Les charmes de l’amitié, Charles de Saint-Évremond

Saint -Evremont les charmes de l'amitié
Il n’y a rien qui contribue davantage à la douceur de la vie que l’amitié; il n’y a rien qui en trouble plus le repos que les amis, si nous n’avons pas assez de discernement pour les bien choisir.
Les amis importuns font souhaiter des indifférents agréables.
Les difficiles nous donnent plus de peine par leur humeur qu’ils ne nous apportent d’utilité par leurs services.
Les impérieux nous tyrannisent: il faut haïr ce qu’ils haïssent, fût-il aimable; il faut aimer ce qu’ils aiment, quand nous le trouverions désagréable et fâcheux.
Les jaloux nous incommodent: ennemis de tous les conseils qu’ils ne nous donnent pas, chagrins du bien qui nous arrive sans leur entremise, joyeux et contents du mal qui nous vient par le ministère des autres. (p.55)
Mais, quelque honnêtes, quelque réglés que soient les amis, c’est une chose incommode que d’en avoir trop: nos soins partagés ne nous laissent ni assez d’application pour ce qui nous touche, ni assez d’attention pour ce qui regarde les autres.
Vivons pour peu de gens qui vivent pour nous, cherchons la commodité du commerce avec tout le monde , et le bien de nos affaires avec ceux qui peuvent nous servir. (p. 61)

Les charmes de l’amitié, Charles de Saint-Évremond
(La part commune, 3e trimestre 2014, 62 p.)

Ceux qui me restent, Damien Marie, Laurent Bonneau, ma BD du mercredi

BD ceux qui me restent marie et bonneaubd ceux qui me restent 5

C’est un album magnifique sur un sujet douloureux puisque Florent, souffrant d’Alzheimer, est  en maison de retraite où il ne cesse de rechercher sa petite fille Lilie qu’il croit avoir perdue sur le Ferry le ramenant d’Angleterre,  après le décès de sa jeune femme. Lilie avait alors cinq ans. Ils se sont perdus par la suite mais désormais Lilie revient le voir chaque semaine sans que son père la reconnaisse.  Il poursuit indéfiniment la quête de sa petite fille dans son ciré jaune.

Tout est juste et saisissant dans ce roman graphique parfaitement maîtrisé. Les dessins de Laurent Bonneau y sont pour beaucoup Un grande réussite!

BD ceux qui me restent 4

Note BD pour le Top de Yaneck: 19/20

Ceux qui me restent,  Damien Marie, Laurent Bonneau,

 ma BD du mercredi (GrandAngle, 2014, Bamboo édition, 160 p.)

Canada, Richard Ford, Prix Femina étranger 2013

Canada richard ford prix femina étranger 2013

D’abord, je vais vous raconter le hold up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres, qui se sont produits plus tard. C’est le hold up qui compte le plus, parce qu’il a eu pour effet d’infléchir le cours de nos vies à ma sœur et à moi. Rien ne serait tout à fait compréhensible si je ne le racontais pas d’abord.  Nos parents étaient les dernières personnes qu’on aurait imaginées dévaliser une banque. Ce n’était pas des gens bizarres, des criminels repérables au premier coup d’œil. Personne n’aurait cru qu’ils allaient finir comme ils ont fini.  C’était des gens ordinaires, même si, bien sûr, cette idée est devenue caduque dès l’instant où ils ont bel et bien dévalisé une banque.

Ainsi, dès les premières lignes du roman on connaît l’intrigue de la moitié de l’histoire. Une famille heureuse dans le Montana,  les Parsons, avec deux ados de 15 ans, Dell et sa sœur jumelle.  Une famille comme les autres avec ses joies, ses rêves et ses contradictions. Soudain tout s’écroule lorsque, pour rembourser leurs dettes,  les parents décident de braquer une banque. Ils sont immédiatement retrouvés et emprisonnés. Ils ne se reverront jamais, si ce n’est le frère et la sœur une quarantaine d’années plus tard.

