Lecture de La Princesse de Clèves toujours d’actualité

Voyage au bout de la nuit, Claire-Lise lit la princesse de Clèves
Bon début de journée puisque j’ai pu écouter une lecture de La Princesse de Clèves sur D8 par Claire-Lise (seul son prénom est indiqué) dans l’émission: Voyage au bout de la nuit. C’est ainsi que j’ai tenté une fois de plus de me faire une idée de la beauté de cette jeune femme de seize ans qui éblouit toute la cour dès son arrivée.
(Disponible en replay du 09/08/2014 au 16/08/2014,)
Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l’on doit croire que c’était une beauté parfaite, puisqu’elle donna de l’admiration dans un lieu où l’on était si accoutumé à voir de belles personnes. Elle était de la même maison que le vidame de Chartres, et une des plus grandes héritières de France. Son père était mort jeune, et l’avait laissée sous la conduite de madame de Chartres, sa femme, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu son mari, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à l’éducation de sa fille ; mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté ; elle songea aussi à lui donner de la vertu et à la lui rendre aimable. La plupart des mères s’imaginent qu’il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en éloigner : Madame de Chartres avait une opinion opposée; elle faisait souvent à sa fille des peintures de l’amour ; elle lui montrait ce qu’il a d’agréable, pour la persuader plus aisément sur ce qu’elle lui en apprenait de dangereux ; elle lui contait le peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur infidélité ; les malheurs domestiques où plongent les engagements ; et elle lui faisait voir, d’un autre côté, quelle tranquillité suivait la vie d’une honnête femme, et combien la vertu donnait d’éclat et d’élévation à une personne qui avait de la beauté et de la naissance; mais elle lui faisait voir aussi combien il était difficile de conserver cette vertu, que par une extrême défiance de soi-même, et par un grand soin de s’attacher à ce qui seul peut faire le bonheur d’une femme, qui est d’aimer son mari et d’en être aimée.Cette héritière était alors un des grands partis qu’il y eût en France; et quoiqu’elle fût dans une extrême jeunesse, l’on avait déjà proposé plusieurs mariages. Madame de Chartres, qui était extrêmement glorieuse, ne trouvait presque rien digne de sa fille. La voyant dans sa seizième année, elle voulut la mener à la cour. Lorsqu’elle arriva, le vidame alla au-devant d’elle ; il fut surpris de la grande beauté de mademoiselle de Chartres, et il en fut surpris avec raison: la blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat que l’on n’a jamais vu qu’à elle; tous ses traits étaient réguliers, et son visage et sa personne étaient pleins de grâce et de charmes.
Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves, première partie, 1678.

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Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, Romain Gary

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Rien ne va plus pour Jacques Rainier, un fringant industriel d’une soixantaine d’années, amoureux fou de Laura, une jeune brésilienne de 20 ans. Son entreprise vacille et sa virilité flanche. Sa vie a pourtant été brillante et son fils marche sur ses traces mais lui-même est désormais obsédé par des images de chute et de suicide. La vieillesse ne lui convient pas. Il se sent atteint par la ligne fatidique, celle où les tickets ne sont plus valables.

Curieux livre, en avance sur son temps, écrit au début des années 70, avant le sida et le Viagra, quand il était de bon ton pour les hommes de se montrer toujours vaillant! On le sait, Romain Gary s’est tiré une balle dans la bouche en 1980, à 66 ans.

Vous êtes foutu. Kaputt. Bon, vous ne le savez peut-être pas vous-même : on vit d’espoir. On croit que ça va … se redresser
– Vous parlez de vous-même, de moi ou de la Tour de Pise ?
– Très drôle. Oui, je suppose que vous n’êtes pas au courant. Vous ne voulez pas regarder ça en face. Et puis, il faut beaucoup de temps pour être renseigné sur soi-même.

