Oona & Salinger, Frédéric Beigbeder, Rentrée littéraire 2014

Oona & &Salinger Beigbeder

Pour une fois que je trouve très bien faite la présentation de l’éditeur, je n’hésite pas à la reprendre ici même.

«Il arrive toujours un moment où les hommes semblent attendre la catastrophe qui réglera leurs problèmes. Ces périodes sont généralement nommées: avant-guerres. Elles sont assez mal choisies pour tomber amoureux.
En 1940, à New York, un écrivain débutant nommé Jerry Salinger, 21 ans, rencontre Oona O’Neill, 15 ans, la fille du plus grand dramaturge américain. Leur idylle ne commencera vraiment que l’été suivant… quelques mois avant Pearl Harbor. Début 1942, Salinger est appelé pour combattre en Europe et Oona part tenter sa chance à Hollywood.
Ils ne se marièrent jamais et n’eurent aucun enfant.»

***

J’ai de la chance avec la nouvelle rentrée: trois  livres lus et trois romans appréciés:  «Pétronille», «Trente-six chandelles», mais celui-ci est mon  préféré. C’est de loin le plus riche et le plus intéressant, surtout dans la deuxième partie qui évoque la guerre vécue par le jeune Salinger pendant et après son débarquement en Normandie jusqu’à l’année 1945, lorsqu’avec  les autres soldats américains,  il découvre et libère les camps de concentration. Je peux dire que j’ai lu beaucoup de livres et de témoignages sur cette période mais jamais encore je n’avais appris autant de faits étonnants et bouleversants alors que je croyais la paix définitivement installée.
Dès la première page,  Beigbeder qualifie son livre de non fiction, soit

« une forme narrative qui utilise toutes les techniques de l’art de la fiction tout en restant on ne peut plus proche des faits. »  » Tout y est rigoureusement exact: les personnages sont réels, les lieux existent (ou ont existé), les faits sont authentiques et les dates toutes vérifiables, dans les biographies ou les manuels d’histoire. Le reste est imaginaire. »« Mais je tiens à proclamer solennellement ceci: si cette histoire n’était pas vraie,je serais extrêmement déçu. »

Au début il s’agit essentiellement de la rencontre de Oona  O’ Neill, fille d’Eugène O’Neill, l’auteur dramatique qui n’a jamais voulu revoir sa fille quand celle-ci a épousé Charlie Chaplin,  quitte à le regretter par la suite (Lettre à l’appui). C’est très agréable à lire mais c’est léger et je me sentais un peu comme quand je lis des articles people, sauf qu’ici il s’agit de New York, en 1940, au milieu de la fumée des cigarettes, au Stork Club, où joue l’orchestre de Cab Calloway, applaudi par le Trio des héritières: Gloria Vanderbilt, Oona O’Neill et Carol Marcus, « les premières « it-girls » de l’histoire du monde occidental, cachées derrière un rideau de fumée. »  
C’est là que Jerome David Salinger, 21 ans, qui habite tout près, sur Park Avenue, rencontre la  jeune et jolie Oona, de la meilleure société, qui s’encanaille gentiment avec les plus ou moins jeunes ou vieux, riches et célèbres jeunes gens qui tournent autour de son petit groupe parmi lesquels Truman Capote, un auteur que j’aime beaucoup. C’est aussitôt  l’idylle, passionnée et définitive pour lui mais vite  refroidie pour elle.
Puis c’est la rencontre avec Charlie Chaplin. Plusieurs chapitres lui sont consacrés et là encore c’est passionnant.

 « Il en a fallu des coïncidences et des hasards; ils avaient une chance sur un milliard d’arriver, ensemble, à fabriquer Geraldine Chaplin, née à Santa Monica le 31 juillet 1944, pour qu’elle puisse jouer dans Le Docteur Jivago, et que sa fille , Oona Castilla Chaplin, puisse se faire poignarder enceinte dans Game of Thrones. » 

Mais comme dit précédemment, c’est la suite qui m’a tenue en haleine, quand Salinger avec « la 4e division entre dans la forêt de Hürtgen, le 6 novembre 1944, exactement cinq mois après son débarquement sur Utah Beach » jusq’en février 1945 « A côté de cet affrontement, la bataille de Normandie avait été une promenade champêtre. Ses réactions durant cette percée vers l’Allemagne ainsi que  les lettres vengeresses qu’il écrit alors à Oona sont très violentes  et on comprend mieux pourquoi ensuite il s’est enfermé dans le silence. On est vraiment à ses côtés dans ces moments de guerre, au plus près des réalités et des sensations corporelles et animales des très jeunes soldats à peine débarqués sur ces terres européennes  inconnues.

Belles aussi les pages sur sa rencontre avec Hemingway.