 C’est intéressant mais si le récit s’arrêtait là, je n’aurais que moyennement aimé. Heureusement, après avoir oublié ce début pendant vingt ans,  Richard Ford  l’a repris et la deuxième partie –  celle qui se déroule au Canada – est excellente. La lecture en  est devenue  si passionnante que j’y ai passé toute la nuit.

 Pour éviter le placement en orphelinat, Dell, selon les dernières volontés de sa mère,  franchit la frontière et se retrouve  au Canada, dans un village perdu du Saskatchewan.Il est  totalement seul, à la merci d’un personnage étrange et dangereux, sorti de Harvard mais criminel en fuite, devenu patron d’un hôtel de passe.

Il y fait son apprentissage, à la dure mais efficacement,

 Mais enfin pourquoi nous laissons-nous séduire  par des gens que nous sommes bien les seuls à croire honorables et intègres, quand autrui les voit dangereux et imprévisibles ?
Quel dommage que je me sois fait prendre dans les filets d’Arthur Reminger  sitôt après l’incarcération de mes parents ! Malgré tout, quand on se trouve mêlé à une vilaine histoire, quand des menaces planent, il est vital de se rendre compte qu’on est déjà passé par là et qu’on va se retrouver tout seul, à découvert dans le paysage, que la prudence est donc de mise.
Et moi, bien sûr, au lieu de manifester cette prudence, je me suis laissé « prendre en mains » par Arthur Reminger  et Florence La Blanc, comme si  c’était la conséquence la plus logique et la plus naturelle du plan de ma mère pour m’éloigner après sa catastrophe personnelle.

. Professeur heureux et époux comblé, par la suite, il évite le cynisme  en ouvrant au maximum son champ d’intérêt et en appliquant les bons conseils reçus: pratiquer la générosité, savoir durer, savoir accepter, se défausser, laisser le monde venir à soi – de tout ce bois, le feu d’une vie.

Un roman sombre et optimiste à la fois, que  j’ai beaucoup aimé.

 Voici la liste des livres étudiés avec ses élèves : des livres qui lui semblent secrètement traiter de ses jeunes années et qui le rendent heureux : Au cœur des ténèbres,  Gatsby le Magnifique, Un thé au Sahara, Les Aventures de Nick Adams,  Le Maître de Casterbridge, histoire d’un homme de caractère.

 Ma métaphore centrale est toujours le franchissement d’une frontière; l’adaptation, le franchissement progressif d’un mode de vie inopérant à un autre, fonctionnel, celui-là. Il s’agit parfois aussi d’une frontière qui, franchie, ne se repasse pas. 

Canada,  Richard Ford, Prix Femina étranger 2013

(Points, 2012/2013, traduit de l’anglais/États-Unis, par Josée Kamoun,  500 p.)

Passons passons puisque tout passe … Apollinaire et d’Ormesson,

Château de saint-fargeau

Passons passons puisque tout passe

Je me retournerai souvent

Les souvenirs sont cors de chasse

Dont meurt le bruit parmi le vent

Je m’ennuyais beaucoup. J’étais très heureux – et je ne m’en doutais pas. Chez nous!  Chez nous! Tout cela avait pris longtemps des allures d’éternité. Et tout cela était fini. 

   C’était l’époque, j’avais onze ans, douze ans, treize ans, où je découvrais Apollinaire se souvenant de l’Ecclésiaste. 
Jean d’Ormesson, de l’Académie française: Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit  
(Chap. IV-  p. 24)

(Photo:  Château de Saint-Fargeau (Bourgogne) où est né et où a vécu Jean  d’Ormesson
À l’origine, Saint-Fargeau était un rendez-vous de chasse fortifié construit en 980 par Héribertévêque d’Auxerre, et fils naturel d’Hugues le Grand et donc frère naturel de Hugues Capet. (Wikipedia)

