Alessandro Baricco. Novecento: pianiste

Un nouveau-né, futur musicien de génie, a été abandonné à sa naissance sur le piano d’un paquebot et  n’est par la suite jamais descendu à terre . Il  rencontre un jour sur ce navire un célèbre pianiste de jazz. Se déroule alors un incroyable duel musical.
Voici leur rencontre sur le paquebot, racontée par le jazzman, son ami:

« Et enfin, au piano … Danny Boodmann T.D.Lemon Novecento.

Le plus grand.

Il l’était vraiment, le plus grand. Nous, on jouait de la musique, lui, c’était autre chose. Lui, il jouait … quelque chose qui n’existait pas avant que lui ne se mette à le jouer, okay? Quelque chose qui n’existait nulle part. Et quand il quittait son piano, ça n’existait plus … ça n’était plus là, définitivement …

 Danny Boodman T.D. Lemon Novecento. 

La dernière fois que je l’ai vu, il était assis sur une bombe. Sans blague. Il était assis sur une charge de dynamite grosse comme ça. Une longue histoire … »

C’était pendant la guerre et alors que  la liberté se présentait devant lui, alors que le bateau allait être dynamité pour vétusté, il ne put descendre: il avait le mal de terre . Il suffisait de monter sur une passerelle mais la terre lui semblait trop grande… alors …
J’ai été infiniment séduite par ce roman  tout simple pourtant mais riche comme une fable.
L’orphelin, le voyage ininterrompu  sur les mers du monde, d’un point à un autre et aller retour, sans cesse, la mer, la musique, l’amitié et puis la fin, brutale mais choisie.  C’est très bien écrit, en italien sur les pages de gauche et en français sur celles de droite, en correspondance.  C’est superbe.
Je lirai « Soie » maintenant, du même auteur.

Henry James, Les Européens

Henry james Les Européens
De cet auteur, j’ai tout d’abord lu et étudié  Ce que savait Maisie et c’est par ce roman que je l’ai découvert puis aimé.  Des deux autres lus par la suite: les Bostoniennes et les Ambassadeurs, j’ai préféré le premier, plus vif et plus facile à suivre; enfin j’ai admiré sa fameuse nouvelle Le Tour d’écrou, à mon grand étonnement, moi qui ai du mal à apprécier ce genre!
J’étais donc sûre de  tomber une fois de plus sous le charme du dernier récit que je viens de terminer, un peu jauni parce que trouvé à la bibliothèque avant que ces vieux livres  de Poche ne disparaissent des rayons au profit des derniers volumes flambant neufs qui ont sûrement plus d’allure dans une salle à peine rénovée mais quel dommage cependant! C’est ainsi que les titres de XIXe siècle disparaissent presque complètement des salles de lecture.
 
« Les Européens »  donc!  De quoi s’agit-il?  D’un frère et d’une sœur, américains d’origine,  mais ayant vécu en Angleterre, dans la première  moitié du XIXe siècle, vers 1840, qui rendent visite à leurs cousins de Boston.
Ceux-ci sont riches mais très puritains. Leur vie est morne,  simple et ennuyeuse tandis  que celle de leurs cousins leur semble  étonnante, voire éblouissante pour certains, trop frivole pour d’autres.  Félix , le frère, est un  peintre un peu bohème, léger et  toujours de bonne humeur. Il a suivi sa sœur, Eugénie, une baronne que son mari veut répudier et qui cherche  une personne riche pour le remplacer mais c’est une mondaine et l’austérité de sa famille américaine ne lui convient guère.
La vie des Américains, sera  bouleversée, quant à elle, par ces nouveaux arrivants et quand la baronne Eugénie repartira pour l’Europe, de nouvelles unions, inattendues pour certaines, se seront formées. Rien ne sera plus pareil.
C’est une lecture très agréable. J’ai beaucoup aimé le début, avec la connaissance de la famille américaine , le bon Mr. Wentworth et ses filles, Charlotte et Gertrude, si différentes l’une de l’autre  et tous leurs amis. La fin m’a semblé un peu longue dès que j’ai commencé à deviner la suite des événements mais il me semble que  je chipote là!
P.66, l’arrivée des Européens dans la famille américaine
L’arrivée de Félix et de sa sœur était pour eux une satisfaction, mais singulièrement dénuée de joie et de légèreté. C’était une extension de leurs devoirs, de l’exercice de leurs plus authentiques vertus; mais ni Mr Wentworth, ni Charlotte, ni Mr. Brand qui était parmi ces excellentes gens, un grand inspirateur de réflexions morales et de bonnes résolutions ne considérait l’événement comme une extension des agréments de leur existence. Ce point de vue était celui de la seule Gertrude Wentworth, fille assez originale mais dont l’originalité ne s’était pas manifestée dans toute son ampleur avant d’en avoir trouvé l’occasion dans la présence de ces étrangers, peut-être trop charmants. 
 