Elle avait rejeté la tête en arrière et ses cheveux dénoués coulaient sur le tapis. J’enjambai Bach, Mozart et Rostropovitch et me laissai tomber sur le sofa; je devais avoir l’air d’un homme qui vient de se faire voler ses économies, pourtant si soigneusement enterrées au fond de lui-même. – Qu’est-ce qu’il y a, Jacques?- Rien. Monologue intérieur. – On peut savoir?- … N’avouez jamais. Elle vint s’agenouiller près de moi, s’appuya sur les coudes, se pencha sur mon visage.- J’exige!- Je pensais à la chute de l’Empire romain. La chute de l’Empire romain, c’est la chose la mieux partagée du monde, mais chacun s’imagine qu’il est le seul à qui ça arrive.

– Laura, je voudrais mourir bien avant de mourir mal …- Picasso …- Foutez-moi tous la paix avec Picasso et Pablo Casals, ils avaient trente ans de plus que moi et, à cet âge-là, il est plus facile de mourir vieux. Et puis qu’est-ce qui te parle de mort? Je te parle de façon de morir, ça n’a vraiment aucun rapport avec la mort.

Cet homme affaibli s’est battu longtemps contre son sentiment de perte et de décadence et j’ai aimé ce personnage, d’autant plus que la fierté, l’orgueil, l’envie de sauver son amour à tout prix se mêlent à un humour fataliste et amer mais très vite la folle tentation d’utiliser un bel Andalou, voyou menaçant, comme moyen imaginaire pour arriver à ses fins, l’emporte jusqu’à la frénésie, malgré les avis concordants du spécialiste consulté et de Laura elle-même. La fin m’a un peu déconcertée, n’empêche, c’était une belle lecture.

Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, Romain Gary

La petite foule, Christine Angot

christine Angot, la petite foule
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Après Une semaine de vacances, voici le second livre de Christine Angot que je referme. C’est le jour et la nuit entre les deux. Le premier, très cru et très intime, autobiographique, sur l’inceste et l’abandon – douloureux comme tout – Celui-ci, une suite d’une centaine de portraits contemporains, pris sur le vif – des gens de toutes conditions et finalement l’auteur au milieu de tous, vrai centre névralgique: une écoute (le surprenant chœur des oiseaux à la fin dont s’est moquée Natacha Polony chez Ruquier), une vision très personnelle, à la manière de La Bruyère cité en exergue:  Je rends au public ce qu’il m’a prêté; j’ai emprunté de lui la (manière) / matière de cet ouvrage. Un autre choix aurait aussi bien pu convenir:  Mes peintures expriment bien l’homme en général puisqu’elles ressemblent à tant de particuliers. Sans doute pas cette affirmation-ci cependant: Cet ouvrage n’est qu’une simple instruction sur les vices des hommes. Il vise moins à les rendre savants qu’à les rendre sages.  

Quoi qu’il en soit, j’ai reconnu bien des personnages et moi-même également dans ces évocations prises sur le vif, du Parisien d’adoption à la Lectrice, la Suiveuse, le Mort, l’étudiante en week end, la jeune mariée, La petite foule enfin, l’avant dernier texte où il est question d’un avion retardé et de la réaction des voyageurs. Tant d’autres encore que j’ai trouvés bien vus et bien exécutés, des œuvres d’art en miniature qu’il faut lire au compte-gouttes sinon je décroche très vite et je ressens la même exaspération que s’il s’agissait d’un recueil de nouvelles. Christine Angot s’en défend cependant et affirme que c’est bien un roman qu’elle a écrit mais je n’ai pas eu cette impression. Les personnages changeant continuellement, il n’y a pas de liens entre eux et l’intrigue est réduite à zéro. Ce sont juste des fragments, des morceaux de vie mis bout à bout, plus ou moins longs et plus ou moins intéressants. Ce n’est pas ce que je préfère.

La petite foule, Christine Angot
(Flammarion, mars 2014, 256 p.)