Zombies,T3, Précis de décomposition, Peru, Cholet,

 bd zombies 3
Il y a quatre ans, quand j’ai décidé de  lire des BD  tous les  mercredis pour combler mon retard en ce domaine,  je ne m’attendais pas à tomber  un jour sur  des histoires de  zombies, ces morts-vivants qui ne cherchent qu’à se nourrir d’êtres humains et qui me font si peur! Je n’ai d’ailleurs pas réussi à terminer Walking Dead,  la dernière  série  référence. Si j’en ai aimé le premier tome, je n’ai pas pu terminer le second malgré tous les bons billets que j’ai pu lire à son sujet.
Et pourtant voilà que je me replonge dans une histoire  presque  semblable, challenge Halloween de Hilde et Lou oblige  auquel j’ai décidé de participer. J’ai donc choisi ce que j’ai pu trouver à la bibliothèque , le dernier tome de la série Zombies de Peru et Cholet dont Yaneck a déjà bien parlé et qu’il apprécie tout en attendant la suite avec impatience puisque qu’une nouvelle série doit paraître  très bientôt
Heureusement pour moi, cette fois j’ai réussi à terminer l’album et même à m’attacher à certains personnages, les enfants en particulier  et puis surtout, ce n’est pas qu’une suite de carnages et d’images gores,  il y a aussi des moments d’espoir et d’entraide. On peut rester optimiste quant à l’avenir des humains , grâce en grande partie, à la science et aux petits génies précoces.
J’y ai vu aussi un rapprochement avec toutes nos angoisses actuelles concernant Ebola et les autres virus qui nous menacent régulièrement depuis quelque temps!
Ici, c’est une épidémie de zombies qui s’est abattue sur les Etats-Unis et les rescapés essaient  par tous les moyens de les fuir puisqu’une seule morsure les transforme à leur tour en morts vivants. Certains humains  cependant semblent pouvoir être immunisés.  De plus, les survivants ont découvert que les ultra-sons  éloignaient les zombies et les faisaient fuir. Clay, un surdoué de dix-sept ans,  Serge Lapointe, l’acteur dévoué  qui sait rassurer les gens, et quelques autres qui  se comportent,  eux aussi,  en héros positifs et courageux, cherchent à rejoindre  les autres groupes de survivants dans les coins du pays où il en reste encore.
Après des  pages et des pages d’événements  traumatisants, un bébé naît enfin qui se nourrit de  lait et non de sang  comme tous le craignaient.
«Espoir et Avenir …
Deux mots qu’on ne murmure qu’intérieurement,
Qu’on cache au fond de soi par peur qu’ils disparaissent.
Deux petits mots qu’on doit à ceux qui ne sont plus là …
Deux petits mots 
Pour que la mort n’ait pas le dernier mot.»
Une bonne expérience finalement, cette lecture!

Zombies, T3, Précis de décomposition,

Olivier Peru, Sophian Cholet

(Soleil Anticipation, nov. 2013, 58 p.)

Juste une mauvaise action, Elizabeth George

elisabeth george juste une mauvaise action

Résumé de l’éditeur

Le sergent Barbara Havers est catastrophé. Hadiyyah, la fille de son cher ami Azhar, a été enlevée par sa mère et aucune poursuite judiciaire n’est possible. Azhar n’a jamais épousé Angelina et l’enfant ne porte pas son nom.

Alors qu’Azahar se désespère, Angelina refait finalement surface avec une nouvelle alarmante : Hadiyyah a été kidnappée sur la place d’un marché toscan.
La police italienne est chargée de l’enquête et Barbara devra prendre les choses en main, frôlant l’incident diplomatique, pour que Scotland Yard intervienne en la personne du célèbre inspecteur Thomas Lynley.

Bien vite, les deux enquêteurs découvrent que l’affaire est beaucoup plus complexe qu’un simple enlèvement…
Du brouillard londonien aux collines ensoleillées de Toscane, Elizabeth George nous emporte, avec cette dix-huitième enquête de Thomas Lynley, dans un tourbillon d’émotions et de trahisons.