Mon autre blog: ICI
 
Les Européens, Henry James, 
Traduit de l’anglais par Denise Van Moppès
1878/1955 pour la traduction,
(Poche: Points, 236 pages)

Le manteau de Greta Garbo, Nelly Kaprièlian

le manteau de Greta Garbo et l'auteure

Le point de départ de ce  travail de 280 pages qui se dit roman mais qui, pour moi, n’est qu’un essai raté  n’est autre  que l’achat par l’auteur, journaliste  et critique littéraire, d’un manteau rouge  ayant appartenu àGreta Garbo lors de la vente aux enchères,  en décembre 2012, à Los Angeles,  de  la garde-robe  de l’icône la plus secrète de l’histoire du cinéma… Huit cents pièces.

 

 L’argument m’intéressait mais très vite, au bout de quelques  pages, le récit tourne  au bric-à-brac et part dans tous les sens. Je m’y suis perdue et  l’ai terminé en lecture rapide. Pourtant, une fois de plus,  la quatrième de couverture était alléchante, en affichant les questions auxquelles  le livre  souhaitait répondre. Les voici dans leur intégralité :

  •  Les vêtements d’une femme peuvent-ils raconter une vie, éclairer ses mystères ?
  • Pourquoi  Greta Garbo  achetait-elle des centaines de robes  alors qu’elle n’en portait aucune, ne se sentant bien que dans des tenues masculines ?
  • S’habille-t-on pour se travestir et se mettre en scène dans un rôle rêvé ?
  •  Pour donner une image de soi acceptable ou démentir une place assignée ?
  • Pour séduire ou pour déplaire ?
  • Se fondre dans une société ou s’y opposer ?
  • Quels désirs secrets et enfouis, quelles pulsions obscures et inavouables fondent notre goût, notre style ?
  • Et moi-même, pourquoi avais-je acheté lors de cette vente, le manteau rouge de Greta Garbo, alors qu’il n’était pas mon genre ?

Suit cet aveu : Ce qui devait être un essai s’est peu à peu mué en roman : les vêtements racontent ces fictions que sont nos identités et donnent à lire les narrations, souvent mystérieuses, que sont nos vies.

 

Beau programme!

Si seulement  la promesse avait été tenue d’en faire un roman, un récit,  pour retenir l’intérêt du lecteur par un vrai fil conducteur mais j’ai vite grimacé devant la bouillie que l’on m’offrait en fin de compte: tout un mélange d’anecdotes, de réflexions philosophiques, de souvenirs personnels, de retour à Greta Garbo, mais aussi une sorte de panorama d’actrices avec  leurs meilleures parures, leurs couturiers, leurs biographies, leurs solitudes, leurs postérités. On y trouve aussi de longues citations comme celle de l’interview de Jean-Jacques Schuhl  sur les travestis et le retour au religieux– tout ça pour conclure qu’on est en plein dans une crispation de l’identité   à l’époque actuelle.

Beaucoup de ces passages sont intéressants en eux-mêmes mais la lecture de l’ensemble m’a paru très fatigante.

Vraiment dommage!

Le billet de L’Irrégulière, pas plus convaincue que moi.
 

Le manteau de Greta Garbo, Nelly Kaprièlian, roman, Grasset,  septembre 2014,  286 p.

Greta Garbo

L’écrivain national, Serge Joncour, roman de la rentrée littéraire 2014

Serge Joncour l'écrivain national

 Ce séjour promettait d’être calme. C’était même l’idée de départ, prendre du recul, faire un pas de côté hors du quotidien. En acceptant l’invitation, je ne courais aucun risque, la sinécure s’annonçait même idéale, un mois dans une région forestière et reculée, un mois dans une ville perdue avec juste ce qu’il faut de monde pour ne pas craindre d’être seul, tout en étant royalement retiré, ça semblait rêvé. 

Telle est l’intention de Serge, l’écrivain national,  en arrivant dans cette région du Morvan, où l’attendent le maire, un couple de  libraires et les lectrices du coin  pour y animer des ateliers d’écriture et participer à des rencontres  culturelles dont il serait le centre mais … pas une seconde je n’imaginais que le doux séjour puisse virer au cauchemar, pas une seconde je ne pouvais imaginer que tout bascule au point de sombrer dans la folie des pires dérèglements. Oui, sans ce fait-divers à quelques kilomètres de là, tout se serait parfaitement passé. 

Il y a de tout dans ce roman qui,  de récit pseudo biographique  sur la vie un peu morne mais parfois aussi loufoque  d’un auteur exhibé partout en  vedette locale, vire soudain au polar et devient même très sentimental à partir du moment où  l’écrivain voit la photo de Dora sur le journal local. Elle lui plaît immédiatement et avec elle,  tout s’embrase.  il en oublie sa mission d’auteur et arrive en retard et dans un état désastreux partout où il est attendu ce qui lui vaut peu à peu la méfiance,  la réprobation et jusqu’au sarcasme de ses fidèles admirateurs.  Il est sans cesse attiré par un coin  au plus profond de la forêt ténébreuse  où s’est déroulé le drame de la disparition d’un vieil homme riche que l’on soupçonne tué par ses locataires, ses seuls voisins dans cet endroit désert, deux jeunes émigrés de l’est. L’homme sur lequel on a retrouvé l’argent du vieillard est désormais en prison mais  l’autre, c’est  cette Dora, qui hante  les pensées de l’écrivain, malgré les nombreuses mises en garde qui lui sont faites.

