La vie de Norman, Stan Silas, ma BD du mercredi, Début du challenge Halloween

BD La vie de Norman Stan Silas

Brrr!, Berk !!, Oups !!!

Je ne m’attendais pas à un album aussi gore, trash, loufoque, déjanté, totalement «Horrifique» si digne d’Halloween !

 Le dessin de la couverture, je le prenais au second degré. J’avais tort !

C’est bien du vrai sang qui coule sur le grand couteau.

C’est bien de  Norman dont il s’agit,  le héros, un serial Killer de huit ans qui ne pense qu’à exterminer ses petits camarades de classe, tour à tour et il s’y prend très efficacement,  à commencer par Jérémy, le petit nouveau à peine arrivé.

Je m’appelle Norman, j’ai 8 ans et ma passion, c’est de tuer les gens. 

BD la vie de norman stan silas 2BD la vie de Norman, 3

Voici sa présentation par l’éditeur car je ne suis pas sûre d’avoir tout compris ni  repéré et encore moins  apprécié toutes les allusions aux killers célèbres, aux mangas et autres séries dont l’auteur s’est inspiré. Autant dire que je ne suis pas le bon public.

« Norman a huit ans et il est fan de films d’horreur: Freddy Krugger, Jason Vorhees et Michael Myers sont ses modèles, dont il reproduit les exploits dans la vie réelle. Jérémy, le petit nouveau qui vient d’emménager au village, rejoindra vite la longue liste des enfants disparus et ne fera plus parler de lui… Mais Garance veille! Cette jolie blondinette va mener l’enquête sur l’étrange absence de son petit amoureux… « 

La seule chose que j’ai pu apprécier, c’est le dessin, tout mignon, naïf,  drôle, plein de détails rigolos mais à part ça, les personnages sont presque tous de vraies petites pestes mais c’est la maîtresse d’école, la pire. Méchante, injuste, violente, pochtronne, nymphomane … etc. elle a tous les défauts du monde. 

J’aurais dû rire mais je n’ai pas réussi. 

La vie de Norman, Stan Silas,  2011, 64 pages, Tout public à partir de 14 ans. Série de trois tomes.
Makaka éditions

La folie Giovanna, Élise Galpérine – A quel challenge inscrire ce roman?

la folie giovanna elise galperine-

En flânant, cet été,  de blogs en blogs, à l’aveuglette, ce que j’aime beaucoup faire dès que j’ai un peu de temps, je suis tombée sur un challenge qui m’a tout de suite intéressée mais impossible de retrouver l’adresse du blog qui le proposait.

Il s’agissait de choisir à la bibliothèque un auteur dont on n’a encore jamais entendu parler et de lire un de ses ouvrages.

La lettre proposée était le G.

Comme très souvent déjà je me suis  étonnée et attristée de voir tant de noms de romanciers dont j’ignorais l’existence dans toutes les bibliothèques où je suis passée, j’ai trouvé l’idée excellente et à ma dernière visite, j’ai choisi tout à fait par hasard ce petit livre de 240 pages dont même l’éditeur m’est inconnu: Nicolas Chaudun,proche d’Actes Sud dont il a conservé le fameux format.

Il s’agit du second roman de la romancière : Galpérine Élise dont je sais maintenant, grâce une fois de plus à Wikipedia:

– qu’elle est née à Paris en 1964, dans une famille bourgeoise.

– qu’elle est également  professeur spécialisée en droit à l’université Paris V René Descartes, où elle est chargée de cours.

– que son premier roman a pour titre  Le murmure des tissus. 

– qu’elle est l’épouse d’Alexis Galpérine, violoniste et professeur au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.

Naturellement j’ai lu aussi la quatrième de couverture avant de me lancer dans ma lecture de La folie Giovanna[deuxième lettre G: je suis en plein dans le challenge! :)] 

La première phrase m’a donné envie de fuir:

L’ordre règne en maître débonnaire dans cette maison patricienne où l’on cultive une fantaisie millimétrée, grossie de fadaises dynastiques et de petites vacheries spirituelles. 

Une autre m’a retenue par l’allusion à deux auteurs que j’ai aimés:

Les fragilités lissées qui confinent si volontiers à la folie rappellent l’univers de Chardonne ou deMauriac.

La comparaison est ambitieuse et j’ajouterais: hasardeuse parce que, même si j’ai trouvé agréable à lire ce roman familial dont l’action se déroule dans la première moitié du XXe siècle, je n’en fais cependant pas un coup de cœur, comme   Yv, par exemple, très enthousiaste!