                                        ***

De cette romancière, j’ai déjà lu : Le Rouge du Péché et c’est parce que mon avis avait alors été très mitigé que j’ai accepté de découvrir la dernière aventure de l’inspecteur Linley et de sa collaboratrice, Barbara Havers, lorsque Babelio me l’a proposé  dans le cadre de son opération Masse Critique.

700 pages! C’était un véritable défi que j’ai mis longtemps à mener à bien. Dire que je suis simplement déçue pour la seconde fois serait en dessous de la vérité, j’ai tout simplement été à deux doigts de m’arrêter en cours de route. Je n’ai pas réussi à croire aux personnages  ni à m’intéresser à cette histoire d’enlèvement d’enfant qui n’en finissait pas! A chaque reprise du livre, il me fallait revenir en arrière pour me rappeler les derniers développements.  J’ai rarement été aussi peu passionnée par un roman policier! C’est beaucoup trop long et  certains passages m’ont tout simplement paru totalement caricaturaux tellement la sauce y était délayée. Tout devient prétexte à développement: les lieux, les pièces, les vêtements, les dialogues, les déplacements, jusqu’aux   nouveaux venus  qu’on ne reverra plus  qui ont aussi droit à une ou deux pages définissant leurs identités et expliquant leur présence. C’est lourd, pesant, sans génie!

Même Barbara Havers m’a semblé fade, cette fois, malgré un portrait prometteur, p. 574:

Quand elle était sur une enquête, elle s’y plongeait tout entière et donnait le meilleur d’elle-même. Elle n’avait jamais peur de tenir tête à quelqu’un dont elle ne partageait pas l’opinion. Elle ne faisait jamais passer ses chances de promotion avant la résolution d’une affaire. Et quand elle tenait ce qu’elle pensait être une piste, on ne pouvait pas plus la lui faire lâcher qu’à un pitbull un morceau de steak. Son esprit frondeur et sa faculté à ne se laisser démonter par personne, si haut placé que soit ce personne…En un mot, Barbara était hors normes, et c’était exactement le genre d’officier dont on avait besoin dans une équipe.Sympa peut-être, ce personnage,  mais on est loin de Lisbeth Salander, par exemple,  et je ne pouvais m’empêcher de faire la comparaison!
En somme, cette lecture, trop sage et trop fade, a eu tendance à m’endormir à chaque reprise! C’est loin d’être ce que j’attends d’un thriller!

 Juste une mauvaise action, Elizabeth George, (Presses de la Cité, octobre 2014, 700 pages)

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Mortelle Adèle, 5, Poussez-vous, les moches! BD du mercredi, Challenge Halloween

BD Mortelle adèle,5,Mr Tan et Miss PricklyBD du mercredi  Mango bleu 4challenge Halloween 2014

Dans la série «petite sorcière» et « maligne petite peste», j’ai enfin fait la connaissance d’ Adèle, la mortelle, la vilaine gosse  dont j’ai beaucoup entendu parler déjà et  dont je ne voudrais  surtout  pas comme petite fille, mais qui  m’amuse beaucoup quand je lis les  tours pendables qu’elle joue aux autres,  aussi bien à ses amis et à sa famille qu’à ses pires ennemies, Jade et Miranda, les deux autres pestes de la classe qui se prennent pour des top-modèles et qui ont fondé le club des Barbie Malibu.

C’est pour se venger des ces filles prétentieuses et méprisantes, qui se moquent de tous les « trop petits », les « trop gros », les « trop intellos »,  qu’Adèle, dans ce tome 5, fonde le club des bizarres « pour mettre des bâtons dans les roues de ce groupe de pestes ». Et la guerre commence.

Ce sont des petits gags sur  une ou deux pages et j’ai trouvé ça très amusant mais à petites doses.  Quitte à y revenir plus souvent.