« Je l’ai trouvé plus doux que sa prose; il est moins dur à l’oral qu’à l’écrit. (lettre du 4 septembre 1944) Contrairement à Fitzgerald, Hemingway n’avait pas l’alcool agressif et s’intéressait sincèrement à ce jeune auteur en devenir. » 

Puis retour sur Oona lors de la disparition de Chaplin, son goût pour l’alcool, sa déclaration sur les raisons de haïr son père…
Enfin retour définitif au travail du romancier qui se voit refuser l’accès aux lettres de Salinger à Oona  et voici que surgit Lara, l’actuelle femme  de Beigbeder, récemment épousée. Surprenant mais l’auteur a tous les droits après tout. On est chez lui! Il aperçoit sur sa combinaison de plongée le logo O’Neill, une célèbre marque californienne de vêtements de surf et il y voit un dernier clin d’œil de Oona.

Dernière phrase que je trouve belle:

Nos vies n’ont pas d’importance, elles coulent au fond du temps, pourtant nous avons existé et rien ne l’empêchera: bien que liquides, nos joies ne s’évaporent jamais. 

Oona et Salinger,  Frédéric Beigbeder
(Grasset, roman, août 2014, 336 pages

Ce billet peut aussi être vu ICI

Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger, Rentrée littéraire 2014

Marie-Sabine Rogier, Trente-six chandelles
Un roman commençant par un chapitre intitulé «Morty meurt» parce que le héros se prénomme Mortimer, voilà qui me fait sourire mais quand j’apprends que son nom est « Decime » pour «Décimé» parce que son destin familial lui prédit la mort à 36 ans, le jour même de son anniversaire, comme c’est arrivé à tous ses père, grand-père, arrière-arrière-grand-père avant lui, voilà qui m’intrigue et me donne envie de connaître une histoire aussi étrange et je ne suis pas déçue: je suis allée de surprises en étonnements et j’ai refermé le livre dans un tel état de bonne humeur que je le recommande à tous ceux qui se sentent déjà déprimés par la rentrée qui s’annonce.

C’est comme un bonbon plein de vitamines ce récit!
J’ai éprouvé les mêmes réactions qu’en voyant le film d’Étienne Chatiliez: «La vie est un long fleuve tranquille». Mêmes situations cocasses de départ, mêmes personnages décalés et attendrissants, mêmes bons sentiments malgré des vies tristes qui auraient pu sembler misérables sans la volonté de la romancière de tout sublimer par la fantaisie, l’humour et un style léger et rapide qui empêche le sentimentalisme et les larmes que certains passages pourraient provoquer.

Mortimer, donc, en grand habit de deuil, allongé sur son lit, dans un appartement impeccable dont il a résilié le bail, attend sa mort annoncée de longue date, à laquelle il est sûr de ne pouvoir échapper. C’était sans compter avec l’intervention de Paquita, son ange gardien, sa grande amie protectrice, devenue crêpière et qui, avec Nassardine, son amour de mari, forme sa vraie famille de cœur.
Ce n’est que le début de tout un défilé de personnages fantasques et touchants dont Jasmine, la touche-à-tout de génie qui pleure à volonté pour sauver des inconnus de leur déprime en leur redonnant de l’importance à leurs propresyeux.

On ne s’ennuie pas en lisant cette histoire à la fois loufoque et tendre, triste et souriante, profonde et légère.
Un joli livre! Une grande romancière!

Dasola, Clara et Leiloona, entre autres, l’ont aimé aussi

Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger,
Rentrée littéraire 2014 (2/6)
(Le Rouergue, août 2014, 277 pages)
Rentrée littéraire 2014 (2/6)

Premier portrait de Paquita:
« Encore au pieu, gros paresseux?! a jeté Paquita en traversant le studio d’un pas vif, telle une antilope dodue qui trottinerait vers le point d’eau sur des talons de douze centimètres.
Elle a jeté au vol sa fourrure synthétique sur le coin de mon lit, puis est allée derrière le bar qui sépare le coin-cuisine du coin-séjour-chambre-bureau. Paquita est partout chez elle, encore plus lorsqu’elle est chez moi. Elle fait pratie de ces gens à géométrie variable qui occupent aussitôt tout l’espace d’une pièce, quelle qu’en soit la superficie. »

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Manu Larcenet & Daniel Casanave – Crevaisons – Une aventure rocambolesque du Soldat inconnu – Ma BD du mercredi