De quoi est-il question dans ce roman? De la souffrance ressentie par toute une famille  élargie, devant la maladie et le handicap d’un enfant chéri et adorable.  Tous cependant ne réagissent pas de la même façon. Giovanna, la mère, résistera -telle face à cette réalité?

La narratrice, c’est la sœur de Louise,  la tante de l’enfant, celle que sa mère écartait méchamment, créant ainsi une jalousie que rien ne peut apaiser:

Elle (Giovanna) ressemble  à une porcelaine de Saxe. Elle est vraiment ravissante, elle se mariera. Toi, ma pauvre Louise, ajoutait-elle à mon endroit, tu es laide, mais tu as l’esprit de ton père … Que veux-tu, le Bon Dieu a ainsi réparti ses bienfaits!

C’est elle pourtant  qui s’occupe le plus efficacement du jeune garçon, son neveu et filleul , avec Mariette, la servante fidèle  au grand cœur et le docteur qui passe à l’improviste pour donner des pommades  et des médicaments « en cas de douleur » mais  qui se sait incompétent et impuissant face à la maladie. La tragédie n’est pas loin.

Hélas, le bonheur qui s’échappait, nous eussions dû le goûter avec lenteur, en examiner les moindres replis,  car les événements qui suivirent ont occupé ma mémoire, comme un mur qui ne permettrait de distinguer le passé qu’au travers d’étroites meurtrières. 

J’aurais pu tomber plus mal mais le hasard a bien fait les choses puisque ce roman, plein de nostalgie,  de détails vrais, de pensées délicates et de sentiments violents sous le silence de la bienséance, m’a  attendrie et séduite à la fois,  mon intérêt s’accroissant vers la fin, avec une  meilleure connaissance des personnages et un grand attachement à certains d’entre eux. 
Une bonne expérience ce challenge!
Saurais-je finalement qui l’a lancé? 

La folie Giovanna,  Élise Galpérine,

(Nicolas Chaudun, 2012, 240 pages)

Ce lundi, je lis …Iris & Lou, de Coralie Clément et Gesa Hansen

iris & lou

J’ai découvert un bel album pour enfants que j’écoute en boucle dans la voiture, autant dire une bonne partie de la journée tellement je dois faire de navettes en ce moment, mon petit bout de chou très attentive à l’arrière, avec ses: « Encore! Encore! » quand le disque se termine.
C’est un adorable livre /CD qui me plaît bien à moi aussi. Les voix des créatrices, qui sont lectrices et chanteuses, tour à tour, sont un enchantement et je me suis très vite surprise à fredonner les chansons.
L’histoire et les dessins sont des plus simples mais tous les enfants de trois ans et plus s’y reconnaissent sans difficultés et s’identifient facilement aux deux petites amies, Iris et Lou.

Celles-ci s’ennuient chez elles, un beau jour d’automne et la maman d’Iris téléphone à celle de Lou pour inviter sa fille à venir jouer avec la sienne. Ensemble, elles s’amusent toujours bien. Elles dansent, chantent, se déguisent, passent une bonne journée mais elles se disputent aussi. C’est à qui sera la fée. Iris prétend que le rôle est pour elle puisque les ailes lui appartiennent et Lou pleure mais la maman présente intervient et trouve la solution pour les réconcilier.

Le récit est entrecoupé de deux jolies chansons interprétées par Coralie Clément (la sœur de Benjamin Biolay?) et par la dessinatrice Gesa Hansen dont les belles voix cristallines s’accordent très joliment.

«Il arrive qu’on ait les mêmes envies
Quand on est amies
On rit de tout
Même des soucis
Mais quand on est amies
La magie c’est qu’on est heureux
De tout partager,
Car c’est ça, l’amitié.»

C’est juste ce que j’ai envie de bien faire comprendre à ma petite, pas encore très partageuse, avec ses «c’est à moi!» constants, quand elle est au parc, en ces fins de journée ensoleillées et qu’on lui prend son seau ou sa pelle mais qui, elle, ne se prive pas d’être attirée à son tour par les jouets des autres!

Un joli petit album/CD à lire et écouter!
Iris & Lou, Coralie Clément, Gesa Hansen
naïve Livres,
2014
Album jeunesse à partir de 3 ans, inclus 1 CD, 36 pages.