Mortelle Adèle, 5, Poussez-vous les moches!  Mr Tan, Miss Prickly.

Liens: BD du mercredi, Challenge Halloween chez Hilde et Lou

L’horizon, Patrick Modiano.  » Des souvenirs en forme de nuages flottants. » (p. 156)

modiano l'horizon   Modiano  et les livres

Depuis quelque temps, Bosmans pensait à certains épisodes de sa jeunesse, des épisodes sans suite, coupés net, des visages sans noms, des rencontres fugitives. Tout cela appartenait à un passé lointain, mais comme ces courtes séquences n’étaient pas liées au reste de sa vie, elles demeuraient en suspens, dans un présent éternel. Il ne cesserait de se poser des questions là-dessus, et il n’aurait jamais de réponses. Ces bribes seraient toujours pour lui énigmatiques. 

Ce début du roman pourrait être celui de tous les récits du nouveau Prix Nobel, lui aussi  « à la recherche du temps perdu »: celui du Paris d’après guerre aux noms évocateurs servant de repères  illusoires à des héros  attentifs à tout signe susceptible de ressusciter leur passé

C’est ainsi que Bosmans, grâce à son carnet de moleskine toujours dans la poche intérieure de sa veste,  retrouve, trente ans après,  la trace de Marguerite Le Coz, un ancien amour de jeunesse, disparue précipitamment pour de sombres histoires demeurées  floues, sans plus jamais lui donner de nouvelles. Il décide d’aller la rejoindre en Suisse où elle tiendrait désormais une librairie.

« Il était fatigué d’avoir marché si longtemps. Mais il éprouvait pour une fois un sentiment de sérénité, avec la certitude d’être revenu à l’endroit exact d’où il était parti un jour, à la même place, à la même heure et à la même saison, comme deux aiguilles se rejoignent sur le cadran quand il est midi. »  (p. 171)

 Auparavant c’est à une véritable enquête que se livre le héros  pour reconstituer  l’histoire de leur rencontre si discrète : deux personnes solitaires et traquées, l’un par sa propre mère, la terrifiante femme en rouge, l’autre par un ancien compagnon devenu menaçant.

«Il aurait voulu  …renouer un à un les fils brisés, oui, revenir en arrière pour retenir les ombres et en savoir plus long sur elles. Impossible. Alors il ne restait plus qu’à retrouver les noms. Ou même les prénoms. Ils servaient d’aimants. Ils faisaient ressurgir des impressions confuses que vous aviez du mal à éclaircir. Appartenaient-elles au rêve ou à la réalité?» (p. 13)

«Est-on vraiment sûr que les paroles que deux personnes ont échangées lors de leur première rencontre se soient dissipées dans le néant, comme si elles n’avaient jamais été prononcées?  …Et si toutes ces paroles restaient en suspens dans l’air jusqu’à la fin des temps et qu’il suffisait d’un peu de silence et d’attention pour en capter les échos?» (p.23)

«Il avait toujours imaginé qu’il pourrait retrouver au fond de certains quartiers les personnes qu’il avait rencontrées dans sa jeunesse, avec leur âge et leur allure d’autrefois. Ils y menaient une vie parallèle, à l’abri du temps.» (p.54)

«Il lui semblait atteindre un carrefour de sa vie, ou plutôt une lisière d’où il pourrait s’élancer vers l’avenir. Pour la première fois, il avait dans la tête le mot avenir, et un autre mot: l’horizon. Ces soirs-là, les rues désertes et silencieuses du quartier étaient des lignes de fuite, qui débouchaient toutes sur l’avenir et l’horizon. (p.85)

J’ai aimé ce roman autant que: Du plus loin de l’oubli  et que : L’herbe des nuits.
J’aimais et j’aime Modiano. Il fait partie de mes romanciers préférés dont la liste est longue mais d’où émergent parmi les auteurs qui publient en ce moment: Irving, Oates, Murakami, Yu Hua, Hornby, J. Mc Inerney, J. Coe, J. Barnes  mais j’en oublie tellement…
Lu par Hélène
L’horizon, Patrick Modiano, 
(Gallimard, roman, 2010, 176 p)

