se retrouver grand ou petit, beau ou laid, obèse ou anorexique, malade mental, sportif, dépressif, heureux ou malheureux, dans une famille aimante ou maltraitante. Il ne connaît aucune stabilité.

C’est sa vie: il ne peut ni contrôler ni empêcher ses métamorphoses quotidiennes. Cela ne le dérange pas, depuis 16 ans que ça dure, il s’y est habitué. Jusqu’au 5994è jour, soit le début du livre. Ce jour là, il est devenu Justin et tombe amoureux de sa petite amie, Rhiannon. Il lui offre une journée de rêve mais n’arrive pas à s’arrêter là. L’amour avec un grand A vient de frapper. Malgré sa nature, A fera en sorte de la revoir, et de là naîtra une histoire clairement hors norme.

Cette histoire est intéressante. Je me suis très vite attachée à A, qui est droit, généreux et qui fait tout pour ne pas gêner le bon déroulement de la vie de ceux dont il prend l’identité. .
Rhiannon, elle, est touchante par son côté fragile mais aussi par sa force de caractère et sa loyauté. Ce n’est pas facile d’aimer celui qu’elle a connu tout d’abord sous les traits d’un jeune amoureux et de le retrouver ensuite sous l’apparence d’une adolescente perturbée, d’un obèse de plus de cent kilos et pire encore.

J’ai immédiatement accroché! C’est une histoire originale. Au delà de l’apparence, malgré tous les obstacles qui se dressent entre eux, l’amour est là, si difficile à vivre. Une leçon de vie avec de belles réflexions sur l’amour, la société, la solitude, la religion, la mort, le sexe. Je ne m’y attendais pas d’un livre classé pour jeunes ados. C’est une bonne surprise qui m’a fait penser à un de mes films cultes: «Un jour sans fin» où le héros revit sans cesse la même journée. La fantaisie au service de la réflexion. Le moment présent pour toute réalité. Rien qu’Aujourd’hui, comme A.

A comme aujourd’hui, David Levithan
Traduit de l’anglais (USA) par Simon Baril
(Les Grandes Personnes, 2013, 374 p)

Les chats de hasard, Anny Duperey

 anny duperey son chat de hasard

Ce n’est pas un hasard mais une nécessité qui m’a poussée à prendre, cette semaine, ce livre d’Annie Duperey sur les chats qu’on ne choisit pas mais qui s’imposent à vous, issus de nulle part, les vagabonds, les sans maîtres qui deviennent très vite les plus indispensables compagnons qui soient.

J’en avais déjà très envie depuis la lecture de son magnifique «Le voile noir» sur la mort de ses parents quand elle n’avait que huit ans, mais cette fois, j’en avais vraiment besoin. Il me fallait comprendre de l’intérieur et pas seulement grâce aux explications du vétérinaire pourquoi, sans raisons apparentes, mon chat de sept ans, si tranquille, placide et doux était devenu brusquement nerveux au point de griffer violemment celui qui le caresse rituellement chaque soir avant d’aller au lit. Il y avait du sang partout sur le sol: une scène digne d’un film d’horreur! Bon j’exagère, bien sûr, mais pourquoi une telle agression d’un chat équilibré et sans problèmes, semble-t-il? Ne pas pouvoir trouver d’explication et voilà ce livre entre mes mains. Je n’y ai pas trouvé ce que j’y cherchais mais j’ai pris un grand plaisir à le lire.
Les chats de hasard d’Annie Duperey, Titi et Missoui, sont des plus attachants et quand elle parle d’eux, c’est d’elle aussi dont il s’agit. L’enterrement de Missoui est un grand moment, digne d’une reine, elle, la petite maigrichonne venant de nulle part, affamée et malade, «des morsures profondes, du cou jusqu’aux reins». Recueillie, sauvée, bichonnée, chouchoutée elle vivra très longtemps après son adoption et laissera un souvenir impérissable à toute le famille.
Un incontournable, ce livre, pour les amoureux des chats mais pour les autres aussi. C’est une belle lecture de toutes façons.

