Réponds si tu m’entends, Marian Keyes

Un besoin de lecture facile et rapide au milieu de la Rentrée, et c’est tout de suite  ce petit livre rose à peine rendu par la lectrice devant moi à la bibliothèque qui m’a accrochée et donné envie de le choisir séance tenante. Je ne connaissais pas encore Marian Keynes si ce n’est par sa bonne réputation chez les familières de chick lit. Je n’ai pas regretté mon choix.

Le prologue évoque une photo reçue par courrier postal, qui aurait tout changé dans la vie de l’héroïne narratrice et c’est effectivement lorsqu’elle voit ce visage qu’elle croit reconnaître, à sa grande stupéfaction, que la vie d’Anna Walsh bascule et commence la seconde partie du roman.

Qui est donc Anna Walsh?  Voici ce qu’il suffit de savoir pour commencer selon l’éditeur:

Le  » Meilleur Boulot du Monde  » à New York pour une marque de cosmétiques ultra-branchées, une garde robe de rêve, une meilleure amie très fashion, une famille irlandaise gentiment foldingue et Aidan, un parfait petit mari, à la fois adorable et sexy : de l’avis de tous, Anna Walsh est une sacrée veinarde. Jusqu’à ce terrible accident qui la ramène tout droit à Dublin, sur le canapé de se parents, entre plâtre, cicatrices, médicaments, séries télé et zizanie familiale. Mais Anna est bien décidée à retrouver sa trépidante vie-new-yorkaise et son homme au plus vite. Aidan qui, depuis l’accident, n’a plus donné signe de vie… Anna est prête à tout pour le retrouver, quitte à mettre la Grosse Pomme sens dessus dessous!

Il y a une nette rupture dans le récit qui se fait plus douloureux au bout d’un moment. J’ai aimé la première partie, en Irlande, quand toute la famille d’Anne l’entoure, après son accident à New York: sa mère déjantée, ses sœurs, si différentes, son père, plus taciturne, et ses amis qu’elle retrouve. Ensuite l’errance de spirites en charlatans pour retrouver son jeune époux m’a semblé plus lourde et un peu trop longue mais heureusement l’histoire reprend très vite de l’intérêt lorsque Anna redevient rédactrice de mode, spécialisée en cosmétique donc très recherchée pour les cadeaux qu’elle ne cesse de distribuer. C’est de nouveau plus léger que dans la période sombre du deuil.

Cette petit lecture facile m’a fait passer un bon dimanche.

Sa valise à roulettes Louis Vuitton bien-aimée trônait près de la porte avec tout le nécessaire à l’intérieur: une trousse de toilette Lulu Guinness, deux bougies parfumées Jo Malone, un ipod, plusieurs nuisettes Marimekko, un appareil photo, un masque à la lavande pour les yeux,du vernis à ongles Ipo des fois que sa manicure/pédicure s’écaillerait « pendant que je pousse », un kit de blanchiment des dents pour passer le temps, trois tenues de bébé Versace et sa dernière échographie.

Rien de plus vite démodée que la mode cependant! La Preuve!

Marian keyes, Réponds si tu m’entends, Pocket, 526 pages (2006/2008)  Anybody out There? Traduit de l’anglais (Irlande) par Laure Manceau.

Quand tout est déjà arrivé, Julian Barnes

 Rien n’est plus rageant que de lire trois très  beaux livres d’affilée et de ne pas pouvoir en parler, faute de temps … mais patience!

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Julian Barnes tout d’abord: «Quand tout déjà est arrivé» , «Levels of  Life»,  livre choisi pour avoir déjà aimé «Le perroquet de Flaubert» et après l’achat en Poche de «Une fille,  qui danse».

Je ne connaissais pas le sujet du livre  (qui ne se dit pas roman),  et  comme Cuné,  ayant survolé la présentation de l’éditeur et n’en ayant retenu que des histoires  d’envols en  ballons  ou en montgolfières et de célébrités telles que Nadar et Sarah Bernhardt, je ne m’attendais pas  à éprouver  un si grand coup de cœur en le terminant.

Ma lecture est allée crescendo.

 Au début il ne s’agissait encore  que d’un intérêt souriant et  quelque peu narquois, quoique parfois attendri et admiratif dans les deux premières parties,  évoquant l’éternel désir  que  l’homme  a manifesté pour  ce que Barnes appelle  «Le péché d’élévation» ou l’ambition de monter toujours plus haut, que ce soit dans les airs ou dans le savoir, l’art, les sciences,  l’amour,  au risque de retomber toujours plus bas,  à moins de se contenter de rester «A hauteur d’homme» et de sombrer parmi la cohorte des amants oubliés de la divine Sarah, comme le fut Fred  Burnaby, un intime du Prince de Galles, grand voyageur  en contrées lointaines et exotiques.