BD Larcenet, Casanave, Crevaisons, Une aventure rocambolesque du soldat inconnu

J’ai choisi cette BD quand j’ai vu le nom de Larcenet sur la couverture. Elle fait partie de la série des Aventures rocambolesques de…plusieurs personnages célèbres comme Freud, Attila, Robin des Bois, ou Van Gogh.
Cette fois, il s’agit d’une sorte de résurrection du Soldat inconnu, qui se retrouve par hasard dans un immense cimetière d’on ne sait quel endroit ni à quelle époque, et qui est tenu par un gardien très âgé qui vit seul là depuis une éternité ou presque sans plus aucun ravitaillement de ses supérieurs qui ne répondent plus jamais à ses demandes. Ils décident de partir à la recherche d’une ville ou d’un village mais les tombes ne les mènent qu’au bord d’une mer inconnue et ils finissent par s’installer là après bien des rencontres et des péripéties car ils ne s’entendent pas très bien tout d’abord, étant à l’opposé l’un de l’autre Le Soldat inconnu est un jeune lieutenant sûr de lui et de ses idéaux guerriers. Le vieux gardien se divertit en écoutant ses disques de punk rock à longueur de temps.

Il s’agit bien d’une histoire rocambolesque sur fond de dérision, d’humour glacial, de remarques désabusées, d’antimilitarisme et d’un fatalisme qui serait angoissant sans la bonhomie du vieillard et l’entêtement dérisoire du soldat.

C’est une lecture plaisante à condition d’accepter d’emblée la situation absurde du départ et la suite  fantasque du récit à base de rencontres insolites. J’y ai surtout vu une incitation au pacifisme, toujours d’actualité.

Manu Larcenet & Daniel Casanave – Crevaisons – Une aventure rocambolesque du Soldat inconnu – Ma BD du mercredi (Dargaud, Poisson pilote, 2009, 50 P.)

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L’étrange solitude de Manfred Richter, Gisèle Bienne

Gisèle Bienne L'étrange solitude de Manfred RichterManfred Richter est un prisonnier allemand qui a choisi de rester en France après la libération. Il traîne un lourd passé de fils de nazi tristement célèbre derrière lui. Hélène est une jeune étudiante qui vit solitaire et retirée, chez elle, dans sa famille, l’été de ses 20 ans, avant de partir continuer ses études à Nancy. Cet été-là, qui sera très chaud, elle essaie de découvrir qui est vraiment cet Allemand énigmatique qui vit dans une chambre près de la sienne. Arrive sa correspondante allemande qu’elle attend impatiemment mais qui jettera le trouble autour d’elle. Les histoires de solitudes et de passés douloureux se chevauchent et s’affrontent. pour s’apaiser peut-être dans la chambre d’étudiante où se termine le récit.
Dix mètres carrés, un chez soi.

C’est beaucoup, ça me va. Une chambre exposée au sud où la lumière entre à flots.
Une maison, c’est un livre dont on n’épuise jamais la lecture, et j’y reviendrai souvent.
Oui souvent je partirai à la recherche d’une chambre à part, une chambre dans les étages, une chambre sous les combles avec le soleil qui s’engouffre par une haute fenêtre étroite, les toits, le ciel, les oiseaux, la première hirondelle … une chambre pour abriter une étrange solitude.

C’est un roman nostalgique sur les doutes, les illusions et les espoirs d’une jeunesse trahie et le lourd passé que l’on traîne à la sortie d’une guerre qu’on veut oublier. J’ai bien aimé.

L’Étrange Solitude de Manfred Richter, Gisèle Bienne,
Actes Sud, coll. « Un endroit où aller », 2013.

Le vent de Pierre Emmanuel, poème du dimanche

boudin eugène,nuagesblancscielbleuvers1854-1859

Le vent

Laisse aller la parole
Avec le vent
Ne souffle pas dans le vent
Ce n’est pas toi qui le portes
Il vient de plus loin que toi
Le temps qu’il frôle ton épaule
Il est déjà loin de toi

 

Ce n’est pas toi qui plantes la graine

– La planterais-tu dans la mer ?

La planterais-tu dans le nuage ?

La planterais-tu dans le vent ?

Ne dis pas : « Je te parle, écoute »
Cet autre n’est pas ton champ
Le vent laboure où il veut
Peut-être en l’autre
Peut-être en toi
Ni toi ni l’autre ne savez
Qui parle qui écoute l’autre

Seul circule entre vous le vent
 (Visage nuage)

Pierre Emmanuel

Pseudonyme de Noël Mathieu (1916-1984)  Pierre Emmanuel fut élu à l’Académie française le 25 avril 1968, par 16 voix au quatrième tour, au fauteuil du maréchal Juin. Il fut reçu le 5 juin 1969 par Wladimir d’Ormesson. En 1975, Pierre Emmanuel se déclarait « démissionnaire » de l’Académie, pour protester contre l’élection de Félicien Marceau. (site de l’Académie)

Eugène Boudin:  Nuages blancs, ciel bleu vers 1854-1859,  Honfleur musée Eugène Boudin

Pétronille, Amélie Nothomb

Amélie nothomb pétronille

Ouf ! La rentrée littéraire est bel et bien commencée. Je ne sais pas pourquoi mais je l’ai attendue avec plus d’impatience que d’habitude. Le temps pluvieux de cet été sans doute !