Combien de chiens, de chats exceptionnels dans une vie? Un, deux, peut-être trois? Et combien d’amours, d’amis véritables? Un ou deux. Trois au plus ? Ils sont aussi rares. Missoui, cette petite personne animale a été pour moi, à l’égal d’une affection humaine, une amie, un amour merveilleux, un grand soutien et finalement celle qui m’a aidée à franchir une nouvelle étape. (p. 221)

J’ai pour les animaux un amour raisonnable. (…)
Mais les chats …
Les gens qui aiment les chats évitent les rapports de force.Ils répugnent à donner des ordres et craignent ceux qui élèvent la voix.
Les gens qui aiment les chats sont habiles à fuir les conflits et se défendent fort mal quand on les agresse.Les gens qui aiment les chats avec infiniment de respecte et de tendresse, auraient envie d’être aimés de la même manière.
Les gens qui aiment les chats font une confiance parfois excessive à l’intuition.
Les gens qui aiment les chats sont souvent frileux.
J’aime les chats. (p. 9)
Les chats de hasard, Anny Duperey, Récit, (Seuil, 1999, 222 p.)

Mon autre blog

Par-ci, par-là …

Yann andréa
Parce que, en ce moment, j’ai toujours un temps de retard sur l’actualité de mes blogs préférés, je profite de ce week end un peu moins chargé pour lire les nouveautés susceptibles de m’intéresser ( et il y en a eu beaucoup cette semaine). C’est pourquoi je poursuis une rubrique plus en accord avec mon emploi du temps actuel qui ne me laisse de liberté que le samedi et le dimanche quand je ne suis pas prise par des visites amicales et familiales impromptues, de celles qui se font l’été justement quand on reste le point de référence des déplacements des uns et des autres, étant donné que la région parisienne est un peu le passage obligé pour sauter d’un aéroport à une gare maritime ou ferroviaire avant de disparaître dans un coin du monde suffisamment splendide pour m’envoyer des cartes postales pleines de surprises et de bons souvenirs.

J’aime autant prévenir: cette rubrique ne sera qu’un fourre-tout sans prétention mais d’autant plus cher à mon cœur que ce sera pris sur le vif et très subjectif!

Tout d’abord, impossible de passer outre l’aventure arrivée à l’une de mes blogueuses préférées, l’Irrégulière, condamnée par un tribunal à 2500 euros d’amende pour une critique culinaire jugée diffamatoire.

A suivre sur mon blog n°1

Je viens d’apprendre la mort de Yann Andréa, dont j’ai lu et aimé « Cet amour-là », que je vais rechercher dans ma bibliothèque pour le relire. Exécuteur testamentaire et dernier amant, bien que homosexuel, de Marguerite Duras,  avec  laquelle il a vécu seize années malgré une différence d’âge de trente-huit ans, il a été plutôt maltraité par les critiques qui lui reprochaient de plagier le style de la célèbre romancière dont il avait lu toutes les œuvres et à laquelle il servait de chauffeur, d’accompagnateur, de « Boy », d’inspirateur, etc. Né à Guingamp en 1952, Yann Lemée est devenuYann Andréa, du nom de la mère de M. Duras qui écrivit aussi  un récit intitulé: « Yann Andréa Steiner ». J’aimerais lire aussi: « Les petits chevaux de Tarquinia »  le livre qui provoqua chez lui un véritable coup de foudre lorsqu’il était étudiant en prépa, à Caen et qui l’amena à lire tous ses livres et à lui écrire par la suite pendant cinq ans. Il est décédé le 10 juillet dernier, chez lui, dans le sixième arrondissement de Paris, « de mort naturelle ».