Nous vivons à ras de terre, à hauteur d’homme, et pourtant – et par conséquent- nous aspirons à nous élever. Créatures terrestres, nous pouvons parfois nous élever jusqu’aux dieux. Certains s’élèvent au moyen de l’art; d’autres, de la religion; la plupart,  de l’amour. Mais lorsqu’on s’envole, on peut aussi s’écraser. Il y a peu d’atterrissage en douceur. On peut rebondir sur le sol assez violemment pour se casser une jambe, entraîné vers quelque voie ferrée étrangère. Chaque histoire d’amour est une histoire de chagrin potentielle. Sinon sur le moment, alors plus tard. Sinon pour l’un, alors pour l’autre. Parfois pour les deux.

Alors pourquoi aspirons-nous constamment à l’amour ?  Parce que l’amour est le point de rencontre entre la vérité et la magie. Vérité, comme en photographie; magie, comme en aéronautique.

 Mais si la lecture des deux premières parties m’a  très agréablement surprise, la dernière, «La perte de profondeur» m’a autrement touchée et émue. Cette fois le récit aborde un tout autre registre avec la biographie de l’auteur, l’amour conjugal, le deuil brutal et trop  vite arrivé, la tentation du suicide, l’amertume et la colère  pour les réactions  des intimes, le sens de la vie et tous les grands sujets autour de la perte de l’être aimé. Mes références sur ce thème sont les immenses livres de Joan Didion et de Joyce Carol Oates dont je ne peux me séparer mais les dernières pages de Julian Barnes vont les rejoindre désormais.  Son analyse à lui aussi est inoubliable par sa justesse et sa grande sensibilité.

Dans la jeunesse, le monde se divise sommairement entre ceux qui ont fait l’amour, et les autres. Plus tard, entre ceux qui ont connu l’amour, et les autres. Plus tard encore (…) , il se divise entre ceux qui ont connu le chagrin, et les autres. Ces divisions sont absolues; ce sont des tropiques que nous franchissons.  

 Il y a la question du chagrin opposé au deuil. On peut essayer de les différencier en disant que le deuil est un processus; mais ils se chevauchent inévitablement; (…) Le chagrin est vertical – et vertigineux- tandis que le deuil est horizontal; Le chagrin tord les tripes, coupe le souffle, freine l’irrigation sanguine du cerveau; le deuil vous emporte dans une nouvelle direction.

« Trois récits limpides. Sur l’élévation par l’art avec Nadar, par l’amour avec Sarah Bernhardt, et sur la chute, avec le deuil impossible de l’être aimé. »(éditeur)

Un livre à conserver près de moi et à relire un jour! 

Aimé par Cuné, Clara, …

Julian Barnes –  Quand tout est déjà arrivé  Traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin  Titre original : Levels of Life  (Mercure de France, 2014, 128 pages)

Julian Barnes vit à Londres. Auteur de quatorze romans ou recueils de nouvelles, de six essais ou récits, traduits en plus de trente langues, il a reçu en 2011 le David Cohen Prize pour l’ensemble de son oeuvre. Toujours en 2011, son roman Une fille, qui danse (Mercure de France) a été couronné par le prestigieux Man Booker Prize.

Come prima, Alfred, la BD du mercredi

BD Come prima alfred

4ème de couverture

Début des années 60. Suite à la mort de leur père, deux frères, Fabio et Giovanni, sillonnent les routes au volant d’une Fiat 500. Leur voyage, émaillé de disputes et de silences, de souvenirs et de rencontres, les conduira jusqu’à leur Italie natale, quittée depuis des années. Par bribes, le portrait de leur père se recompose et les amène à mettre en lumière leurs relations tumultueuses…

Magnifique album ! Histoire attachante ! Dessins inspirés ! Prix d’Angoulême bien mérité ! J’ai beaucoup aimé !

Tant d’autres l’ont dit avant moi ! Tant d’excellents billets ont été publiés,  détails à l’appui et émotions  partagées avec compétence que je me sens aussi superflue qu’une invitée de la dernière heure.

Come prima, je l’ai lu il y a  déjà quelque temps sans le commenter mais  je viens de le relire toujours avec le même plaisir. Je crois même y avoir trouvé de nouvelles raisons de l’aimer mais c’est sûrement grâce aux très bons avis lus précédemment.