Après un départ assez lent, c’est finalement avec un grand appétit de connaître le dénouement que j’ai continué cette lecture dont je  garderai sûrement  un bon souvenir. 

L’écrivain national, Serge Joncour, roman de la rentrée littéraire 2014
Lu aussi les billets de Cuné,  Clara,  Sandrine (Ys),  Eimelle, Yueyin,  L’Irrégulière,  Brize,  Alex, 
Rentrée littéraire 2014 chez Hérisson,

Canada, Richard Ford, Prix Femina étranger 2013

Canada richard ford prix femina étranger 2013

D’abord, je vais vous raconter le hold up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres, qui se sont produits plus tard. C’est le hold up qui compte le plus, parce qu’il a eu pour effet d’infléchir le cours de nos vies à ma sœur et à moi. Rien ne serait tout à fait compréhensible si je ne le racontais pas d’abord.  Nos parents étaient les dernières personnes qu’on aurait imaginées dévaliser une banque. Ce n’était pas des gens bizarres, des criminels repérables au premier coup d’œil. Personne n’aurait cru qu’ils allaient finir comme ils ont fini.  C’était des gens ordinaires, même si, bien sûr, cette idée est devenue caduque dès l’instant où ils ont bel et bien dévalisé une banque.

Ainsi, dès les premières lignes du roman on connaît l’intrigue de la moitié de l’histoire. Une famille heureuse dans le Montana,  les Parsons, avec deux ados de 15 ans, Dell et sa sœur jumelle.  Une famille comme les autres avec ses joies, ses rêves et ses contradictions. Soudain tout s’écroule lorsque, pour rembourser leurs dettes,  les parents décident de braquer une banque. Ils sont immédiatement retrouvés et emprisonnés. Ils ne se reverront jamais, si ce n’est le frère et la sœur une quarantaine d’années plus tard.

 C’est intéressant mais si le récit s’arrêtait là, je n’aurais que moyennement aimé. Heureusement, après avoir oublié ce début pendant vingt ans,  Richard Ford  l’a repris et la deuxième partie –  celle qui se déroule au Canada – est excellente. La lecture en  est devenue  si passionnante que j’y ai passé toute la nuit.

 Pour éviter le placement en orphelinat, Dell, selon les dernières volontés de sa mère,  franchit la frontière et se retrouve  au Canada, dans un village perdu du Saskatchewan.Il est  totalement seul, à la merci d’un personnage étrange et dangereux, sorti de Harvard mais criminel en fuite, devenu patron d’un hôtel de passe.

Il y fait son apprentissage, à la dure mais efficacement,

 Mais enfin pourquoi nous laissons-nous séduire  par des gens que nous sommes bien les seuls à croire honorables et intègres, quand autrui les voit dangereux et imprévisibles ?
Quel dommage que je me sois fait prendre dans les filets d’Arthur Reminger  sitôt après l’incarcération de mes parents ! Malgré tout, quand on se trouve mêlé à une vilaine histoire, quand des menaces planent, il est vital de se rendre compte qu’on est déjà passé par là et qu’on va se retrouver tout seul, à découvert dans le paysage, que la prudence est donc de mise.
Et moi, bien sûr, au lieu de manifester cette prudence, je me suis laissé « prendre en mains » par Arthur Reminger  et Florence La Blanc, comme si  c’était la conséquence la plus logique et la plus naturelle du plan de ma mère pour m’éloigner après sa catastrophe personnelle.

. Professeur heureux et époux comblé, par la suite, il évite le cynisme  en ouvrant au maximum son champ d’intérêt et en appliquant les bons conseils reçus: pratiquer la générosité, savoir durer, savoir accepter, se défausser, laisser le monde venir à soi – de tout ce bois, le feu d’une vie.

Un roman sombre et optimiste à la fois, que  j’ai beaucoup aimé.

 Voici la liste des livres étudiés avec ses élèves : des livres qui lui semblent secrètement traiter de ses jeunes années et qui le rendent heureux : Au cœur des ténèbres,  Gatsby le Magnifique, Un thé au Sahara, Les Aventures de Nick Adams,  Le Maître de Casterbridge, histoire d’un homme de caractère.

 Ma métaphore centrale est toujours le franchissement d’une frontière; l’adaptation, le franchissement progressif d’un mode de vie inopérant à un autre, fonctionnel, celui-là. Il s’agit parfois aussi d’une frontière qui, franchie, ne se repasse pas. 

Canada,  Richard Ford, Prix Femina étranger 2013

(Points, 2012/2013, traduit de l’anglais/États-Unis, par Josée Kamoun,  500 p.)

Juste une mauvaise action, Elizabeth George

elisabeth george juste une mauvaise action

Résumé de l’éditeur

Le sergent Barbara Havers est catastrophé. Hadiyyah, la fille de son cher ami Azhar, a été enlevée par sa mère et aucune poursuite judiciaire n’est possible. Azhar n’a jamais épousé Angelina et l’enfant ne porte pas son nom.