Haruki Murakami, L’incolore Tsukuru Yazaki et ses années de pèlerinage

haruki Murakami L'incolore
Tsukuru Tazaki, le héros du pèlerinage dont il est question dans le titre, se juge lui-même d’une grande banalité car, contrairement aux noms de famille de ses quatre amis de lycée qui renvoient tous à des noms de couleur, le sien fait exception. Ses amis, deux filles et deux garçons, rebaptisés Rouge, Bleu, Blanche et Noire, vivaient comme lui à Nagoya où ils sont restés tout le temps de leurs études mais, là encore, Tazaki s’est différencié en choisissant l’université de Tokyo, seul endroit où il pouvait suivre sa passion pour la construction de gares ferroviaires. Cependant il revenait chaque vacances les retrouver dans leur ville natale jusqu’au jour où ils lui demandèrent de ne plus jamais les voir. Il ne sut jamais pourquoi mais sa vie fut à jamais bouleversée par cette si abrupte et mystérieuse rupture.

Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d’université jusqu’au mois de janvier de l’année suivante, Tsukaru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort.Son vingtième anniversaire survint durant cette période mais cette date n’eut pour lui aucune signification particulière. Pendant tout ce temps, il estima que le plus naturel et le plus logique était qu’il mette un terme à son existence. (Premières phrases)

Enfin, après seize années de vie très solitaire, étant tombé amoureux de Sara, une jeune femme un peu plus âgée, celle-ci le persuade de rechercher les raisons de son exclusion. C’est ainsi qu’il entreprend un véritable pèlerinage et une longue enquête pour retrouver chaque membre du groupe, ce qui le conduit du Japon jusqu’en Finlande, avec sans cesse en arrière plan la musique de Liszt. Il ira de découverte en étonnement et son passé prendra une toute autre couleur dès lors qu’une partie de la vérité lui sera dévoilée mais sait-on jamais tout sur soi?

Même si l’on peut dissimuler ses souvenirs, on ne peut pas changer l’histoire.

J’ai trouvé ce livre passionnant. J’aime beaucoup cet auteur dont j’ai déjà lu trois romans mais c’est celui-ci que je préfère. Il est plus épuré, plus simple, plus lumineux. Il parle de ce que tout le monde peut ressentir dans les moments sombres de son existence: la solitude, la perte de l’amitié ou de l’amour, le manque de confiance en soi, le doute, l’isolement, la dépression, l’amour, le renouveau, le regain d’énergie, la quête des secrets du passé, les violences au quotidien mais aussi le viol, le crime, la foule, l’anonymat, bref, tous les grands sujets des grands romans.
Un excellent moment de lecture!

Haruki Murakami, L’incolore Tsukuru Yazaki et ses années de pèlerinage
Traduit du japonais par Hélène Morita
Roman, Belfond, 2014, 368 pages

Challenge de Hérisson: 6/6

Eve sur la balançoire, Conte cruel de Manhattan, Nathalie Ferlut, ma BD du mercredi

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Ce « conte cruel de Manhattan » évoque la vie tragique de Florence Evelyn Nesbit, (1884/1967), la première pin-up américaine. qui se rendit célèbre de 1901 à 1915, connut un procès retentissant et mourut dans l’anonymat.

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Pendant les premières années du siècle, elle fut l’idéal féminin de la Belle Epoque new yorkaise, très recherchée et très courtisée. C’est elle qui raconte son histoire. alors que, jeune adolescente insouciante, elle séduit les hommes par sa beauté tandis qu’elle ne rêve que de théâtre.
Amoureuse de l’acteur John Barrymore, elle devra rompre cette idylle car sa mère, en vraie maquerelle, la pousse dans les bras de Harry Thaw, un homme très riche, héritier d’une fortune amassée dans le chemin de fer. Il deviendra son mari et plus tard l’assassin de son amant Stanford White, un architecte de renom. La suite est très sombre, à commencer par le procès.

J’ai beaucoup aimé le graphisme et les couleurs chatoyantes des aquarelles qui composent ce one-shot biographique, un peu moins l’histoire elle-même, somme toute relativement prévisible. Les personnages sont presque tous antipathiques, surtout la mère de l’héroïne qui ne pense qu’à exploiter la beauté de sa fille.

J’ai cependant beaucoup apprécié cet album d’une grande variété dans les couleurs et la disposition des planches. C’est un régal pour les yeux et après tout c’est ce que j’attends d’un roman graphique: que le dessin et les couleurs soient beaux. L’histoire est secondaire pour moi. Les romans de type classique sont là pour ça!