J’ai particulièrement aimé :

– l’alternance des pages, (dessins et couleurs)  selon qu’elles évoquent le présent ou le passé.

– le road- movie des deux frères fâchés puis réconciliés, dans une Italie  des années 60 comme on la voit dans les films de cette époque (Antonioni, Rossellini, Visconti, Scola, Pasolini …)

– La petite cinquecento,  (elles étaient si vaillantes !)

– Les disputes familiales et les réconciliations. (La famille, la valeur la plus  sûre  en fin de compte)

– L’urne funéraire du père comme symbole d’union très forte, le culte de la mort, la violence des sentiments qui s’accroît plus on descend  vers le sud.

– La couverture,  un bon résumé déjà  pour commencer

– Presque tout en somme !

Voir ICI

Intéressant: L’interview d’Alfred par un amour de BD  ,
ainsi que les billets de Mo,   Melo,  Stephie,  Sandrine,   Maël,   Yvan,  Jérôme,  Noukette,  Cristie,  Anne,  SD49,    bmsaint-brieuc,

Come Prima, Alfred , 2014, Fauve d’or, meilleur album 2014, Angoulême,
Delcourt, / Mirages
Collaboration aux couleurs: Maxime Derouen
Roaarrr challenge de Mo

  Yaneck :18/20

Futur coup de cœur ou pas? Le parfum de ces livres que nous avons aimés, Will Schalbe

J’ignorais que j’allais avoir envie de tout arrêter pour finir ce livre et ne plus faire que ça!

Commencé il y a quelques heures et déjà je ne veux plus le quitter.
Il y a peu encore je ne connaissais ni le nom de l’auteur, ni le titre de ce bouquin!
C’est grâce à la sélection du Prix Elle  que j’en ai eu connaissance et que je l’ai fait commander par ma « gentille » bibliothécaire qui a râlé parce que  » Faut pas abuser non plus, ce genre de livre -Document- Témoignage n’est presque jamais demandé par la suite – Mais il est au Prix Elle quand même!  » J’aurais parlé zoulou, ç’aurait été pareil! Prix Elle ? …  connaissent pas ou s’en moquent mais le livre est au rendez-vous, d’où ma reconnaissance!
Moi, c’est un thème qui m’intéresse énormément depuis que …. forcément un beau jour,  ça finit par arriver, la mort de sa mère! J’y pensais déjà assez souvent avant, vu son âge, mais sans y croire vraiment, (une forme de pensée magique, comme  celle de Joan Didion peut-être)  Après, on n’est plus pareil.  Je ne suis plus celle d’avant! Alors je lis tous les livres que je peux sur le sujet, en espérant avoir moins mal. Une sorte de baume d’un instant! C’est toujours ça.
Il se trouve qu’il  en sort de plus en plus et que j’en ai déjà lu pas mal, des très beaux et d’autres  trop intimistes  pour moi mais celui-ci parle aussi de littérature et  d’auteurs que j’aime tout particulièrement comme Irving, Mann, Némirovsky, Hosseini. Cependant,  je n’en suis qu’au début. J’entame seulement le troisième chapitre mais pour l’instant, je prévois le coup de cœur.
Je fais un break pour commencer ce billet et m’informer un peu à son sujet.
Je n’aurais pas dû! Trop d’avis différents –   de l’admiration à la déception. Le pire c’est que certaines blogueuses, parmi celles que j’aime, sont très mitigées , lui reprochant la trop grande perfection des rapports mère/fils, une  famillesi exemplaire qu’elle en devient agaçante, en somme, Alors stop! Je ne vais plus lire d’autres billets pour le moment. Je veux rester le plus libre et le plus  neutre possible pour continuer ma lecture.
Je m’aperçois brusquement que je ne connais pas encore les résultats: a-t-il eu le prix du Document?
Non!  C’est Emmanuelle Bernheim qui l’a obtenu pour  « Tout s’est bien passé » – Tiens! Sur la mort du père cette fois! Décidément ce thème est à la mode!
Bon! Assez! J’arrête l’ordinateur et je retourne au livre. Voilà longtemps que je n’avais plus disposé d’une journée aussi tranquille que celle qui commence. Je m’enferme dans ma bulle. Seule avec le livre.  Loin de tout et de tout le monde. En apnée! L’idéal!
Alors coup de cœur ou pas? A ce soir!
Will Schwalbe: Le parfum de ces livres que nous avons aimés, (Belfond, 2013, 13 p.)
Traduit de l’américain pa Lyne Strourc
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