Alors qu’Azahar se désespère, Angelina refait finalement surface avec une nouvelle alarmante : Hadiyyah a été kidnappée sur la place d’un marché toscan.
La police italienne est chargée de l’enquête et Barbara devra prendre les choses en main, frôlant l’incident diplomatique, pour que Scotland Yard intervienne en la personne du célèbre inspecteur Thomas Lynley.

Bien vite, les deux enquêteurs découvrent que l’affaire est beaucoup plus complexe qu’un simple enlèvement…
Du brouillard londonien aux collines ensoleillées de Toscane, Elizabeth George nous emporte, avec cette dix-huitième enquête de Thomas Lynley, dans un tourbillon d’émotions et de trahisons.

                                        ***

De cette romancière, j’ai déjà lu : Le Rouge du Péché et c’est parce que mon avis avait alors été très mitigé que j’ai accepté de découvrir la dernière aventure de l’inspecteur Linley et de sa collaboratrice, Barbara Havers, lorsque Babelio me l’a proposé  dans le cadre de son opération Masse Critique.

700 pages! C’était un véritable défi que j’ai mis longtemps à mener à bien. Dire que je suis simplement déçue pour la seconde fois serait en dessous de la vérité, j’ai tout simplement été à deux doigts de m’arrêter en cours de route. Je n’ai pas réussi à croire aux personnages  ni à m’intéresser à cette histoire d’enlèvement d’enfant qui n’en finissait pas! A chaque reprise du livre, il me fallait revenir en arrière pour me rappeler les derniers développements.  J’ai rarement été aussi peu passionnée par un roman policier! C’est beaucoup trop long et  certains passages m’ont tout simplement paru totalement caricaturaux tellement la sauce y était délayée. Tout devient prétexte à développement: les lieux, les pièces, les vêtements, les dialogues, les déplacements, jusqu’aux   nouveaux venus  qu’on ne reverra plus  qui ont aussi droit à une ou deux pages définissant leurs identités et expliquant leur présence. C’est lourd, pesant, sans génie!

Même Barbara Havers m’a semblé fade, cette fois, malgré un portrait prometteur, p. 574:

Quand elle était sur une enquête, elle s’y plongeait tout entière et donnait le meilleur d’elle-même. Elle n’avait jamais peur de tenir tête à quelqu’un dont elle ne partageait pas l’opinion. Elle ne faisait jamais passer ses chances de promotion avant la résolution d’une affaire. Et quand elle tenait ce qu’elle pensait être une piste, on ne pouvait pas plus la lui faire lâcher qu’à un pitbull un morceau de steak. Son esprit frondeur et sa faculté à ne se laisser démonter par personne, si haut placé que soit ce personne…En un mot, Barbara était hors normes, et c’était exactement le genre d’officier dont on avait besoin dans une équipe.Sympa peut-être, ce personnage,  mais on est loin de Lisbeth Salander, par exemple,  et je ne pouvais m’empêcher de faire la comparaison!
En somme, cette lecture, trop sage et trop fade, a eu tendance à m’endormir à chaque reprise! C’est loin d’être ce que j’attends d’un thriller!

 Juste une mauvaise action, Elizabeth George, (Presses de la Cité, octobre 2014, 700 pages)

masse_critique

L’horizon, Patrick Modiano.  » Des souvenirs en forme de nuages flottants. » (p. 156)

modiano l'horizon   Modiano  et les livres

Depuis quelque temps, Bosmans pensait à certains épisodes de sa jeunesse, des épisodes sans suite, coupés net, des visages sans noms, des rencontres fugitives. Tout cela appartenait à un passé lointain, mais comme ces courtes séquences n’étaient pas liées au reste de sa vie, elles demeuraient en suspens, dans un présent éternel. Il ne cesserait de se poser des questions là-dessus, et il n’aurait jamais de réponses. Ces bribes seraient toujours pour lui énigmatiques. 

Ce début du roman pourrait être celui de tous les récits du nouveau Prix Nobel, lui aussi  « à la recherche du temps perdu »: celui du Paris d’après guerre aux noms évocateurs servant de repères  illusoires à des héros  attentifs à tout signe susceptible de ressusciter leur passé

C’est ainsi que Bosmans, grâce à son carnet de moleskine toujours dans la poche intérieure de sa veste,  retrouve, trente ans après,  la trace de Marguerite Le Coz, un ancien amour de jeunesse, disparue précipitamment pour de sombres histoires demeurées  floues, sans plus jamais lui donner de nouvelles. Il décide d’aller la rejoindre en Suisse où elle tiendrait désormais une librairie.

« Il était fatigué d’avoir marché si longtemps. Mais il éprouvait pour une fois un sentiment de sérénité, avec la certitude d’être revenu à l’endroit exact d’où il était parti un jour, à la même place, à la même heure et à la même saison, comme deux aiguilles se rejoignent sur le cadran quand il est midi. »  (p. 171)

 Auparavant c’est à une véritable enquête que se livre le héros  pour reconstituer  l’histoire de leur rencontre si discrète : deux personnes solitaires et traquées, l’un par sa propre mère, la terrifiante femme en rouge, l’autre par un ancien compagnon devenu menaçant.

