Apocalypse sur Carson City,4, Halloween, Griffon, ma BD du mercredi et le challenge Halloween

BD Apocalypse sur Carson City, T4       challenge Halloween 2014

Une série d’horreur et d’humour pour  le challenge Halloween BD de ce mercredi, ça ne pouvait pas mieux tomber mieux, d’autant plus que le tome 4, le dernier sorti, s’intitule «Halloween» car c’est ce jour-là que se déroule toute l’aventure. Elle commence dans un cimetière envahi de morts vivants. On se sent tout de suite dans l’ambiance avec un premier chapitre portant le numéro 13: «La créature du cimetière».

La situation est celle-ci: les trois frères Blackwood, de dangereux gangsters, barricadés dans leur vieux manoir, sont poursuivis par le shérif de Carson City, une ville perdue du Nevada, mais le pire c’est que des morts vivants les menacent aussi. Il leur faut échapper à tout prix à la police et aux zombies.

C’est plus drôle qu’horrible malgré les détails en gros plans: le sang qui coule partout, les visages grimaçants, les hurlements et les cris divers, les morts qui s’accumulent et les sottises de certains « gentils » qui les rendent plus dangereux que tout, comme celles d’Ashley, la pom-pom girl du lycée qui ne « dégage pas assez d’ondes cérébrales pour se faire repérer par les zombies et qui ne comprend pas grand chose à ce qui se passe ».

BD Apocalypse sur Carson City, T4 2

Les planches sont en noir et blanc et font beaucoup d’effet avec de très nombreux détails.
« Un mec qui ouvre une porte me prend déjà une page! » a déclaré Guillaume Griffon, (l’auteur aussi de Billy Wild) qui est à la fois le scénariste et le dessinateur, ce qui lui donne une grande liberté pour la mise en page; Il dit aimer les planches surchargées, le graphisme caricatural, les personnages un peu « cartoon », « des mecs méchants mais qui soient un peu ridicules ».

BD Apocalypse sur Carson City, T4. 3

Les dialogues sont percutants et amusants et renvoient à de nombreuses BD et films célèbres dont j’ignore tout mais, n’empêche, ça ne m’a pas gênée et cette lecture m’a bien amusée malgré certains clichés machos, agaçants parce que trop systématiques mais c’est peut-être la loi du genre?

L’ensemble m’a semblé cependant suffisamment bon enfant pour que je me sente indulgente et de bonne humeur en refermant l’album. Dire que j’attends la sortie du tome 5 avec impatience serait sans doute exagéré mais je lui donne 17 au top de Yaneck, ce qui ne me semblait pas gagné d’avance vu le peu de sympathie que je prends à lire des histoires de zombies. Des sorcières et des maléfices anciens, oui, tant qu’on veut, mais des morts-vivants, non ou alors à petites doses. Mission accomplie avec cet album!

L’avis de Yvan

Apocalypse sur Carson City, 4, Halloween,  Guillaume Griffon(Akileos, septembre 2013, 112 p.)

Top BD Yaneck Yaneck: 17

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Le bouddha de banlieue, Hanif Kureishi

le bouddha de banlieue, Hanif Kureishi

Début du roman:

Je m’appelle Karim Amir et je suis anglais de souche, enfin presque. On me considère souvent comme un drôle d’Anglais, un Anglais un peu bizarre, vu que je suis le fruit de deux vieilles histoires. Mais je m’en moque. Je suis anglais (pas vraiment fier de l’être) et j’habite la banlieue sud de Londres, bien décidé à faire mon chemin. […] je courrais après les ennuis, les coups en tout genre, j’aimais les histoires, et surtout celles de sexe. Il faut préciser que les choses, je ne sais trop pourquoi, étaient dans notre famille d’un morne, d’un lourd, d’un pesant incroyables. Si vous voulez tout savoir, ça me déprimait complètement, si bien que j’étais prêt à n’importe quoi. 

Puis un jour, tout a changé. Le matin, les choses étaient comme ça, et le soir, au moment d’aller au lit, elles étaient différentes. J’avais dix-sept  ans.

Quatrième de couverture:

Londres, fin des années 70. Karim, dix-sept ans, tiraillé par sa double origine, court après les ennuis, le sexe et la gloire. Entre un père indien et sa british de mère, la communauté paki en mal d’intégration et une famille en mal de repères, il peine à se trouver. Jusqu’au jour ou Pa se recycle en gourou New Age, jetant son fils dans la cohue de la vie, le show business et les expériences en tout genre… 
Roman d’éducation up tempo, album de famille loufdingue et chronique sauvage de l’Angleterre métissée : un livre échevelé, irrévérencieux et drôle. Salué par Salman Rushdie. 