Cette année encore, je participerai au challenge Halloween de Hilde et Lou, qui se déroulera du premier septembre au 5 octobre.
Je les suivrai à bord de leur vaisseau fantôme avec des albums dignes d’Halloween, j’espère, même s’ils ne sont pas des plus faciles à dénicher dans les bibliothèques que je fréquente mais où je finis toujours par trouver des pépites.
Serez-vous nombreux à y participer avec moi?

challenge Halloween 2014

Quand tout est déjà arrivé, Julian Barnes

 Rien n’est plus rageant que de lire trois très  beaux livres d’affilée et de ne pas pouvoir en parler, faute de temps … mais patience!

barnes

Julian Barnes tout d’abord: «Quand tout déjà est arrivé» , «Levels of  Life»,  livre choisi pour avoir déjà aimé «Le perroquet de Flaubert» et après l’achat en Poche de «Une fille,  qui danse».

Je ne connaissais pas le sujet du livre  (qui ne se dit pas roman),  et  comme Cuné,  ayant survolé la présentation de l’éditeur et n’en ayant retenu que des histoires  d’envols en  ballons  ou en montgolfières et de célébrités telles que Nadar et Sarah Bernhardt, je ne m’attendais pas  à éprouver  un si grand coup de cœur en le terminant.

Ma lecture est allée crescendo.

 Au début il ne s’agissait encore  que d’un intérêt souriant et  quelque peu narquois, quoique parfois attendri et admiratif dans les deux premières parties,  évoquant l’éternel désir  que  l’homme  a manifesté pour  ce que Barnes appelle  «Le péché d’élévation» ou l’ambition de monter toujours plus haut, que ce soit dans les airs ou dans le savoir, l’art, les sciences,  l’amour,  au risque de retomber toujours plus bas,  à moins de se contenter de rester «A hauteur d’homme» et de sombrer parmi la cohorte des amants oubliés de la divine Sarah, comme le fut Fred  Burnaby, un intime du Prince de Galles, grand voyageur  en contrées lointaines et exotiques.

Nous vivons à ras de terre, à hauteur d’homme, et pourtant – et par conséquent- nous aspirons à nous élever. Créatures terrestres, nous pouvons parfois nous élever jusqu’aux dieux. Certains s’élèvent au moyen de l’art; d’autres, de la religion; la plupart,  de l’amour. Mais lorsqu’on s’envole, on peut aussi s’écraser. Il y a peu d’atterrissage en douceur. On peut rebondir sur le sol assez violemment pour se casser une jambe, entraîné vers quelque voie ferrée étrangère. Chaque histoire d’amour est une histoire de chagrin potentielle. Sinon sur le moment, alors plus tard. Sinon pour l’un, alors pour l’autre. Parfois pour les deux.

Alors pourquoi aspirons-nous constamment à l’amour ?  Parce que l’amour est le point de rencontre entre la vérité et la magie. Vérité, comme en photographie; magie, comme en aéronautique.

 Mais si la lecture des deux premières parties m’a  très agréablement surprise, la dernière, «La perte de profondeur» m’a autrement touchée et émue. Cette fois le récit aborde un tout autre registre avec la biographie de l’auteur, l’amour conjugal, le deuil brutal et trop  vite arrivé, la tentation du suicide, l’amertume et la colère  pour les réactions  des intimes, le sens de la vie et tous les grands sujets autour de la perte de l’être aimé. Mes références sur ce thème sont les immenses livres de Joan Didion et de Joyce Carol Oates dont je ne peux me séparer mais les dernières pages de Julian Barnes vont les rejoindre désormais.  Son analyse à lui aussi est inoubliable par sa justesse et sa grande sensibilité.

Dans la jeunesse, le monde se divise sommairement entre ceux qui ont fait l’amour, et les autres. Plus tard, entre ceux qui ont connu l’amour, et les autres. Plus tard encore (…) , il se divise entre ceux qui ont connu le chagrin, et les autres. Ces divisions sont absolues; ce sont des tropiques que nous franchissons.  

 Il y a la question du chagrin opposé au deuil. On peut essayer de les différencier en disant que le deuil est un processus; mais ils se chevauchent inévitablement; (…) Le chagrin est vertical – et vertigineux- tandis que le deuil est horizontal; Le chagrin tord les tripes, coupe le souffle, freine l’irrigation sanguine du cerveau; le deuil vous emporte dans une nouvelle direction.

« Trois récits limpides. Sur l’élévation par l’art avec Nadar, par l’amour avec Sarah Bernhardt, et sur la chute, avec le deuil impossible de l’être aimé. »(éditeur)

Un livre à conserver près de moi et à relire un jour! 