«Il aurait voulu  …renouer un à un les fils brisés, oui, revenir en arrière pour retenir les ombres et en savoir plus long sur elles. Impossible. Alors il ne restait plus qu’à retrouver les noms. Ou même les prénoms. Ils servaient d’aimants. Ils faisaient ressurgir des impressions confuses que vous aviez du mal à éclaircir. Appartenaient-elles au rêve ou à la réalité?» (p. 13)

«Est-on vraiment sûr que les paroles que deux personnes ont échangées lors de leur première rencontre se soient dissipées dans le néant, comme si elles n’avaient jamais été prononcées?  …Et si toutes ces paroles restaient en suspens dans l’air jusqu’à la fin des temps et qu’il suffisait d’un peu de silence et d’attention pour en capter les échos?» (p.23)

«Il avait toujours imaginé qu’il pourrait retrouver au fond de certains quartiers les personnes qu’il avait rencontrées dans sa jeunesse, avec leur âge et leur allure d’autrefois. Ils y menaient une vie parallèle, à l’abri du temps.» (p.54)

«Il lui semblait atteindre un carrefour de sa vie, ou plutôt une lisière d’où il pourrait s’élancer vers l’avenir. Pour la première fois, il avait dans la tête le mot avenir, et un autre mot: l’horizon. Ces soirs-là, les rues désertes et silencieuses du quartier étaient des lignes de fuite, qui débouchaient toutes sur l’avenir et l’horizon. (p.85)

J’ai aimé ce roman autant que: Du plus loin de l’oubli  et que : L’herbe des nuits.
J’aimais et j’aime Modiano. Il fait partie de mes romanciers préférés dont la liste est longue mais d’où émergent parmi les auteurs qui publient en ce moment: Irving, Oates, Murakami, Yu Hua, Hornby, J. Mc Inerney, J. Coe, J. Barnes  mais j’en oublie tellement…
Lu par Hélène
L’horizon, Patrick Modiano, 
(Gallimard, roman, 2010, 176 p)

Réponds si tu m’entends, Marian Keyes

Un besoin de lecture facile et rapide au milieu de la Rentrée, et c’est tout de suite  ce petit livre rose à peine rendu par la lectrice devant moi à la bibliothèque qui m’a accrochée et donné envie de le choisir séance tenante. Je ne connaissais pas encore Marian Keynes si ce n’est par sa bonne réputation chez les familières de chick lit. Je n’ai pas regretté mon choix.

Le prologue évoque une photo reçue par courrier postal, qui aurait tout changé dans la vie de l’héroïne narratrice et c’est effectivement lorsqu’elle voit ce visage qu’elle croit reconnaître, à sa grande stupéfaction, que la vie d’Anna Walsh bascule et commence la seconde partie du roman.

Qui est donc Anna Walsh?  Voici ce qu’il suffit de savoir pour commencer selon l’éditeur:

Le  » Meilleur Boulot du Monde  » à New York pour une marque de cosmétiques ultra-branchées, une garde robe de rêve, une meilleure amie très fashion, une famille irlandaise gentiment foldingue et Aidan, un parfait petit mari, à la fois adorable et sexy : de l’avis de tous, Anna Walsh est une sacrée veinarde. Jusqu’à ce terrible accident qui la ramène tout droit à Dublin, sur le canapé de se parents, entre plâtre, cicatrices, médicaments, séries télé et zizanie familiale. Mais Anna est bien décidée à retrouver sa trépidante vie-new-yorkaise et son homme au plus vite. Aidan qui, depuis l’accident, n’a plus donné signe de vie… Anna est prête à tout pour le retrouver, quitte à mettre la Grosse Pomme sens dessus dessous!

Il y a une nette rupture dans le récit qui se fait plus douloureux au bout d’un moment. J’ai aimé la première partie, en Irlande, quand toute la famille d’Anne l’entoure, après son accident à New York: sa mère déjantée, ses sœurs, si différentes, son père, plus taciturne, et ses amis qu’elle retrouve. Ensuite l’errance de spirites en charlatans pour retrouver son jeune époux m’a semblé plus lourde et un peu trop longue mais heureusement l’histoire reprend très vite de l’intérêt lorsque Anna redevient rédactrice de mode, spécialisée en cosmétique donc très recherchée pour les cadeaux qu’elle ne cesse de distribuer. C’est de nouveau plus léger que dans la période sombre du deuil.

Cette petit lecture facile m’a fait passer un bon dimanche.

Sa valise à roulettes Louis Vuitton bien-aimée trônait près de la porte avec tout le nécessaire à l’intérieur: une trousse de toilette Lulu Guinness, deux bougies parfumées Jo Malone, un ipod, plusieurs nuisettes Marimekko, un appareil photo, un masque à la lavande pour les yeux,du vernis à ongles Ipo des fois que sa manicure/pédicure s’écaillerait « pendant que je pousse », un kit de blanchiment des dents pour passer le temps, trois tenues de bébé Versace et sa dernière échographie.

Rien de plus vite démodée que la mode cependant! La Preuve!