Apocalypse sur Carson City,4, Halloween, Griffon, ma BD du mercredi et le challenge Halloween

BD Apocalypse sur Carson City, T4       challenge Halloween 2014

Une série d’horreur et d’humour pour  le challenge Halloween BD de ce mercredi, ça ne pouvait pas mieux tomber mieux, d’autant plus que le tome 4, le dernier sorti, s’intitule «Halloween» car c’est ce jour-là que se déroule toute l’aventure. Elle commence dans un cimetière envahi de morts vivants. On se sent tout de suite dans l’ambiance avec un premier chapitre portant le numéro 13: «La créature du cimetière».

La situation est celle-ci: les trois frères Blackwood, de dangereux gangsters, barricadés dans leur vieux manoir, sont poursuivis par le shérif de Carson City, une ville perdue du Nevada, mais le pire c’est que des morts vivants les menacent aussi. Il leur faut échapper à tout prix à la police et aux zombies.

C’est plus drôle qu’horrible malgré les détails en gros plans: le sang qui coule partout, les visages grimaçants, les hurlements et les cris divers, les morts qui s’accumulent et les sottises de certains « gentils » qui les rendent plus dangereux que tout, comme celles d’Ashley, la pom-pom girl du lycée qui ne « dégage pas assez d’ondes cérébrales pour se faire repérer par les zombies et qui ne comprend pas grand chose à ce qui se passe ».

BD Apocalypse sur Carson City, T4 2

Les planches sont en noir et blanc et font beaucoup d’effet avec de très nombreux détails.
« Un mec qui ouvre une porte me prend déjà une page! » a déclaré Guillaume Griffon, (l’auteur aussi de Billy Wild) qui est à la fois le scénariste et le dessinateur, ce qui lui donne une grande liberté pour la mise en page; Il dit aimer les planches surchargées, le graphisme caricatural, les personnages un peu « cartoon », « des mecs méchants mais qui soient un peu ridicules ».

BD Apocalypse sur Carson City, T4. 3

Les dialogues sont percutants et amusants et renvoient à de nombreuses BD et films célèbres dont j’ignore tout mais, n’empêche, ça ne m’a pas gênée et cette lecture m’a bien amusée malgré certains clichés machos, agaçants parce que trop systématiques mais c’est peut-être la loi du genre?

L’ensemble m’a semblé cependant suffisamment bon enfant pour que je me sente indulgente et de bonne humeur en refermant l’album. Dire que j’attends la sortie du tome 5 avec impatience serait sans doute exagéré mais je lui donne 17 au top de Yaneck, ce qui ne me semblait pas gagné d’avance vu le peu de sympathie que je prends à lire des histoires de zombies. Des sorcières et des maléfices anciens, oui, tant qu’on veut, mais des morts-vivants, non ou alors à petites doses. Mission accomplie avec cet album!

L’avis de Yvan

Apocalypse sur Carson City, 4, Halloween,  Guillaume Griffon(Akileos, septembre 2013, 112 p.)

Top BD Yaneck Yaneck: 17

Les grands, Sylvain Prudhomme

                                                Roman les grands sylvain prudhomme

Allongé près d’Esperança, la femme qu’il aime, un jour de 2012,  Couto, l’ancien musicien d’un groupe célèbre  des années 70 en Guinée Bissau, apprend  la mort  soudaine de Dulce, la chanteuse du groupe, son grand amour de jeunesse, celle  qui l’a quitté pour épouser Gomes, l’actuel dictateur du pays.

Pour tout le monde,  c’est un grand bouleversement et on revit le  prestigieux  passé du groupe avant de rassembler « les grands »,  ceux qui formaient le groupe  fameux des Super Mama djombo,  pour un dernier hommage d’enfer à la chanteuse mythique !