Aimé par Cuné, Clara, …

Julian Barnes –  Quand tout est déjà arrivé  Traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin  Titre original : Levels of Life  (Mercure de France, 2014, 128 pages)

Julian Barnes vit à Londres. Auteur de quatorze romans ou recueils de nouvelles, de six essais ou récits, traduits en plus de trente langues, il a reçu en 2011 le David Cohen Prize pour l’ensemble de son oeuvre. Toujours en 2011, son roman Une fille, qui danse (Mercure de France) a été couronné par le prestigieux Man Booker Prize.

Biscottes dans le vent, Rabaté, Bibeur Lu, ma BD du mercredi

J’aime bien Rabaté et quand j’ai vu cet album  sur la grille des nouveautés à la bibliothèque, je n’ai pas hésité à le choisir et je n’ai pas été déçue.

BD Rabaté Biscottes

D’un bout à l’autre, on suit  l’histoire du jeune Daniel   Saboutet,  depuis le  moment où il attend le résultat d’un concours dans la région parisienne, là  où il a vécu jusque là, et  celui où il débute comme postier dans une petite ville de province.
C’est un jeune sympathique qui se passionne pour le modélisme. Son passe-temps favori dans la journée est de fabriquer  des avions qu’il téléguide ensuite du haut de sa chambre où passent sans arrêt ses copains, aussi chômeurs et désœuvrés que lui. Ils sont tous en attente d’un avenir meilleur et passent leur temps à traquer l’ennui en s’amusant comme ils le peuvent. L’argent est rare et ils s’entraident mais certains sont de vrais parasites. Les sorties le soir sont très arrosées et les blagues qu’ils se font sont souvent très lourdes mais la bonne humeur règne et  toute bonne nouvelle est l’occasion de faire la fête.
La chance tourne enfin et Daniel ayant réussi son  concours est nommé postier en province. Il découvre un monde nouveau mais sa vie  se révèle vite ennuyeuse malgré les rencontres cocasses qu’il peut faire. Son initiation de jeune homme   tant amoureuse que sociale, se terminera  par une belle coïncidence lors d’un enterrement familial.
En avertissement, il est signalé que la première partie de cet ouvrage a déjà été publiée en 2001 sous le nom deTartines de courant d’air. Cet album-ci par conséquent est l’intégrale avec Biscottes dans le vent en plus. On voit surtout la différence dans le dessin qui s’est nettement allégé et affiné dans la seconde partie  et dans l’humour,  moins caricatural, plus élaboré qu’au début mais le récit reste fluide et le héros toujours aussi attachant malgré ses maladresses. Sans être inoubliable, c’était donc une lecture réjouissante.
Biscottes dans le vent, Rabaté, Bibeur Lu, ma BD du mercredi
(Vents d’Ouest, 2013, 240 p.)
Autre billet ici

Charlotte, David Fœnkinos

charlotte david foenkinos

Voir ICI aussi pour les illustrations

Avant même de commencer à évoquer la vie de son héroïne, l’auteur sent le besoin de donner quelques précisions :

Ce roman s’inspire de la vie de Charlotte Salomon.Une peintre allemande assassinée à vingt-six ans, alors qu’elle était enceinte.Ma principale source est son œuvre autobiographique: Vie? ou Théâtre?  Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe. Sa vie a été une succession de drames.

Tout d’abord, ce sont les suicides des femmes de sa famille, et tout d’abord celui de  l’autre Charlotte, sa  jeune tante, qui se jette d’un pont,  à dix-huit ans, un soir froid de novembre.

Charlotte comprend tôt que les morts font partie de sa vie.

Sa mère, Franziska, épouse d’ un chirurgien allemand pendant la première guerre, appelle sa fille du nom de sa sœur qu’elle n’oubliera jamais . Elles vont souvent se recueillir sur sa tombe mais la mère cache la vérité à sa fille  en ne parlant que d’un accident.

Tel est le premier arrangement avec la réalité.Le début du théâtre.

Franziska chante magnifiquement . Elle affectionne tout particulièrement les chants chrétiens mais s’enfonce à son tour dans la dépression et après une première tentative des  suicide dont la sauve son mari,  elle rejoint ses parents laissant seule sa fille à laquelle elle ne parlera plus jamais. Charlotte n’existe plus.  Peu après sa mère se défenestre  par la fenêtre de sa chambre.  On dit à sa fille qu’elle est morte de maladie. Charlotte l’imagine comme un ange qui la protège et elle se met à dessiner. Elle reste chez ses grands parents, élevée par des nounous et devient sauvage. Son père se remarie avec Paula, une cantatrice célèbre. La famille s’installe à Berlin. Paula reçoit beaucoup. Dans son salon passent Einstein,  Mendelsohn,  Schweitzer.