J’apprends aussi qu’une coupe du monde de littérature, a été lancée aux  États-Unis, avec 32 compétiteurs au départ, dont voici la sélection:

 blog n°1

Karina Sokolova, Agnès Clancier

 

Comme le renard du Petit Prince a été apprivoisé à sa demande pour devenir unique au monde, en partageant tout son amour, de même Karina Sokolova, petite ukrainienne de trois ans, abandonnée à sa naissance dans un orphelinat de Kiev, est devenue l’enfant unique et adorée de sa mère adoptive, la narratrice, la romancière, Agnès Clancier qui évoque leur vie en s’adressant à la jeune fille devenue grande, prête à quitter le nid qui l’avait recueillie.
C’est un récit autobiographique, un livre de souvenirs, un bel hymne d’amour pour ce bébé si fragile devenue une belle jeune femme rieuse et confiante. C’est bien écrit, avec sincérité et pudeur. J’ai beaucoup aimé.
Cela fait plusieurs années que tu ne demandes plus: Qu’est-ce qu’on va faire, après? Et après? Et après?

L’avenir ne te fait plus peur. Tu es rassurée, confiante. Tu bâtis des projets, qui t’appartiennent. Tu parais convaincue que tout le reste de ta vie sera facile. Les requins mangeurs de maman ne viennent plus hanter ton sommeil. Tu as l’insouciance des adolescentes.
Il n’est personne sur terre qui soit plus gaie que toi.
(…)
Le passé est ce qu’il est. Fait de miracles et de mystères. 

C’est ton histoire. Elle a fait de toi la magnifique personne que tu es. Il n’y a rien à changer.  

 Karina Sokolova, Agnès Clancier, (arléa, 2014,  227 p.)

Voir la suite sur mon autre blog 

Incendie de bibliothèque? A qui la faute?

Incendie de bibliothèque

A qui la faute ?

Tu viens d’incendier la Bibliothèque ?

– Oui.
J’ai mis le feu là.

Mais c’est un crime inouï !
Crime commis par toi contre toi-même, infâme !
Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme !
C’est ton propre flambeau que tu viens de souffler !
Ce que ta rage impie et folle ose brûler,
C’est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage
Le livre, hostile au maître, est à ton avantage.
Le livre a toujours pris fait et cause pour toi.
Une bibliothèque est un acte de foi
Des générations ténébreuses encore
Qui rendent dans la nuit témoignage à l’aurore.
Quoi! dans ce vénérable amas des vérités,
Dans ces chefs-d’oeuvre pleins de foudre et de clartés,
Dans ce tombeau des temps devenu répertoire,
Dans les siècles, dans l’homme antique, dans l’histoire,
Dans le passé, leçon qu’épelle l’avenir,
Dans ce qui commença pour ne jamais finir,
Dans les poètes! quoi, dans ce gouffre des bibles,
Dans le divin monceau des Eschyles terribles,
Des Homères, des jobs, debout sur l’horizon,
Dans Molière, Voltaire et Kant, dans la raison,
Tu jettes, misérable, une torche enflammée !
De tout l’esprit humain tu fais de la fumée !
As-tu donc oublié que ton libérateur,
C’est le livre ? Le livre est là sur la hauteur;
Il luit; parce qu’il brille et qu’il les illumine,
Il détruit l’échafaud, la guerre, la famine
Il parle, plus d’esclave et plus de paria.
Ouvre un livre. Platon, Milton, Beccaria.
Lis ces prophètes, Dante, ou Shakespeare, ou Corneille
L’âme immense qu’ils ont en eux, en toi s’éveille ;
Ébloui, tu te sens le même homme qu’eux tous ;
Tu deviens en lisant grave, pensif et doux ;
Tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes croître,
Ils t’enseignent ainsi que l’aube éclaire un cloître
À mesure qu’il plonge en ton coeur plus avant,
Leur chaud rayon t’apaise et te fait plus vivant ;
Ton âme interrogée est prête à leur répondre ;
Tu te reconnais bon, puis meilleur; tu sens fondre,
Comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs,
Le mal, les préjugés, les rois, les empereurs !
Car la science en l’homme arrive la première.
Puis vient la liberté. Toute cette lumière,
C’est à toi comprends donc, et c’est toi qui l’éteins !
Les buts rêvés par toi sont par le livre atteints.
Le livre en ta pensée entre, il défait en elle
Les liens que l’erreur à la vérité mêle,
Car toute conscience est un noeud gordien.
Il est ton médecin, ton guide, ton gardien.
Ta haine, il la guérit ; ta démence, il te l’ôte.
Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute !
Le livre est ta richesse à toi ! c’est le savoir,
Le droit, la vérité, la vertu, le devoir,
Le progrès, la raison dissipant tout délire.
Et tu détruis cela, toi !