Marian keyes, Réponds si tu m’entends, Pocket, 526 pages (2006/2008)  Anybody out There? Traduit de l’anglais (Irlande) par Laure Manceau.

Chevrotine, Éric Fottorino

eric fottorino chevrotin

Rapidement résumé, ce livre raconte le naufrage d’un couple  et d’une famille recomposée.   La faute à la femme si tout va mal car  si elle se montre enjôleuse et charmante  en public, dans le privé elle s’avère une très efficace manipulatrice n’ayant  de cesse d’avilir son mari et d’éloigner les enfants de celui-ci. Ça se termine très mal puisque l’homme finit par tuer cette femme, aussi odieuse que séduisante.

On le sait dès le début qu’il y aura crime, ne serait-ce que par le titre.

«Chevrotine», c’est du gros plomb de chasse et il  suffira d’un seul coup de  fusil pour  que Alcide Chapireau,  se débarrasse  finalement de Laura, sa seconde femme qui faisait le vide autour de lui et qui venait de jeter les dernières affaires de ses enfants nés d’un premier mariage très heureux avec une jeune modiste,  aussi simple que lui, mareyeur à La Rochelle. Ses deux fils, écœurés par  la méchanceté de leur belle-mère, ne venaient plus le voir depuis longtemps. Il lui restait Automne, la  fille de son mariage avec  Laura.

C’est à elle qu’il tente d’écrire, vingt ans après les faits, alors que le corps de sa femme n’a jamais été retrouvé et que personne ne l’a soupçonné, lui, mais il est à la veille d’une opération  du cœur et il désire tout lui révéler sans savoir  par où commencer.

Il suffit d’une seule phrase finalement pour tenter une explication :

 Toutes les femmes attendent le grand amour. Ta mère cherchait son assassin. 

et quoi de mieux encore qu’une phrase  tirée du Horla de Maupassant pour exprimer ce qu’il ressentait avec cette femme  aussi séduisante que maléfique?

 Cette nuit, j’ai senti quelqu’un accroupi sur moi et qui, sa bouche sur la mienne, buvait ma vie entre mes lèvres. 

C’est avec  plaisir et rejet à la fois que j’ai lu ce roman. Le style en est sobre, efficace et agréable. Ce sont les personnages qui m’ont rebutée. Le père pour sa faiblesse, la femme pour sa perversité. Les deux m’ont agacée. Je me sentais trop proches des enfants, de leur révolte et de leur sentiment d’injustice et d’abandon pour excuser ces adultes  incontrôlables, entraînés par leur passion destructrice.

Il faut que je lise un autre livre de cet auteur, sans doute  L’homme qui m’aimait tout bas.

C’était la technique de Laura: insinuer. Elle n’en démordait pas et Chapireau la laissait s’énerver toute seule. 

 Avec Laura, les sorties de crise étaient toujours la crise. Elle avait ses moments oui et ses moments non. Ils étaient encore dans les moments non. Non aux caresses, aux baisers, à l’amour. Oui aux regards fugaces où filtrait chez elle, à travers la forêt de ses longs cils, un éclair insoupçonné de tendresse. Oui aux gestes s’ils se limitaient à une pression de sa main qui broyaient les doigts de Chapireau. Leur lit ressemblait toujours à l’hiver

Chevrotine, Éric Fottorino

(Gallimard, mai 2014, 180 pages)

Le bouddha de banlieue, Hanif Kureishi

le bouddha de banlieue, Hanif Kureishi

Début du roman:

Je m’appelle Karim Amir et je suis anglais de souche, enfin presque. On me considère souvent comme un drôle d’Anglais, un Anglais un peu bizarre, vu que je suis le fruit de deux vieilles histoires. Mais je m’en moque. Je suis anglais (pas vraiment fier de l’être) et j’habite la banlieue sud de Londres, bien décidé à faire mon chemin. […] je courrais après les ennuis, les coups en tout genre, j’aimais les histoires, et surtout celles de sexe. Il faut préciser que les choses, je ne sais trop pourquoi, étaient dans notre famille d’un morne, d’un lourd, d’un pesant incroyables. Si vous voulez tout savoir, ça me déprimait complètement, si bien que j’étais prêt à n’importe quoi. 

Puis un jour, tout a changé. Le matin, les choses étaient comme ça, et le soir, au moment d’aller au lit, elles étaient différentes. J’avais dix-sept  ans.

Quatrième de couverture:

Londres, fin des années 70. Karim, dix-sept ans, tiraillé par sa double origine, court après les ennuis, le sexe et la gloire. Entre un père indien et sa british de mère, la communauté paki en mal d’intégration et une famille en mal de repères, il peine à se trouver. Jusqu’au jour ou Pa se recycle en gourou New Age, jetant son fils dans la cohue de la vie, le show business et les expériences en tout genre… 
Roman d’éducation up tempo, album de famille loufdingue et chronique sauvage de l’Angleterre métissée : un livre échevelé, irrévérencieux et drôle. Salué par Salman Rushdie. 