On joue du piano, on boit, on chante, on danse, on invente.
La vie n’a jamais paru aussi intense.

Charlotte a seize ans  et mène une scolarité brillante mais , en janvier 1933, la haine accède au pouvoir. La nuit de Cristal de 1938 approche. Les grands parents s’exilent dans une maison du sud de la France . Charlotte reste à Berlin avec son père qui lui fait donner des cours de dessin

Elle aime Van Gogh, Chagall, Nolde, Munch, Kokoschka, Beckmann. Plus rien ne compte que la peinture. Elle entre à l’Académie des Beaux-Arts . Elle gagne le premier Prix mais ne pourra pas le recevoir à cause de ses origines juives. C’est alors qu’un événement majeur se produit dans sa vie. Elle devient amoureuse d’un homme, Albert, un miraculé de la première guerre. Ils communient dans l’amour de la musique . Il l’encourage à chanter. Il écrit et elle illustre son livre de ses dessins.

Cependant l’Histoire les rattrape et ils doivent se séparer, Charlotte doit fuir  pour rejoindre ses parents  en France. La tragédie s’accentue et là-bas Charlotte se marie à un émigré autrichien  et c’est enceinte qu’elle meurt à Auschwitz en 1943.  Entre temps, elle a peint sans arrêt. Les dernières paroles d’Albert ont été bénéfiques:

Puisses-tu ne jamais oublier que je crois en toi.

A cette phrase  répond celle de Charlotte lorsqu’elle confiera  ses dessins à un docteur ami et à l’Américaine qui l’a accueillie chez elle:

C’est toute ma vie. Ça vaut de l’or. 

Je l’avoue, j’ai été extrêmement séduite par ce roman  malgré ou peut-être à cause de sa présentation en vers libres  C’était la meilleure façon d’évoquer une histoire aussi tragique.  Comme l’auteur, étant donné le tragique de cette vie, j’ai ressenti le besoin d’une respiration plus ample grâce à ces retours à la ligne  qui donnent encore plus de souffle et de force à la composition. 

Je n’ai pas beaucoup aimé « La délicatesse » mais ce roman-ci m’a éblouie. L’auteur intervient souvent pour indiquer les démarches qu’il a dû faire pour se documenter. Il n’hésite pas à évoquer par quels sentiments il est passé tour à tour dans cette quête de la vérité.  

Pendant des années,  j’ai pris des notes.

J’ai parcouru son œuvre sans cesse.

J’ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans.

J’ai tenté d’écrire ce livre tant de fois. 

Mais comment?

Devais-je être présent? 

Devais-je romancer son histoire?

 Quelle forme mon obsession devait-elle prendre?

Je commençais, j’essayais,puis j’abandonnais.

Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite.

Je me sentais à l’arrête à chaque point.

Impossible d’avancer.

C’était une obsession physique, une oppression.

J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.

Alors j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi.

Avec ce livre, qui j’espère recevra un Prix, c’est aussi une grande artiste que j’ai découverte . J’en ai aimé les tableaux qu’ on peut voir  au Musée juif d’Amsterdam. 

Charlotte , David Foenkinos, roman (Gallimard, 224 pages, août 2014)

Regarde les lumières mon amour, Annie Ernaux

Annie ernaux regarde les lumières mon amour

Comment caractériser ce livre? Ce n’est ni un essai, ni un roman, surtout pas une bluette romantique comme pourrait le laisser supposer le titre:Regarde les lumières mon amour.

Alors quoi?

Serait-ce Le roman vrai de la société française comme le prétend la collection Raconter la vie, du Seuil?

On approche!

C’est le journal des  visites, pendant un an, d’Annie Ernaux, (auteur que j’aime),  à  l’hypermarché Auchan de Cergy, près de chez elle, en région parisienne.

Il se trouve que c’est aussi dans un Auchan de la banlieue ouest de Paris que je fais mes courses mais si  j’ai choisi ce livre, c’est uniquement sur le nom de l’auteur et  non sur le sujet, trop banal a priori.

Ai-je aimé ? Plutôt mais sans plus. Je connais trop bien tout ce qu’elle a noté. J’ai eu le plaisir de  me reconnaître dans ses déambulations et ses remarques mais ce n’est pas forcément ce que j’attends d’une lecture-plaisir.