J’ai donc fait mon petit tour à la librairie voisine et j’ai été plutôt généreuse avec moi-même puisque j’en suis ressortie avec une bonne dizaine de livres tous nés de la dernière pluie. Il faut dire que la responsable, flairant la crise de boulimie chez moi a su me convaincre d’emporter aussi ses propres coups de cœur dont je n’avais pas encore entendu parler et qui n’étaient évidemment pas sur ma liste, ce qui a alourdi mon bagage, à la sortie. Je ne serai cependant déçue que s’ils ne sont pas à la hauteur des autres que tout le monde se plaît déjà à encenser. Place donc à la découverte.

Je commence prudemment avec ma chouchoute de toujours. Je suis une inconditionnelle de Nothomb depuis ses premiers livres et si j’en préfère certains, le plaisir a toujours été là : elle m’enchante. Je la trouve exquise! Je l’aime, elle, ses costumes, ses souvenirs, ses bonheurs, ses malheurs, ses jolies manières, ses folies et ses petits romans annuels, (petits seulement par le nombre de pages). C’est toujours trop court pour moi.

Comme de nombreux articles sont déjà sortis qui ont tout dit de l’histoire et de ses à-côtés biographiques, je signale simplement les très bons billets de quelques blogueuses que je connais, aussi enchantées que moi par ce dernier titre et je me contente de recopier mes commentaires.

L’Irrégulière:

Je commence par te lire et écrire ce commentaire avant de publier mon billet. Je suis encore sur le coup de ma lecture que je viens tout juste de terminer et je suis en accord total avec toi. C’est gai, brillant et pétillant, émouvant aussi à la fin (mais je n’aime pas trop celle-ci, seul bémol cette fois!)

Valou076:

Je viens de le terminer et je m’apprête à écrire mon billet. Chaque année, c’est aussi par elle que je commence la rentrée. J’ai aimé une fois encore . J’ai ri à plusieurs reprises. J’y ai retrouvé sa petite musique et ses surprises. Seule la fin m’a un peu déçue mais bon pour moi, contrat annuel rempli. Il y a tellement pire et plus prétentieux!

Ankya:

Je viens de refermer ce livre et comme toi je l’ai aimé avec un petit bémol aussi pour la fin mais ce n’est rien puisque le reste est très réussi. J’ai beaucoup ri par moments. je m’aperçois que je suis de plus en plus sensible à son humour!

Jostein,

A peine terminé et j’en souris encore. Heureuse d’avoir retrouvé mon plaisir annuel à la lecture de la nouvelle cuvée. C’est une rentrée qui s’annonce bien.

J’espère n’avoir oublié aucun blog ami dans cette récapitulation!
Merci Amélie de me réjouir autant à chaque nouvelle Rentrée!

Pétronille, Amélie Nothomb
Albin Michel, 20/08/2014, 180 p.

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La Grande Odalisque, Vivès, Ruppert, Mulot, la BD du mercredi

BD du mercredi noir (2)BD du mercredi rouge (2)

L’été se termine et la BD du mercredi se ranime.
Bienvenue à tous ceux qui voudront y participer, régulièrement ou de temps en temps, au gré de leurs lectures.
Un salut chaleureux aux anciens comme aux nouveaux.
Merci pour votre enthousiasme.
A tous et toutes de belles découvertes et plein de lectures inoubliables!

Même billet sur autre blog: ICI

BD La grande Odalisque vivès

De la dizaine de BD lues cet été – sans en présenter aucune cependant – cet album-ci est de loin mon préféré, ce qui est très paradoxal puisque je préfère le dire tout de suite: je n’en ai pas aimé l’histoire – pas du tout même. Elle renferme tout ce que je déteste: de la violence, des cambriolages réussis, des voleuses jeunes, belles, sans foi ni loi, qui tuent sans scrupules et peut-être même par plaisir. Il s’agit pour elles de voler des tableaux célèbres dans des musées parisiens et elles s’en sortent à merveille mais au prix de combien de morts et de saccages! Du vol du Déjeuner sur l’herbe au musée d’Orsay, elles passent au découpage de La Grande Odalisque du Louvre.