Images de ma matinée sur les blogs

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Je lis beaucoup en ce moment mais sans publier les billets correspondants. Ce sera mon luxe de ces quelques journées de vacances, parfois belles et chaudes comme hier et parfois pluvieuses et même souvent frisquettes comme aujourd’hui, autour de Versailles. J’en profite pour flâner de blog en blog, ce qui peut m’entraîner très loin des sites littéraires que je fréquente habituellement., mais j’aime ça!

Voici ma récolte matinale:

New York et ses quartiers
Suite à ma lecture de Jerome Charyn sur son enfance passée avec sa mère parmi les mafieux du Bronx durant la dernière guerre mondiale, j’ai senti le besoin de me rafraîchir la mémoire concernant la situation des principaux quartiers de NY.

NY quartiers

Chez Cuné,
je tombe souvent sur des trésors, comme ce poème de Benoîte Groult que je trouve
excellent.

Sur <a href="http://www.babelio.com/quiz/8956/Les-auteurs-suicides »>Babelio, je me suis amusée à répondre à quelques Quizz intéressants comme celui de Gwen21: Les auteurs suicidés. Je termine 25e sur 97 participants. J’ai fait une erreur sur l’auteur canadien! Je n’en connaissais qu’un seul sur le trois. Dommage

Chez Nathan trouvé cette idée pour occuper un jeune enfant à son retour du bord de mer (info ni sponsorisée ni sollicitée mais trouvée par hasard et que je veux retenir pour expérimenter ensuite!)

Pendant ce temps, certains se prélassent en Méditerranée …… tandis que je remets en place mes livres à peine terminés.

MSC Méditerranée

La belle ténébreuse de Biélorussie, Jerome Charyn

La belle ténébreuse de Biélorussie, Jérôme Charyn,

Tout lecteur a ses faiblesses et ses lacunes. Les miennes sont flagrantes quant à  ce roman de Jerome Charyn sur la vie des émigrés de l’Europe de l’Est avant guerre, àNew York,   et viennent surtout de ma méconnaissance de l’histoire politique duBronx avec ses luttes mafieuses intestines. 

Ceci mis à part, j’ai beaucoup aimé ce récit évoquant l’enfance du narrateur de cinq à sept ans, de  1942  à  la fin de la guerre, aux côtés de sa mère chérie et admirée, la belle Faigele, venue de  Moguilev, en Biélorussie, où elle a laissé son frère aîné dont elle attend interminablement des nouvelles. Harvey, son fils aîné, parce qu’ asthmatique,  est exilé en plein désert, dans l’Arizona.  Il préfère son père, Sam,l’occasionnel marchand  de fourrure. Son petit frère Jerome, lui, «bébé Charyn», le narrateur,  a choisi sa mère, tour à tour croupière d’un gros bonnet  de la pègre,  trempeuse de cerises dans du chocolat, reine du marché noir. 

Nous allions par les rues, l’enfant prodige en culottes courtes et sa mère, d’une beauté si insolente que cessait tout commerce : nous pénétrions alors dans un univers au ralenti où femmes, hommes, enfants, chiens, chats et pompiers dans leur camion la regardaient passer, les yeux emplis d’un tel désir que je me faisais l’effet d’un usurpateur en train de l’enlever vers quelque distante colline. » 

 Joli récit autobiographique  d’une vie difficile,  dans une époque dramatique et dans un milieu des plus violents,  à travers le  regard d’un jeune enfant qui, très naturellement,  magnifie  les événements, les rendant magiques et  nostalgiques. Une écriture légère et tendre. Un vrai bon moment de lecture. 