C’est un livre que j’ai aimé parce qu’il  ressemble à mes romans préférés qui traitent de saga familiale, de recherche d’identité, sexuelle, culturelle ou ethnique, de choc des cultures, de sexe, d’amour,  d’amitié, de tout ce qui importe le plus au sortir de l ‘adolescence.  Un vrai roman picaresque!  Les critiques disent aussi qu’il ressemble d’assez près  à un roman autobiographique.

On y trouve de tout mais surtout de l’humour, de la légèreté, de l’absurde, de la fantaisie. On va de surprise en surprise mais le fond est sérieux et très actuel. De la banlieue de Londres où vivent les nouveaux immigrés et donc la famille paternelle de Karim jusqu’au bel appartement de West Kensington, en passant par des années de succès artistiques à New York, dans les années soixante dix.

C’est un récit en perpétuel mouvement, à la suite du jeune héros, enfant de divorcés qui, bien que très proche de sa mère anglaise, trop passive, choisit  de suivre son père  appartenant à la communauté indienne de religion musulmane mais qui  en changeant de religion,  devient le «Bouddha de banlieue», d’où le titre. La vie avec lui et sa nouvelle amie anglaise, fantasque et dirigiste à la fois, est bien plus drôle et animée.

Le seul reproche que je lui ferais vient de la fin trop ouverte. On quitte le héros en pleine action, Rien ne lui est encore acquis et les questions à son sujet se bousculent: qui est celle qu’il aime vraiment mais au fait, n’est-il pas définitivement bisexuel?  Après ses succès au théâtre,  continuera-t-il dans cette voie?  Et que deviennent ses amis et  les membres de sa famille? Bref, on les quitte un peu trop brusquement je trouve, signe d’ailleurs qu’ils m’ont tous beaucoup intéressée.

Jouer la comédie est une chose vraiment curieuse. (…)On essaie de convaincre les gens qu’on est quelqu’un d’autre, qu’on n’est pas soi. Mais,  pour arriver  à ce résultat, lorsqu’on incarne un personnage,  qu’on essaie de ne pas être soi,  on doit cependant être totalement soi-même.  Pour rendre plausible  ce non-moi, on doit le dérober à son moi authentique le plus profond. Un faux mouvement, une fausse note, quelque chose de factice et vous apparaissez au public aussi incongru qu’un catholique nu dans une mosquée. Plus on est proche de soi-même en jouant, meilleur on est. Voici le paradoxe des paradoxes: pour réussir à être quelqu’un d’autre, on doit être profondément soi-même. C’est quelque chose que j’ai bien retenu, croyez-moi. 

Le bouddha de banlieue, Hanif Kureishi  Traduit de l’anglais par Michel Courtois-Fourcy (10/18, 1993/2012, 418 pages)

L’auteur: Né à Londres en 1954, de père pakistanais et de mère anglaise.  A fait des études de philosophie au King’s College de Londres.

A signé les scénarios de My Beautiful Laundrette et de Sammy et Rosie s’envoient en l’air, tous deux portés à l’écran parSammy Frey.

Son roman Le bouddha de banlieue a reçu le Whitbread Award du meilleur Premier Roman et a été adapté en série télévisée avec une musique de David Bowie

La folie Giovanna, Élise Galpérine – A quel challenge inscrire ce roman?

la folie giovanna elise galperine-

En flânant, cet été,  de blogs en blogs, à l’aveuglette, ce que j’aime beaucoup faire dès que j’ai un peu de temps, je suis tombée sur un challenge qui m’a tout de suite intéressée mais impossible de retrouver l’adresse du blog qui le proposait.

Il s’agissait de choisir à la bibliothèque un auteur dont on n’a encore jamais entendu parler et de lire un de ses ouvrages.

La lettre proposée était le G.

Comme très souvent déjà je me suis  étonnée et attristée de voir tant de noms de romanciers dont j’ignorais l’existence dans toutes les bibliothèques où je suis passée, j’ai trouvé l’idée excellente et à ma dernière visite, j’ai choisi tout à fait par hasard ce petit livre de 240 pages dont même l’éditeur m’est inconnu: Nicolas Chaudun,proche d’Actes Sud dont il a conservé le fameux format.

Il s’agit du second roman de la romancière : Galpérine Élise dont je sais maintenant, grâce une fois de plus à Wikipedia:

– qu’elle est née à Paris en 1964, dans une famille bourgeoise.

– qu’elle est également  professeur spécialisée en droit à l’université Paris V René Descartes, où elle est chargée de cours.

– que son premier roman a pour titre  Le murmure des tissus. 

– qu’elle est l’épouse d’Alexis Galpérine, violoniste et professeur au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.

Naturellement j’ai lu aussi la quatrième de couverture avant de me lancer dans ma lecture de La folie Giovanna[deuxième lettre G: je suis en plein dans le challenge! :)] 

La première phrase m’a donné envie de fuir:

L’ordre règne en maître débonnaire dans cette maison patricienne où l’on cultive une fantaisie millimétrée, grossie de fadaises dynastiques et de petites vacheries spirituelles. 

Une autre m’a retenue par l’allusion à deux auteurs que j’ai aimés:

Les fragilités lissées qui confinent si volontiers à la folie rappellent l’univers de Chardonne ou deMauriac.