BD la grande odalisque 5

Alors pourquoi l’ai-je aimé malgré tout?
Pour ce qui est l’essence même du genre: le dessin, le graphisme, les couleurs, le rythme de la mise en page. Non que je sois une inconditionnelle de Bastien Vivès, bien qu’ayant beaucoup apprécié plusieurs de ses réalisations, comme Polina, Amitié étroite, JujuMimiGégéChacha, et pas du tout La blogosphère et un peu moins aussi Le goût du chlore mais je dois reconnaître qu’ici les pages sont belles, très enlevées, très agréables à regarder.
C’est rapide, jeune, enjoué, insouciant, coloré. Je sentais l’inspiration à chaque moment, dans la grande variété des angles, des plans, des cadrages, des mouvements. et le plaisir des dessinateurs à créer et à se jouer de leur liberté jusqu’à choquer leur lecteur ou susciter leur admiration comme il m’est arrivé devant les gros plans de la pyramide du Louvre, les reproductions des tableaux, la finesse du trait, le choix des coloris.
J’ai aimé aussi les nombreuses pages silencieuses. Cette BD est très peu bavarde et j’apprécie toujours ce fait de même que la relative grandeur de chaque image.

BD la grande odalisque 4

C’est bien simple, cette BD, je l’ai relue deux fois ou revue plutôt, rien que pour la grande variété et la réussite graphique de chaque page. J’y ai pris du plaisir.
On parle maintenant d’une suite ou même d’un film. Qu’en est-il exactement? Je ne sais pas. A suivre!

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La Grande Odalisque, Vivès, Ruppert, Mulot, la BD du mercredi 

Couleurs: Isabelle Merlet
Aire libre, Dupuis, 2012, 122p.

 Prix landerneauTop BD Yaneck

Suis-je snob? Virginia Woolf

Virginia Woolf suis-je snob

Suis-je snob? s’interroge malicieusement Virginia Woolf, dans une des conférences données à la fin des années trente devant ses amis du Memoir Club. La réponse est positive, bien sûr, son but avoué étant de faire rire ses amis!

Selon le traducteur qui préface les huit essais réunis dans ce livre des éditions de Rivages poche, le snobisme à cette époque de l’entre deux guerres «désignait la fascination des bourgeois pour la noblesse au sens strict – pour les aristocrates de sang, riches ou pauvres.» Pour Virginia cependant, ce qui la fascine chez les snobs, ce n’est pas tant leur supériorité sociale que l’image de leur position définitivement assurée dans le monde, quoi qu’ils fassent.

Pour répondre à la question: «Qu’est-ce qu’un snob?» ,Virginia prend deux contre-exemples parmi l’assemblée : Desmond ( MacCarthy) et (John) Maynard (Keynes). Pourquoi ne sont-ils pas snobs bien que sortis de Eton et Cambridge, avec toutes les qualités qui en découlent? Parce qu’ils ne se vantent jamais de leurs très hautes fréquentations, l’un avec le roi George en personne, l’autre avec «ce pauvre vieux Baldwin» alors Premier Ministre. Tandis qu’elle, oui, elle reconnaît en elle ce symptôme qui consiste à toujours laisser dans la pile de papiers au-dessus de tous les autres la lettre qui porte une couronne. Affaire de vanité en somme !
«L’essence du snobisme est de chercher à faire une forte impression sur les autres. Un snob est une créature au cerveau papillonnant»
Et de donner alors des exemples de son comportement de snob depuis sa toute petite enfance. Elle veut des couronnes !
«Mais il faut que ce soit de vieilles couronnes, des couronnes qui portent avec elles des terres et des maisons de campagne … »
Plus loin elle reconnaît qu’elle est aussi une «snob à salons illuminés, une snob des fêtes de bonne société.»
Les exemples qu’elle donne ensuite pour le prouver sont savoureux et merveilleusement surannés. Il y est question pour finir d’Henry James et c’est tout simplement délicieux !

Suis-je snob? et autres textes baths, Virginia Woolf
présentés et traduits de l’anglais par Maxime Rovere
(Rivages poche, Petite Bibliothèque, 176 p.)