C’est juste la reconnaissance du talent de la romancière, toujours au plus près de la réalité sociologique de son temps.

Ai-je appris quelque chose de nouveau concernant la vie dans de tels lieux? Je n’en ai pas eu l’impression, ayant vu récemment de bons documentaires sur ces endroits.

N’empêche! Je ne me suis pas ennuyée vu le petit nombre de pages de ce qui est plus un opuscule que ce que j’appelle un vrai livre!

C’est juste bien écrit à la façon d’Ernaux,  neutre et précise.

Mardi 22 octobre. J’ai arrêté mon journal. Comme chaque fois que je cesse de consigner le présent, j’ai l’impression de me retirer du mouvement du monde, de renoncer non seulement à dire mon époque mais à la voir. Parce que voir pour écrire, c’est voir autrement. C’est distinguer des objets, des individus, des mécanismes et leur conférer valeur d’existence. 

Regarde les lumières mon amour,  Annie Ernaux  (raconter la vie, Seuil, mars 2014, 80 pages)

Billet complet ICI

Auchan

Paul au parc, Michel Rabagliati, ma BD du mercredi

BD Paul au oarc michel rabagliati

C’est par Anne, la semaine dernière, que j’ai enfin fait la connaissance de Paul. Il était temps! Elle présentait Paul à Québec, me donnant ainsi  très envie d’en savoir davantage  sur ce personnage si attachant que j’ai aimé tout de suite.

J’ai eu de la chance à la bibliothèque puisque j’y ai trouvé  Paul au parc.

C’est le dernier album de la série mais l’action se situe avant celle du premier, Paul à la campagne. De parc d’ailleurs, il n’en est pas tellement question, si ce n’est dans  les toutes premières pages où l’on voit le jeune Paul, âgé  d’une dizaine d’années, jouer au cerf-volant et y rencontrer son amie Hélène, et dans les dernières où il lui offre sa bague de première communion alors qu’ils sont assis chacun sur une balançoire et qu’elle lui promet de la porter  » toute sa vie « . Premier amour!

La suite raconte surtout les années de scoutisme  et l’étroite camaraderie partagée avec les cinq autres louveteaux  de son équipe ainsi que l’influence exercée sur lui par son chef de meute qui l’initiera à la guitare et à la politique puisqu’il y est question de la crise d’octobre 1970  et de la montée du FLQ au Québec

On le voit aussi qui s’exerce à composer ses premières bandes dessinées, sous l’influence de Franquin dont il suit les conseils trouvés dans un guide. Il est aussi soutenu par ses chefs scouts qui l’encouragent à persévérer malgré ses maladresses de débutants.

J’ai beaucoup aimé aussi  sa vie en famille dans ces deux appartements qui n’en font qu’un puisque les grands parents paternels sont  aussi leurs voisins, ce qui déplaît beaucoup à la mère de Paul qui les juge vraiment trop envahissants.

Tout m’a plu dans cet album: les références nombreuses à l’époque, discrètes cependant, juste comme ça, en passant. On les note en particulier dans les rues, avec les affiches et les slogans politiques tagués sur les murs, les chansons entendues à la radio.

Tout est vrai, tendre, vu par un pré-ado de cette époque qui apprend à découvrir la vie  et lui-même à la fois dans la douceur, l’amitié mais aussi la grande violence parfois. La fin est surprenante et magnifique ! J’ai adoré et veux tous les lire maintenant.

Paul au parc, Michel Rabagliati  ( la Pastèque, 2011, 192 pages) Défi-Québec-O-Trésors de Grominou et Karine:)

Voir ICI les autres billets du mercredi BD 

Les hommes meurent, les femmes vieillissent, Isabelle Desesquelles

Les hommes meurent les femmes vieillissent isabelle desesquelles

Sans ma libraire, je n’aurais pas acheté ce livre.  Le titre ne me plaisait pas et surtout, je venais pour les gnds noms de cette rentrée littéraire mais c’était son coup de cœur et devant raun tel enthousiasme,  j’ai été faible, je me suis laissée convaincre.

Je ne l’ai pas ouvert tout de suite. J’ai attendu et ne l’ai choisi que pour mieux m’en débarrasser et ne plus le voir traîner sur ma table. Ce n’est donc pas dans les meilleures conditions que j’ai commencé ma lecture surtout que le sujet lui-même, tout compte fait,  ne me plaît pas plus que cela: des femmes de la même famille,  de l’arrière-grand-mère à l’arrière- petite-fille, se racontent tour à tour  quand elles vont chez Alice, l’esthéticienne de l’Eden, le salon de beauté de l’endroit.  Elles lui  confient  leurs peines et leurs joies  en même temps que leurs corps. Alice est exceptionnelle comme thérapeute et comme masseuse.  Silencieuse, douce, à l’écoute, c’est une source de bien être, du corps et de l’âme. Elle apaise.

