L’odyssée de Pénélope, Margaret Atwood

Margaret Atwood l'odyssée de Pénélope
Dans la collection «Les Mythes du Monde», Margaret Atwood a choisi de revisiter l’Odyssée en imaginant le point de vue de Pénélope, à l’opposé du cliché de la «petite bobonne fidèle» attendant sagement, derrière sa tapisserie jamais terminée, le retour d’Ulysse, son époux chéri, père de son fils Télémaque, après vingt ans d’absence, tout en maintenant à distance la centaine de ses prétendants de plus en plus pressants.
«Ulysse aux mille ruses! C’est ta grande valeur qui te rendit ta femme; mais quelle honnêteté parfaite dans l’esprit de la fille d’Icare, en cette Pénélope qui jamais n’oublia l’époux de sa jeunesse! Son renom de vertu ne périra jamais, et les dieux immortels dicteront à la terre de beaux chants pour vanter la sage Pénélope…» L’Odyssée, Chant XXIV (191-194) [ citation mise en exergue]
La Pénélope de Margaret Atwood est à l’opposé de cette femme exemplaire, l’incarnation même de la patience et de la fidélité conjugale. Dès l’ introduction la romancière canadienne rappelle que l’Odyssée d’Homère n’est pas la seule version du récit et qu’elle s’est inspirée à d’autres sources comme à celles des variantes régionales du mythe. Elle a également choisi de faire raconter l’histoire par Pénélope elle-même et par ses douze servantes pendues par Ulysse à son retour pour l’avoir trahi.
C’est du fond des Enfers que s’élèvent ces voix féminines et accusatrices. «Maintenant que je suis morte, je sais tout» déclare Pénélope en commençant son récit, tissant ainsi une nouvelle toile qui n’appartient qu’à elle où elle accuse Ulysse de l’avoir ridiculisée pour se tirer d’affaire, une de ses grandes spécialités. «Il se montrait toujours si convaincant!» mais, déterminée et patiente, elle ira jusqu’au bout de la vérité cette fois.
Puis ce sera au tour des servantes de témoigner. Elles le feront en chœur dans un cours d’anthropologie burlesque où elles rejettent le statut de simples servantes, de cendrillons, pour revendiquer celui des douze vierges lunaires, compagnes d’Artémis, virginale déesse de la lune, avec Pénélope comme grande prêtresse de leur culte.
Tout se termine par la projection du procès d’Ulysse filmé en vidéo par les servantes. Et par leur chant d’amour qui ressemble à une menace: «Nous marchons sur vos pas» « Nous ne vous quitterons jamais, nous vous suivrons partout comme une ombre, douces et tenaces comme de la glu. »
«Nous n’avions pas de voix
nous n’avions pas de nom
nous n’avions pas de choix
fille sans renom
et sans visage.
Nous avons subi votre rage
Ôinjustice
Mais nous sommes ici
Nous sommes ici, nous aussi
Au même titre que vous.
Hou Hou Hou Hou! »

Et elles se transforment en hiboux !

Étrange petit livre ! J’ai beaucoup aimé: «La Servante écarlate*», beaucoup moins celui-ci. Un mythe modernisé n’est jamais qu’un plat réchauffé!

(*Livre, accusé en 2009 par un parent d’élève d’être violent, anti-chrétien et anti-islamiste, ce qui provoqua une grande polémique à Toronto )
L’auteur:
Née à Ottawa en 1939, Margaret Atwood est l’un des plus grands auteurs canadiens d’essais, de poésie et de fiction. Parmi ses romans, pour lesquels elle a reçu les plus prestigieux prix littéraires, dont le Booker Prize 2000 pour son best-seller mondial Le Tueur aveugle, on citera Lady Oracle, Le Dernier Homme, La Servante écarlate, La Voleuse d’hommes.

L’odyssée de Pénélope, Margaret Atwood
Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné
(Flammarion, 2005, 160 pages)

Voir aussi ICI, sur mon autre blog

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