Autre billet ICI

Faillir être flingué, Céline Minard, Prix Inter 2014

Céline Minard faillir être flingué

Un livre superbe que je ne suis pas près d’oublier! Et pourtant, si j’ai vu beaucoup de westerns et si j’aime encore les regarder, c’est le premier roman de ce genre que je découvre. Je l’aurais su avant, je crois que je ne l’aurais pas choisi de peur de m’ennuyer parce que, curieusement, il me semblait que les cavalcades et les affrontements hommes blancs/ Indiens, les arrivées en chariots des émigrants dans les immenses espaces sauvages à couper le souffle de l’Ouest américain étaient plus propres à être vus que lus. C’était une erreur. J’ai aimé ce roman des origines à l’égal des meilleurs «Nature Writing» lus ces derniers temps, (merci Keisha!) Je découvre par là-même une romancière que je veux absolument mieux connaître car j’apprécie sa manière d’écrire à la fois sobre et inspirée mais d’un lyrisme réaliste très maîtrisé. Elle dit juste ce qu’il faut sans partir dans de grandes envolées mystiques ou poétiques, sans perdre en route son lecteur. Le récit s’organise autour de faits et de détails très précis et concrets. On s’y croit. Les personnages sont nombreux, variés, attachants: Josh, le fils si fantasque, Brad et Jeffrey, si déterminés, les premiers, qui enterrent leur aïeule en cours de route, Xiao Niù, la gamine, Sally, la tenancière du bordel, énergique et efficace, Zébulon, le bon négociant courageux, et tellement d’autres mais il faut bien les cerner dès le départ sinon on risque de s’y perdre au début. Le rythme, qui m’a paru un peu se ralentir au milieu, repart de plus belle par la suite avec des épisodes de toute beauté. Le début est magnifique, la fin très réussie.

Ce livre a reçu le prix Inter. Comment s’en étonner?

Le chariot n’en finissait plus d’avancer. La grand-mère à l’arrière criait de toutes ses forces contre la terre et les cahots, contre l’air qui remplissait encore ses poumons. » (Première phrase)
Et dans le bar surpeuplé il raconta comment il avait vu sortir des rotatives les milliers d’oiseaux blancs, ô future vigueur, qui allaient envahir le continent. (fin)

Billets de Jérôme, Hélène, et plein d’autres sur Babelio…

Billet sur autre blog: ICI

Faillir être flingué, Céline Minard, Prix du livre Inter 2014
(Rivages, juin 2013, 326 p.)

Mon premier trio pour la rentrée littéraire – (suite 2)

– A lire pour moi  dès leur sortie…

Voir aussi ICI

Après Pétronille d’Amélie Nothomb, voici les quatorze livres proposés par Lire pour la Rentrée.

Je les juge et les choisis uniquement en fonction de mes impressions à la lecture  des extraits des premières pages publiés par la revue(Lire, Les livres de votre été. Les 15 extraits de la rentrée littéraire)

*****   = j’achète.

***      = je suis tentée mais j’hésite encore.

*          = aucune envie de le lire (sauf avis contraires de mes blogs préférés).

  • Pétronille, Amélie Nothomb, Albin Michel: (billet précédent) *****
  • Oona & Salinger, Frédéric Beigbeder, Grasset: *** (Pour sa rencontre avec Salinger et le récit de son idylle avec Oona O’Neill,  la fille du dramaturge Eugène O’Neill, Prix Nobel 1936,  et la femme de Charlie Chaplin)
  • Viva, Patrick Deville, Seuil: *** Au Mexique, sur les traces de Malcolm Lowry et Léon Trotsky
  • Peine perdue, Olivier Adam, Flammarion: * (Je n’ai aimé aucun de ses livres jusqu’ici)
  • Charlotte, David Fœnkinos, Gallimard: *** (Si la présentation en vers libre me rebute, le thème semble pouvoir me plaire: (le destin tragique de Charlotte Salomon, une peintre allemande assassinée à 24 ans alors qu’elle était enceinte et celui de sa tante, nommée  Charlotte elle aussi,  qui s’est suicidée à 18 ans) (Ça m’a l’air bien sombre cependant!)  Exemple de la forme adoptée:

« Face aux incohérences maternelles, Charlotte est docile.

Elle apprivoise sa mélancolie.

Est-ce ainsi qu’on devient artiste?

En s’accoutumant à la folie des autres? » 