La comparaison est ambitieuse et j’ajouterais: hasardeuse parce que, même si j’ai trouvé agréable à lire ce roman familial dont l’action se déroule dans la première moitié du XXe siècle, je n’en fais cependant pas un coup de cœur, comme   Yv, par exemple, très enthousiaste!

De quoi est-il question dans ce roman? De la souffrance ressentie par toute une famille  élargie, devant la maladie et le handicap d’un enfant chéri et adorable.  Tous cependant ne réagissent pas de la même façon. Giovanna, la mère, résistera -telle face à cette réalité?

La narratrice, c’est la sœur de Louise,  la tante de l’enfant, celle que sa mère écartait méchamment, créant ainsi une jalousie que rien ne peut apaiser:

Elle (Giovanna) ressemble  à une porcelaine de Saxe. Elle est vraiment ravissante, elle se mariera. Toi, ma pauvre Louise, ajoutait-elle à mon endroit, tu es laide, mais tu as l’esprit de ton père … Que veux-tu, le Bon Dieu a ainsi réparti ses bienfaits!

C’est elle pourtant  qui s’occupe le plus efficacement du jeune garçon, son neveu et filleul , avec Mariette, la servante fidèle  au grand cœur et le docteur qui passe à l’improviste pour donner des pommades  et des médicaments « en cas de douleur » mais  qui se sait incompétent et impuissant face à la maladie. La tragédie n’est pas loin.

Hélas, le bonheur qui s’échappait, nous eussions dû le goûter avec lenteur, en examiner les moindres replis,  car les événements qui suivirent ont occupé ma mémoire, comme un mur qui ne permettrait de distinguer le passé qu’au travers d’étroites meurtrières. 

J’aurais pu tomber plus mal mais le hasard a bien fait les choses puisque ce roman, plein de nostalgie,  de détails vrais, de pensées délicates et de sentiments violents sous le silence de la bienséance, m’a  attendrie et séduite à la fois,  mon intérêt s’accroissant vers la fin, avec une  meilleure connaissance des personnages et un grand attachement à certains d’entre eux. 
Une bonne expérience ce challenge!
Saurais-je finalement qui l’a lancé? 

La folie Giovanna,  Élise Galpérine,

(Nicolas Chaudun, 2012, 240 pages)

Haruki Murakami, L’incolore Tsukuru Yazaki et ses années de pèlerinage

haruki Murakami L'incolore
Tsukuru Tazaki, le héros du pèlerinage dont il est question dans le titre, se juge lui-même d’une grande banalité car, contrairement aux noms de famille de ses quatre amis de lycée qui renvoient tous à des noms de couleur, le sien fait exception. Ses amis, deux filles et deux garçons, rebaptisés Rouge, Bleu, Blanche et Noire, vivaient comme lui à Nagoya où ils sont restés tout le temps de leurs études mais, là encore, Tazaki s’est différencié en choisissant l’université de Tokyo, seul endroit où il pouvait suivre sa passion pour la construction de gares ferroviaires. Cependant il revenait chaque vacances les retrouver dans leur ville natale jusqu’au jour où ils lui demandèrent de ne plus jamais les voir. Il ne sut jamais pourquoi mais sa vie fut à jamais bouleversée par cette si abrupte et mystérieuse rupture.

Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d’université jusqu’au mois de janvier de l’année suivante, Tsukaru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort.Son vingtième anniversaire survint durant cette période mais cette date n’eut pour lui aucune signification particulière. Pendant tout ce temps, il estima que le plus naturel et le plus logique était qu’il mette un terme à son existence. (Premières phrases)

Enfin, après seize années de vie très solitaire, étant tombé amoureux de Sara, une jeune femme un peu plus âgée, celle-ci le persuade de rechercher les raisons de son exclusion. C’est ainsi qu’il entreprend un véritable pèlerinage et une longue enquête pour retrouver chaque membre du groupe, ce qui le conduit du Japon jusqu’en Finlande, avec sans cesse en arrière plan la musique de Liszt. Il ira de découverte en étonnement et son passé prendra une toute autre couleur dès lors qu’une partie de la vérité lui sera dévoilée mais sait-on jamais tout sur soi?

Même si l’on peut dissimuler ses souvenirs, on ne peut pas changer l’histoire.

J’ai trouvé ce livre passionnant. J’aime beaucoup cet auteur dont j’ai déjà lu trois romans mais c’est celui-ci que je préfère. Il est plus épuré, plus simple, plus lumineux. Il parle de ce que tout le monde peut ressentir dans les moments sombres de son existence: la solitude, la perte de l’amitié ou de l’amour, le manque de confiance en soi, le doute, l’isolement, la dépression, l’amour, le renouveau, le regain d’énergie, la quête des secrets du passé, les violences au quotidien mais aussi le viol, le crime, la foule, l’anonymat, bref, tous les grands sujets des grands romans.
Un excellent moment de lecture!

Haruki Murakami, L’incolore Tsukuru Yazaki et ses années de pèlerinage
Traduit du japonais par Hélène Morita
Roman, Belfond, 2014, 368 pages

Challenge de Hérisson: 6/6