– Je ne sais pas lire.

L’année terrible. Victor Hugo

Tombée du ciel, Cecelia Ahern

Tombée du ciel, Cecilia Ahern

Voici un livre à recommander chaudement pour un début d’été aussi pluvieux que celui-ci! Grâce à lui, j’ai passé un agréable moment de détente et quand je l’ai refermé, je me suis sentie de bonne humeur.
Il se lit vite. Les personnages sont drôles et attachants. L’histoire est suffisamment bien imaginée et maîtrisée pour ne pas m’avoir donné envie de sauter une seule page. Une bonne surprise en somme, d’autant plus que ce livre m’est arrivé un beau matin dans ma boîte à lettres sans avertissement aucun et sans que j’en connaisse l’auteur, qui est irlandaise! Je ne le regrette pas!

A Dublin, une nuit, sur un pont, Christine, l’héroïne, 35 ans, à peine divorcé d’un mari auquel elle ne peut reprocher que de l’ennui, cherche à sauver un homme qui veut se suicider. C’est son métier: coach en soutien psychologique, or, récemment, confrontée à la même situation, elle a subi l’ échec de voir un autre désespéré se tuer sous ses yeux. Elle a juré que ça ne lui arriverait plus jamais si bien que, cette fois, elle consacre tout son temps à sauver Adam dont la fiancée vient de lui préférer son meilleur ami.
Bien sûr, cet Adam a tout pour lui plaire en réalité: il est beau et riche mais malchanceux et déprimé. Elle se donne quinze jours pour le sauver. Pour cela elle se sert de tous les livres de conseils psy qu’elle peut trouver, ce qui donne de savoureux titres de chapitres. «Comment quitter son mari (sans le blesser)», «Comment s’affirmer afin d’être pris en compte», «Comment se laisser aller au désespoir», «Comment voir le bon côté d’une situation».
Réussira-t-elle à le sauver vraiment et même plus, puisqu’elle en tombe follement amoureuse? L’histoire est pleine de surprises.
C’est un livre charmant et drôle, émouvant et attendrissant à la fois. Une lecture facile, idéale pour les vacances! 
Tombée du ciel, Cecilia Ahern (Flammarion, 2014, 362 p.)
Merci à Flammarion pour ce service de presse.

Billet sur  mon  autre blog

Billet de keisha

Buvard, Julia Kerninon

Buvard Julia Kerninon

Tant de blogs et d’articles de journaux encensent ce premier roman de Julia Kerninon que  c’est avec curiosité,  envie d’ un coup de  cœur et crainte d’une grosse déception que j’ai commencé ce livre.

Conclusion: je n’ai pas été déçue (j’ai aimé ce récit frémissant et tendu) –  Pas totalement éblouie non plus  (je ne me suis pas sentie assez proche des personnages)  mais admirative certainement,  devant une telle maîtrise de la composition et un style aussi précis qu’imagé,  sec et  nerveux à la fois. Ce que j’ai préféré plus que tout dans ce roman? Que la lecture et l’écriture soit si intensément  au centre du récit.