Commencé dans les rues de la capitale, dans la chaleur, la soif, la misère et  la tristesse de  cette perte, le récit montera en puissance avec  les souvenirs de trente ans de musique à travers le monde  et des succès qui reviennent en force.  Tandis qu’un coup d’état se prépare, que les forces de police sillonnent la ville, et que des coups de feu éclatent, les jeunes et les musiciens présents et lointains, les exilés comme les autres, tous n’ont plus qu’un seul désir et qu’un seul but: le concert de Chiringuitó. Ce sera magique !

Je quitte ce livre enchantée et tellement triste aussi , avec une nostalgie infinie. C’est la saudade.  Ça serre le cœur!   C’est magnifique! 

Son haut et sa jupe étaient là, par terre, à côté de leurs slips abandonnés sur le lino. Affaissés, dérisoires. Boules de linge informes.

Elle savait comme lui ce que signifiait la disparition de Dulce. Quelle patience il leur faudrait  à tous les deux avant que la nouvelle de cette mort se retire d’entre eux, s’estompe, les laisse à nouveau l’un à l’autre. Et il n’y avait rien à faire qu’attendre.Cette diablesse de femme que tu aimeras toujours, disait-elle en riant les fois où passait une chanson de Dulce à la radio. Cette ensorceleuse contre laquelle je ne pourrai jamais rien. La voix de Dulce ruisselait dans la pièce, planait entre les murs autour d’eux, enfantine, pleine de grâce. 

Né en 1979, Sylvain Prudhomme construit depuis quelques années une œuvre littéraire ouverte sur le monde. L’Afrique contemporaine où il a longtemps vécu et travaillé est une des sources d’inspiration principale de ses derniers livres et reportages.

Ce livre fait partie de la sélection  du Grand Prix de l’Académie française,(décerné le 30 octobre)
et de celle du Femina (le 4 novembre)
Les grands, Sylvain Prudhomme ( Coll. L’Arbalète, Gallimard, septembre 2014, 252 pages)

Challenge littéraire 2014 chez Hérisson  9/12

Joyce Maynard, L’homme de la montagne

Joyce Maynard L'homme de la montagneJoyce Maynard

Il y a un peu plus de trente ans, un jour de juin au coucher de soleil – sur un versant de montagne dans le Marin County, Californie -, un homme s’est approché de moi, tenant dans ses mains un bout de corde à piano, avec l’intention de mettre fin à mes jours. J’avais quatorze ans et il avait déjà tué beaucoup d’autres filles. Depuis ce jour, je sais ce que signifie regarder un homme dans les yeux en se disant que son visage est la dernière chose que l’on verra jamais.C’est à ma sœur que je dois d’être ici pour raconter ce qui s’est passé ce soir-là. Par deux fois ma sœur m’a sauvée, alors que moi, je n’ai pas pu la sauve.Voici notre histoire. ( Prologue, p. 11)

Cette histoire justement, c’est celle de Rachel et de Patty, deux sœurs qui s’adorent malgré leurs différences: Patty, la plus jeune, est douée pour le sport, Rachel, la narratrice deviendra écrivain et c’est en tant que telle, une trentaine d’années après les faits  de cette fameuse année 1979, en Californie, qu’elle raconte les meurtres horribles du serial killer de la montagne, poursuivi par leur père, l’inspecteur de police  Torricelli. Plus rien ne sera pareil ensuite, pour elle et sa famille mais l’histoire ne s’arrête pas là puisque la traque de l’assassin ne cessera qu’à la suite de la parution du roman où elle raconte les crimes de celui qui restera connu comme l’Étrangleur du crépuscule.

Ce que j’ai surtout aimé, ce n’est pas le côté policier du roman qui reste secondaire,  mais les liens très fusionnels  entre les sœurs, suite au divorce de leurs parents, distendus cependant quand l’aînée réussit à faire partie de la bande du lycée, la popularité acquise par son père pour ses enquêtes et ses passages à la télévision y étant pour beaucoup. C’est que son père est beau, charmant, sexy et volage tandis que sa mère passe son temps à lire et à se morfondre.