 Depuis vingt ans, Alice masse des femmes et leur prodigue des soins de beauté. Depuis vingt ans, elle a touché des milliers de corps. Autant de confidences, souvent silencieuses, de celles dont la peau dit beaucoup de l’âme. 

Je craignais les clichés mais  j’ai  aimé l’écriture qui emporte tout le reste. Chaque cliente se raconte et le style s’adapte à l’âge de chacune, de Barbara, quatorze ans, rousse qui vire à l’orange l’été, l’ado révoltée,  à Jeanne qui s’éteint lentement, à quatre-vint quatorze ans dans sa maison de retraite, sans oublier Lili,  la grand-mère indigne, blond platine, qui  «guette encore le regard des hommes dans la rue»,  jusqu’à la petite dernière, Judith,  tout juste née.

Je sors la tête la première en un temps record. Au passage, je récupère l’herpès vaginal de maman. Mes parents s’extasient … après on s’étonne que l’on recherche les compliments toute sa vie.

Au centre du récit cependant, il y a Ève, l’absente, la mère qui n’a plus voulu vivre et dont on cherche la dernière lettre jamais retrouvée. Toutes ces femmes se situent par rapport à l’événement traumatisant de la famille: le suicide de la jeune mère de famille, la fille et petite fille, la sœur très aimée et aimante, celle dont on n’arrive pas à comprendre le geste brutal et définitif. Ce mystère empoisonne leur vie et toutes les confidences finissent par y renvoyer.

C’est un joli livre, une belle lecture de cette rentrée. J’ai beaucoup aimé. 

Les hommes meurent,  les femmes vieillissent, Isabelle DesesquellesRoman,  Belfond, août 2014, 224 p.

Nouvelle participation au challenge de Hérisson 4/6

challengerlentrée littéraire2014

Petits albums pour petits, lus par des grands

A trois ans et demi, on ne sait pas encore lire, on commence juste à reconnaître certains mots un peu envahissants, comme son prénom et quelques noms qui reviennent à chaque page des albums préférés du moment, comme Pingouin, chat, pomme, bateau, cette fois-ci. Tout dépend des livres et de la disposition des mots sur la page.
Les éditeurs astucieux s’arrangent pour mettre en valeur les plus importants pour comprendre le récit, souvent des onomatopées: Boum! Stop! Coucou!
J’aime bien quand il y en a plein car à chaque fois qu’on tombe sur eux …  succès assuré! C’est la joie de la reconnaissance!. Je hausse la voix et la petite frappe des mains de contentement!
Ma bibliothèque a été généreuse, début juillet: Elle m’a permis d’emprunter,  pour les vacances, une vingtaine de ces petits livres .
Voici la liste des préférés.

1) l’album de base par excellence où on touche , on soulève, on cherche, on devine, on questionne, on répond et surtout on RIT…  Il fallait toujours commencer par lui!

2) du même genre mais un peu plus grand et un peu plus ambitieux mais sur le même principe de la recherche et du « soulèvement », sauf que malgré son apparence, il est moins solide et quelques pages étaient déjà très abîmées /réparées comme on a pu.

album cache cache
3) Puis viennent deux du même auteur, appréciés mais sans plus (pas très souvent demandés et auraient été oubliés sans mon intervention) mais j’ai aimé les histoires (moralisatrices en réalité: il faut savoir partager (ça ,c’est pour l’enfant) et il faut savoir prendre le temps de donner un peu de son temps à son enfant en dépit des horaires trop chargés(ça, c’est pour le papa trop affairé, ou la maman). Tous deux du même auteur.
4) Les très aimés ensuite, pour l’histoire et parce que le texte est si simple à retenir qu’on finit par le savoir par cœur et qu’on peut même faire semblant de les lire sans personne et sans se tromper, rien que de mémoire!
5) Mais les deux gagnants, les grands préférés du moment  sont curieusement deux Japonais que  la lectrice adulte elle-même apprécie! Elle aurait fait le même choix! Ce sont des albums non seulement beaux et simples graphiquement mais qui racontent de très belles histoires  sous une forme ludique et  quelque peu répétitive, comme une chanson! Excellentissimes, vraiment!