Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, Romain Gary

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Rien ne va plus pour Jacques Rainier, un fringant industriel d’une soixantaine d’années, amoureux fou de Laura, une jeune brésilienne de 20 ans. Son entreprise vacille et sa virilité flanche. Sa vie a pourtant été brillante et son fils marche sur ses traces mais lui-même est désormais obsédé par des images de chute et de suicide. La vieillesse ne lui convient pas. Il se sent atteint par la ligne fatidique, celle où les tickets ne sont plus valables.

Curieux livre, en avance sur son temps, écrit au début des années 70, avant le sida et le Viagra, quand il était de bon ton pour les hommes de se montrer toujours vaillant! On le sait, Romain Gary s’est tiré une balle dans la bouche en 1980, à 66 ans.

Vous êtes foutu. Kaputt. Bon, vous ne le savez peut-être pas vous-même : on vit d’espoir. On croit que ça va … se redresser
– Vous parlez de vous-même, de moi ou de la Tour de Pise ?
– Très drôle. Oui, je suppose que vous n’êtes pas au courant. Vous ne voulez pas regarder ça en face. Et puis, il faut beaucoup de temps pour être renseigné sur soi-même.

Elle avait rejeté la tête en arrière et ses cheveux dénoués coulaient sur le tapis. J’enjambai Bach, Mozart et Rostropovitch et me laissai tomber sur le sofa; je devais avoir l’air d’un homme qui vient de se faire voler ses économies, pourtant si soigneusement enterrées au fond de lui-même. – Qu’est-ce qu’il y a, Jacques?- Rien. Monologue intérieur. – On peut savoir?- … N’avouez jamais. Elle vint s’agenouiller près de moi, s’appuya sur les coudes, se pencha sur mon visage.- J’exige!- Je pensais à la chute de l’Empire romain. La chute de l’Empire romain, c’est la chose la mieux partagée du monde, mais chacun s’imagine qu’il est le seul à qui ça arrive.

– Laura, je voudrais mourir bien avant de mourir mal …- Picasso …- Foutez-moi tous la paix avec Picasso et Pablo Casals, ils avaient trente ans de plus que moi et, à cet âge-là, il est plus facile de mourir vieux. Et puis qu’est-ce qui te parle de mort? Je te parle de façon de morir, ça n’a vraiment aucun rapport avec la mort.

Cet homme affaibli s’est battu longtemps contre son sentiment de perte et de décadence et j’ai aimé ce personnage, d’autant plus que la fierté, l’orgueil, l’envie de sauver son amour à tout prix se mêlent à un humour fataliste et amer mais très vite la folle tentation d’utiliser un bel Andalou, voyou menaçant, comme moyen imaginaire pour arriver à ses fins, l’emporte jusqu’à la frénésie, malgré les avis concordants du spécialiste consulté et de Laura elle-même. La fin m’a un peu déconcertée, n’empêche, c’était une belle lecture.

Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, Romain Gary

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