Ce n’est pas un coup de cœur mais c’est un roman très agréable pour les raisons qui me sont très claires maintenant concernant mes préférences pour des lectures distrayantes et faciles.

– Le côté « qui fait peur »  est mis en sourdine bien qu’au cœur de l’intrigue: ( ici, les crimes en cascade par l’homme de la montagne) – Le suspense n’est que moyen, sauf lors d’un passage où j’ai soudain soupçonné le père lui-même.

– L’histoire familiale est plus évoquée que fouillée, voire autopsiée comme si souvent! C’est juste un père trop charmant et charmeur qui oublie de plus en plus souvent de  rentrer chez lui, ce qui cause des ravages évidemment chez sa femme et ses filles.

De nous deux, c’était Patty qui jetait un regard sans concession sur notre père et parlait de lui durement quand elle pensait qu’il faisait souffrir notre mère. Sur certaines choses – par exemple le fait qu’il conduisait une Alfa mais n’avait jamais assez d’argent pour permettre à Patty de se faire arranger ses dents, elle ne disait rien. Mais elle lui reprochait de plus en plus  son incapacité à aider financièrement notre mère et nous et, surtout, ses promesses réitérées de venir nous voir, qu’il ne tenait jamais. Tout en n’abandonnant pourtant pas l’espoir qu’il assisterait un jour, d’un bout à l’autre, à l’un de ses matches de basket.

  – Il est tellement  occupé par son job, disais-je.

  – Tu l’excuses tout le temps.

  – Et toi, tu es méchante.

Je l’aime, protesta-telle. Mais c’est un perdant.

–  Le meilleur du roman  pour moi, cependant,  restera l’analyse  de l’adolescence de ces deux jeunes filles à cette époque et à  cet endroit-là. C’est finement évoqué, sans lourdeur,  avec le ton juste et la  légèreté qui conviennent dans un contexte suffisamment pesant et dramatique par ailleurs!

Un bon choix de lecture. A conseiller!

Joyce Maynard, L’homme de la montagne
(Philippe Rey, roman, août 2014, 320 pages)
After Her, 2013) Traduit de l’anglais (États-Unis) par Françoise Adelstain
challengerlentrée littéraire2014

Modiano, Prix Nobel de Littérature. Enfin! Les quatorze autres Français l’ayant obtenu.

Prix Nobel de Littérature:  Patrick Modiano (° 1945) a été récompensé pour « l’art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l’Occupation« 

Son dernier roman vient de sortir: « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier ». 

                                                 Modiano 2

L’année dernière,  c’est à la Canadienne Alice Munro (° 1931) que le Prix avait été attribué.

Cette année, les favoris étaient:

la Biélorusse Svetlana Alexievitch (°1948)
le Kenyan Ngugi wa Thiong’o (°1938)
le Japonais Haruki Murakami (° 1949)

On parlait aussi de  Margaret Atwood, Anne Carson, Joyce Carol Oates, Milan Kundera, des auteurs que j’aime bien également mais de tous, c’estModiano, mon préféré!

Les quinze  Français Prix Nobel de Littérature:

  1. 1901 –  Sully Prudhomme
  2. 1904 – Frédéric Mistral
  3.  1915 – Romain Rolland
  4. 1921 – Anatole France
  5. 1927 – Henri Bergson
  6. 1937 – Roger Martin du Gard
  7. 1947 – André Gide
  8. 1952 – François Mauriac
  9. 1957 – Albert Camus
  10. 1960 –  Saint- John Perse
  11. 1964 – Jean-Paul Sartre (refusé par l’auteur)
  12. 1985 – Claude Simon
  13. 2000 – Gao Xingjian
  14. 2008 – Jean- Marie Gustave le Clézio
  15. 2014 – Patrick Modiano