 Nous allions entrer dans le marché couvert quand une petite bande de gens en haillons s’approcha de nous, des hommes avec un drôle d’uniforme, des moustaches grises et d’énormes yeux qui vous pénétraient. C’étaient des prisonniers de guerre italiens accompagnés par la police militaire: sifflets, casques et pistolets. (..) Ils avaient été placés dans une situation comique. L’Italie s’était rendue depuis des lustres et ces prisonniers de guerre auraient dus être renvoyés chez eux, mais c’était impossible tant que les Allemands occupaient l’Italie du Nord (…) N’étaient-il pas eux aussi des voyageurs comme maman et moi?  Piégés dans l’énigme de notre siècle, fêtant Noël en mai, à l’intérieur d’une minuscule bulle italienne. Maman ressentait-elle sa propre condition de prisonnière à les voir ainsi. Ils ne murmuraient rien, ils ne ricanaient pas. Ils regardaient. Et maman fut incapable de se dérober à ces clowns prisonniers. Elle courut soudain, courut les étreindre, serra chacun de ces prisonniers de guerre dans ses bras, les laissa fourrer leur nez dans la fourrure soyeuse de son manteau: la police militaire n’en revenait pas; c’était comme s’ils étaient eux aussi prisonniers, étant privés de sa chaleur. 

La belle ténébreuse de Biélorussie, Jerome Charyn (Gallimard, collection  Haute Enfance, 1997, 182 pages + 8 p. hors texte, 8 ill. Titre original: The Dark Lady from Belarusse Traduit de l’américain par Marc Chénetier

Jerome Charyn est un auteur américain primé. Ayant publié près de 50 œuvres, Charyn s’est bâti au fil du temps une réputation d’écrivain prolifique et imaginatif, abordant les thèmes de la vie américaine réelle et inventée,  l’un des plus importants écrivains de la littérature américaine.

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La Comtesse de Ségur et T. Trilby, mes premières lectures

Doodle comtesse de Ségur, 215e anniversaire

Puisque la Comtesse de Ségur est à l’honneur ce matin pour le 215e anniversaire de sa naissance (Saint-Pétersbourg – 1799 / Paris – 1874), naturellement je me suis revue toute petite, ouvrant mon premier vrai livre de lecture, offert par ma grand-mère à Noël, dans la belle collection rouge et or, avec des images en noir et blanc à l’intérieur.
Naturellement aussi, il s’agissait des Petites filles modèles, lu et relu comme étant resté longtemps mon livre unique. Puis sont arrivés le Général Dourakine, Les Malheurs de Sophie, Un bon petit diable, Mémoires d’un âne, Les deux Nigauds, L’auberge de l’Ange gardien, (longtemps mon préféré), François le Bossu, La sœur de Gribouille et enfin Après la pluie le beau temps.

Je crois bien que c’est tout. Je conserve encore le tout premier, plutôt mal en point d’ailleurs, mais que je n’abandonnerais pour rien au monde. Quant aux autres, je ne sais ni où ni quand ni dans quelles circonstances ils ont disparu! Je devrais bien en retrouver quelques-uns chez mes sœurs, je ne sais pas où. Il n’y a plus tellement de livres dans les bibliothèques familiales depuis internet.

J’ai cherché des images ici et là mais aucune ne correspond à mon souvenir. Toutes me déçoivent!

Je ne peux cependant pas évoquer ces premières lectures d’avant mes dix ans et mon passage aux livres de poche sans enchaîner sur les secondes que j’ai tout autant adorées avec la série des Trilby. du nom de la romancière T. Trilby, (en réalité Thérèse de Marnyhac) (1875 – 1962) . Ils ont été réédités par les éditions du Triomphe. Il y avait:

D’un palais rose à une mansarde, Lulu, le petit roi des forains, Dadou, gosse de Paris, Moineau, la petite libraire, Coco de France, Louna, la petite cherifa.

Leurs titres m’évoquent d’excellents moments et surtout le meilleur des remèdes contre les disputes de mes parents. Il suffisait qu’à plat ventre sur mon lit je me bouche les oreilles et que je me plonge dans mon livre pour ne plus rien entendre et imaginer un monde plus doux! Comment oublier ces tout premiers romans? Je ne supporte même pas d’entendre quelque critique ou raillerie que ce soit à leur sujet! Les premières pépites en littérature, ça ne se renie tout de même pas!

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