Un bien fou, Éric Neuhoff, Grand Prix de l’Académie Française

Un bien fou eric neuhoff pocheUn bien fou Neuhoff

«Je vous préviens: vous n’allez pas aimer. Ça ne fait rien, lisez cette lettre avec attention. Je vous le conseille. Certains détails vont vous intéresser.»

Le narrateur s’adresse à un écrivain américain mythique des années cinquante,  Sebastian Bruckinger, qui,  après un grand succès, se terre désormais chez lui, dans le Vermont.  Ils se sont rencontrés par hasard en Italie  et Maud, sa compagne dont il est très amoureux,  l’a quitté pour ce vieil homme célèbre, très peu sympathique. Naturellement, le souvenir de J.D. Salinger, l’auteur de L’Attrape-cœurs,  s’impose immédiatement. Le narrateur  a décidé de se venger en  faisant publier cette longue lettre dans le New York Times.

«Pas de quartier. Je vais foncer dans le tas. Je serais vous, je ne lirais pas ce qui va suivre. Je dois vous dire ce que j’ai sur le cœur. Grand écrivain, tu parles! Vieux salopard, oui. Je sais, en brisant le silence qui vous entoure, je ne tiens pas ma parole. Mais vous n’avez pas exactement respecté la vôtre non plus.»

Le jeune trentenaire, publicitaire parisien en vogue, est d’autant plus  irrité et dépité qu’il admirait énormément cet auteur et qu’il le trouvait même très agréable avant de découvrir sa duplicité.

«Vous gâcher vos dernières années d’existence me console vaguement. Je vous souhaite de vivre centenaire. Je ne fais pas ça pour l’argent. Je ne suis pas la petite roulure qui a raconté dans ses mémoires comment elle a réussi à baiser avec vous, les six mois qu’elle a passés dans le Vermont quand elle avait à peine dix-huit ans.»

Ce ne serait jamais qu’une histoire d’amour contrarié de plus que j’aurais sans doute abandonnée en cours de lecture si le style ne m’avait pas retenue. Il est sec et léger à la fois, nerveux et efficace. Des petites phrases courtes, une insolence gracieuse, tendre ou cruelle tour à tour, tout le contraire de ce que je recherche chez mes auteurs américains favoris. J’ai longtemps délaissé les romanciers français,  Modiano excepté. J’ai peut-être eu tort! 
Ce roman a reçu le Grand prix du roman de l’Académie française en 2001
J’aimerais lire maintenant La Petite Française, Prix Interallié.

Un bien fou, Éric Neuhoff,  Voir aussi ICI

Eux sur la photo, Hélène Gestern

ImageC’est un très beau premier roman épistolaire que m’a conseillé ma bibliothécaire. « Tous les lecteurs  sont revenus enchantés de leur lecture« . Alors c’est toute affaire cessante que je me suis plongée dans ce roman épistolaire où deux adultes essaient de reconstituer la vie de leurs pères et mères respectifs, reconnus par hasard sur une photo ancienne.
Hélène a perdu sa mère à trois ans et ne sait rien d’elle,  son père et sa belle-mère chérie ayant toujours refusé d’en parler.
C’est pourquoi, une fois adulte, ayant retrouvé, dans des papiers de famille,  une photographie  montrant une belle jeune femme tout sourire  entourée de deux joyeux inconnus, elle lance une petite annonce avec cette image et les deux noms écrits au dos.  Miracle! Elle reçoit une réponse et une correspondance sur plusieurs années commence alors entre elle et Stéphane, un scientifique vivant en Angleterre qui a reconnu son père sur la photo. Il leur faudra du temps pour reconstituer leur histoire car le cœur du problème s’est joué au moment de leur naissance et les découvertes se feront lentement mais sûrement, non pas en comptant sur la mémoire des derniers survivants, tous atteints désormais plus ou moins de confusion mentale, mais grâce  à la photo et à quelques archives. Le passé resurgit dans toute sa violence, bien loin de l’image édulcorée qu’on leur avait imposée mais le présent reprend ses droits, avec des sentiments tout aussi forts.

C’est vrai. On ne m’a pas menti: c’est un très beau premier roman.

Eux sur la photo de Hélène Gestern, premier roman
(arléa, août 2011, 274 pages)

Ce billet  est déjà paru sur mon blog principal:

http://liratouva2.blogspot.fr/2012/10/eux-sur-la-photo-de-helene-gestern.html

Camus, Camus, Camus…

ImageIl y a 100 ans naissait Albert Camus

C’est une journée consacrée à Albert Camus aujourd’hui. Il est né il y a cent ans. J’ai ressorti l’album que la Pléiade lui a consacré . L’iconographie  a été choisie et commentée par Roger Grenier.

En 1924, entré  boursier au lycée d’Alger, à neuf ans, il décrira plus tard dans des notes pour un roman son état d’esprit de cette époque:

 » J’avais honte de ma pauvreté et de ma famille … Et si je puis en parler aujourd’hui avec simplicité, c’est que je n’ai plus honte de cette honte et que je ne me  méprise plus de l’avoir ressentie. Je n’ai connu cette honte que lorsqu’on m’a mis au lycée. Auparavant tout le monde était comme moi et la pauvreté me paraissait l’air même de ce monde. Au lycée, j’ai connu la comparaison. »