De quoi s’agit-il ? D’un rencontre entre deux êtres à l’enfance malmenée et misérable qui s’en sortent par l’écriture,  la lecture, l’imagination, la création et qui passent deux mois d’été  ensemble, seuls dans la  propriété anglaise de Caroline N. Spacek,  écrivaine célèbre  de 39 ans qui vit là en recluse et qui,  contrairement à son habitude, a accepté d’être interviewée parLou, un jeune étudiant  de 24 ans qui vient de lire son œuvre intégrale.  Elle aura besoin de neuf semaines pour terminer le récit de sa vie qu’elle enregistre au dictaphone, en présence d’un Lou ébloui et reconnaissant.

J’étais en train de finir mon dernier (roman) quand mon amant, Piet, m’avait pris dans ses bras pour me demander  ce qui m’arrivait – et c’était tellement difficile à expliquer que j’avais commencé à penser qu’il faudrait que je trouve un moyen de parler à Caroline N. Spacek. Lui faire ouvrir les doigts. Savoir ce qu’elle dissimulait au creux de sa paume.

Il ne s’attendait pas à trouver une personnalité aussi forte et fragile à la fois, si proche de lui par certains côtés mais si meurtrie, si entière et si mystérieuse.  Le dernier paragraphe  est révélateur de ce qui lui arrive peut-être par la suite  mais que faut-il comprendre exactement? [Suite blanchie pour  ne pas spoiler]  (Ces fils barbelé électrifiés, ces chiens affamés?)  Qui veut bien m’en donner sa version?

Ce livre a reçu le Prix Françoise Sagan. 

Buvard. Une biographie de Caroline N. Spacek.  Julia Kerninon, (La brune au Rouergue,  2014, 200 pages)

Billet d’origine ICI

Ballon rond et littérature

Footballeurs Nicolas de Sraël

Quels sont donc les écrivains français qui ont le plus aimé le foot?

Ma curiosité est éveillée parce que depuis hier je n’entends plus parler que de ce fameux quart de finale France-Allemagne de ce soir, qui serait une belle revanche sur le passé footballistique déjà très lourd entre ces deux équipes nationales depuis 1982, à cause d’un certain méchant Schumacher et de son agression conte Battiston, qualifiée même d’attentat ce matin dans les journaux!
Je ne veux surtout pas feindre de m’intéresser outre mesure à ce sport que je ne regarde jamais, laissant le champ libre aux éclats de voix père /fils qui ne s’apaisent qu’en cas de match franco-italien. La double nationalité de l’un empêchant les prises de parti pris trop violentes pour l’un ou l’autre camp. Ce ne sera pas le cas ce soir et l’ambivalence n’aura pas lieu d’être! A leurs explosions de joie ou de désespoir, je saurai très vite quand un but aura été marqué ou encaissé!
Moi, je serai comme toujours, retirée tranquillement dans ma chambre et plongée dans un roman qui ne sera pas forcément de circonstance car, sur ce sport, je ne crois pas en posséder.
Mais comme je ne vis pas non plus dans une cellule monacale, loin de tout (quoique parfois ça ne serait pas pour me déplaire!), je prends plaisir à me renseigner sur les auteurs passionnés par ces matches.
Après un petit tour sur la toile, voici les plus évidents même s’ils n’ont pas tous écrit spécialement de romans sur ce thème.

Montherlant: Les Olympiques
Paul Vialar,
Giraudoux,
Drieu la Rochelle
Albert Camus
René Fallet : Le triporteur
Antoine Blondin,
Blaise Cendrars,
Léon Paul Fargue,
Bernard Pivot,
Daniel Picouly,
Tonini Benacquista,
Franz-Olivier Giesberg,
Jean-Claude Izzo,
Philippe Labro,
Dominique Noguez,
Vincent Ravalec,
Denis Tillinac,
Didier Van Cauwelaert,
Bernard Weber,

et ailleurs:

Nabokov,
Rainer Maria Rilke,
Nick Horby,

Pour moi mon favori restera un roman que j’ai beaucoup aimé de
John Grisham: Le dernier match,
vraiment super mais c’était du foot américain.

Billet plus complet: ICI