  • On ne voyait que le bonheur, Grégoire Delacourt, JC Lattès: * Une tragédie familiale, entre la France et le Mexique. Portrait d’un homme en quête de liens et d’amours disparues, incapable de rendre aux autres les coups qui lui sont assénés. »  (Je n’ai pas aimé les style des premières pages.) 
  • Autour du monde, Laurent Mauvignier, Minuit: ***  Deux amants, un Mexicain et une Japonaise, partent pour d’agréables moments dans le nord du Japon mais arrive  le tsunami de Fukushima… (« Ample roman choral sur une tragédie et ses retentissements multiples ») (Bien sombre aussi ce sujet!) 
  • L’amour et les forêts, Éric Reinhardt, Gallimard: *** Je n’ai pas réussi à m’en faire une idée très précise: (« conte de fées moderne, évocation sans fard de la violence au quotidien et, surtout, l’ambitieux portrait d’une femme qui préfère le profond,  ce en quoi il est envisageable de se dissimuler, l’amour et les forêts, la nuit, l’automne »)  (J’attends les premières réactions des lecteurs pour me décider.)  
  • Le règne du vivant, Alice Ferney, Actes Sud:  *** La cause écologiste. Une campagne de lutte contre le braconnage des navires baleiniers.  « La question du rôle et de la place de l’humain au sein du règne du vivant » (J’ai beaucoup aimé son roman: « L’élégance des veuves »)
  • Joseph, Marie-Hélène Lafon, Buchet_Chastel: *** Joseph est un homme simple et courageux, d’une grande douceur avec les gens et les animaux. C’est un ouvrier agricole proche de la retraite. Destin d’un homme qui ne s’est jamais plaint et celui d’un monde qui meurt sans faire de bruit. (Bien triste aussi apparemment, le thème ne m’attire pas vraiment mais voilà un moment que je désire lire cette romancière)
  • L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, Haruki Murakami, Belfond: *****  Ils étaient 5 amis puis un jour quatre écrivirent à Tsukuru Tazaki qu’ils ne voulaient plus le voir, sans lui donner d’explications. Roman qui explore la mémoire, les regrets, la peur de l’abandon. (Je n’hésite pas tant j’aime cet auteur. Après lecture des premières pages, je suis très curieuse de connaître la suite)
  • Fonds perdus, Thomas Pynchon, Seuil: * « Portrait d’un New York halluciné ». Mars 2001 entre l’éclatement de la bulle internet et l’effondrement des tours. (J’ai eu du mal à finir le seul roman que j’aie lu de lui mais  ce livre serait moins complexe que les autres alors… attendons les premières réactions. )
  • Un monde flamboyant, Siri Hustvedt, Actes Sud: * Le monde de l’art, sa superficialité, son culte de la jeunesse et le portrait d’une femme artiste, « touchante dans sa faiblesse, émouvante dans sa rage, inoubliable dans sa soif de reconnaissance » .(Siri Hustvedt est la compagne de Paul Auster depuis 1981 précise l’article. Si je connais quelques  romans  de ce dernier, je n’ai encore rien lu, je crois,  de  cette romancièreRectification: j’ai lu « Élégie pour un américain » que je n’ai pas aimé!
  • La chute des princes, Robert Goolrick, Anne Carrière: ***** Tableau des années 1980 à New York. Tous les excès possibles puis la chute des traders qui en sont les princes.  Fin de la grande foire aux vanités. Conte tragique, tristesse et beauté. (J’ai beaucoup aimé ce début. Je voudrais déjà avoir ce livre  entre les mains s’il était sorti)  
  • Hérétiques, Leonardo Padura, Métailié: *** Une fresque en résonance avec l’époque contemporaine et et la genèse d’un tableau de Rembrandt. La tentative d’émigration ratée vers Cuba de 900 juifs d’Europe en 1939. 70 ans plus tard la vente d’un tableau célèbre  à Londres provoque une ample recherche  historique de la part d’un fils concerné par cette tragédie. (Cette histoire m’intéresse et je voudrais aussi lire cet auteur.) 

Je me résume. De ces quinze auteurs, je retiens pour l’instant: 

Nothomb, Murakami, Goolrick

goolrick robert la chute des princesMurakami, L'incoloreAmélie nothomb pétronille

Sans surprise, le premier livre de la rentrée qui me tente pour l’instant

Amélie nothomb pétronille

J’écris ce billet après lecture des 15 extraits présentés dans le magazine Lire de cet été. Justement c’est ma moyenne de lecture mensuelle mais tiendrai-je le rythme cette fois avec un emploi du temps libre très réduit? C’est pourquoi il me faut choisir avec soin les livres que je vais acheter.

Le premier avant tout sera celui de celle que je lis systématiquement tous les ans tout simplement parce que je l’aime. Parfois c’est un bon crû parfois moins mais c’est toujours un moment savoureux que de découvrir sa production de l’année. Justement les 17 premières pages sont en libre accès chez l’éditeur Albin Michel et de quoi parlent-elles tout d’abord? De champagne et d’ivresse, de séances de dédicace, enfin de la rencontre avec Pétronille, une lectrice également romancière prise tout d’abord pour un garçon. Le récit commence en 1997.
Ça y est! Me voilà ferrée! Je retrouve l’ humour pince sans rire et cette forme de gentillesse qui cache la cruauté des analyses sur le comportement humain. sur le site du Point, Jérôme Béglé en montre un peu plus mais il raconte trop l’intrigue déjà, je trouve. Je retiens simplement qu’il s’agit d’un récit en partie autobiographique sur une amitié entre deux femmes, dont l’une vient d’écrire son premier roman. J’ai hâte de savoir la suite. Lancement réussi! Elle m’a déjà fait rire avec des remarques comme celles-ci:

Rien ne me désole plus que ces gens qui, au moment de goûter un grand vin, exigent de « manger un truc »: c’est une insulte à la nourriture et plus encore à la boisson. « Sinon, je deviens pompette », bredouillent-ils aggravant leur cas. J’ai envie de leur suggérer d’éviter de regarder de jolies filles: ils risqueraient d’être charmés.
L’exercice de la dédicace repose sur une ambiguïté fondamentale: personne ne sait ce que l’autre veut. Combien de journalistes m’ont posé cette question: «Qu’attendez-vous de ce genre de rencontres?» A mon sens, l’interrogation est encore plus pertinente pour la partie adverse. (…)
Aujourd’hui, la question est un peu moins mystérieuse. Je ne suis pas la seule à avoir observé que les plus jolies filles de Paris font la queue devant moi, et je remarque avec amusement que beaucoup de gens fréquentent mes dédicaces pour draguer ces beautés. Les circonstances sont idéales, car je dédicace à une lenteur accablante, les séducteurs ont donc tout leur temps.
Au premier regard, je la trouvai si jeune que je la pris pour un garçon de quinze ans. Cette juvénilité était confirmée par l’intensité exagérée des yeux : elle me dévisageait comme si j’avais été le squelette du glyptodon du muséum du Jardin des Plantes.
Je suis souvent lue par des adolescents. Quand il s’agit d’une lecture imposée par le lycée, c’est d’un intérêt modéré. Lorsqu’un môme me lit de sa propre initiative, c’est toujours fascinant. Aussi accueillis-je le garçon avec un enthousiasme non feint. Il était seul, ce qui prouvait qu’aucun professeur ne l’envoyait.
Il y a deux attitudes possibles chez ceux à qui je viens de signer un livre : il y a ceux qui partent avec leur butin et ceux qui se rangent sur le côté et me regardent jusqu’au bout de la séance. Pétronille resta et m’observa. J’eus l’impression qu’elle voulait me consacrer un documentaire animalier.

Billet d’origine sur mon autre blog ICI

Lady Hunt, Hélène Frappat

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Pourquoi ce besoin constant de vouloir garder le souvenir de chacune de mes lectures, même et peut-être surtout si je ne les ai pas aimées, comme aujourd’hui? Écrire un tel billet m’est difficile parce que tout d’abord, comme ça, spontanément, à peine le livre refermé, je ne sais pas vraiment au juste ce qui m’a déplu.
Certains passages comme celui-ci résument assez bien mon malaise.

Peu à peu le rêve a envahi tout l’espace. Il a enfreint la frontière du jour et de la nuit. Chaque réveil conservait la marque de l’autre monde. Son odeur collait à mes vêtements, à mes cheveux. Le rêve se mêlait aux souvenirs. Le futur avait un air de déjà-vu. Quand le rêve s’est invité sur le mur de ma chambre, il m’a chassée de chez moi.

Je les trouve beaux et agaçants à la fois. Poétiques, mais trop peu explicites. De quoi s’agit-il au juste? Je ne suis pas sûre d’avoir bien compris l’histoire.
Il y est question d’une maison pleine de brume et de mystère qui hante l’héroïne Laura Kern (dont le prénom peut aussi devenir Luna, du nom de cette maison dans l’incendie de laquelle fut brûlée vive Diane, son arrière-grand-mère )

Au bout de la route, Luna m’attend. Diane me réclame en sacrifice.
Toi et moi avons hérité de la chevelure de Diane. Le feu est là dans nos cheveux. Le feu protecteur et vivant de Diane chasseresse. Et la lune d’Hécate doit sortir de nos cœurs.

Les maisons ont une grande importance. Laura les fait visiter aux éventuels acheteurs de la Plaine Monceau, à Paris. C’est là aussi qu’elle vit sa liaison avec son employeur, là qu’elle a des visions dans les miroirs, là qu’elle a vu disparaître un enfant.

A ces souvenirs s’ajoute la crainte toujours présente d’avoir hérité du sang des Kern. Son père l’a quittée quand elle avait sept ans, à l’annonce de la maladie de Huntington. Laura et Elaine sa sœur vont-elles se décider à connaître leur propre sort? Ont-elles hérité du gêne de John, leur père? Quel rôle pourrait jouer cette malédiction dans les étranges visions et les peurs de la jeune femme?

Tout cela pouvait m’intéresser mais non, je n’ai pas pu m’attacher aux personnages. Ils ne m’ont pas semblé réels. Peu m’importait leur sort. Un comble avec la menace de cette terrible maladie psychique planant au-dessus d’eux! Une déception.

Lady Hunt, Hélène Frappat, (Actes Sud, août 2013, 318 p )