C’est un livre que j’ai aimé parce qu’il  ressemble à mes romans préférés qui traitent de saga familiale, de recherche d’identité, sexuelle, culturelle ou ethnique, de choc des cultures, de sexe, d’amour,  d’amitié, de tout ce qui importe le plus au sortir de l ‘adolescence.  Un vrai roman picaresque!  Les critiques disent aussi qu’il ressemble d’assez près  à un roman autobiographique.

On y trouve de tout mais surtout de l’humour, de la légèreté, de l’absurde, de la fantaisie. On va de surprise en surprise mais le fond est sérieux et très actuel. De la banlieue de Londres où vivent les nouveaux immigrés et donc la famille paternelle de Karim jusqu’au bel appartement de West Kensington, en passant par des années de succès artistiques à New York, dans les années soixante dix.

C’est un récit en perpétuel mouvement, à la suite du jeune héros, enfant de divorcés qui, bien que très proche de sa mère anglaise, trop passive, choisit  de suivre son père  appartenant à la communauté indienne de religion musulmane mais qui  en changeant de religion,  devient le «Bouddha de banlieue», d’où le titre. La vie avec lui et sa nouvelle amie anglaise, fantasque et dirigiste à la fois, est bien plus drôle et animée.

Le seul reproche que je lui ferais vient de la fin trop ouverte. On quitte le héros en pleine action, Rien ne lui est encore acquis et les questions à son sujet se bousculent: qui est celle qu’il aime vraiment mais au fait, n’est-il pas définitivement bisexuel?  Après ses succès au théâtre,  continuera-t-il dans cette voie?  Et que deviennent ses amis et  les membres de sa famille? Bref, on les quitte un peu trop brusquement je trouve, signe d’ailleurs qu’ils m’ont tous beaucoup intéressée.

Jouer la comédie est une chose vraiment curieuse. (…)On essaie de convaincre les gens qu’on est quelqu’un d’autre, qu’on n’est pas soi. Mais,  pour arriver  à ce résultat, lorsqu’on incarne un personnage,  qu’on essaie de ne pas être soi,  on doit cependant être totalement soi-même.  Pour rendre plausible  ce non-moi, on doit le dérober à son moi authentique le plus profond. Un faux mouvement, une fausse note, quelque chose de factice et vous apparaissez au public aussi incongru qu’un catholique nu dans une mosquée. Plus on est proche de soi-même en jouant, meilleur on est. Voici le paradoxe des paradoxes: pour réussir à être quelqu’un d’autre, on doit être profondément soi-même. C’est quelque chose que j’ai bien retenu, croyez-moi. 

Le bouddha de banlieue, Hanif Kureishi  Traduit de l’anglais par Michel Courtois-Fourcy (10/18, 1993/2012, 418 pages)

L’auteur: Né à Londres en 1954, de père pakistanais et de mère anglaise.  A fait des études de philosophie au King’s College de Londres.

A signé les scénarios de My Beautiful Laundrette et de Sammy et Rosie s’envoient en l’air, tous deux portés à l’écran parSammy Frey.

Son roman Le bouddha de banlieue a reçu le Whitbread Award du meilleur Premier Roman et a été adapté en série télévisée avec une musique de David Bowie

Sylvie Testud, Le ciel t’aidera

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Roman mais roman autobiographique. Sylvie Testud parle d’elle et de ses moments de folie avant un tournage  de deux mois loin de Paris. Au centre, sa tendance à avoir peur de tout et de rien mais surtout ses crises d’angoisse panique quand elle est seule, chez elle, dans sa vie de tous les jours. Le tout raconté avec le genre d’humour qui lui est bien particulier. Elle sait se moquer d’elle même – en exagérant peut-être un peu? En tout cas elle m’a semblé sincère, marrante, cocasse, farfelue, extrême,  finalement à plaindre: une pauvre petite fille qu’on a envie de rassurer comme on le fait avec les jeunes enfants qui ont peur du noir. D’ailleurs elle commence par une scène clé de son enfance quand, seule à la maison  avec ses sœurs, terrifiées par un coup de sonnette inattendu et insistant, digne du grand méchant loup,  elle  joue à elle seule, pour chasser l’intrus, toute une comédie digne de la future comédienne qu’elle est devenue. « Un moment de fierté. J’avais été grandiose ce jour-là. Mes deux sœurs et moi en avons parlé plus d’une fois. Une coupe à mon armorial!  Un bon point pour moi, pour toute la vie. » 
Adulte, ce sera bien pire. Son imagination lui joue des tours pendables et lui pourrit la vie. Les nouvelles à la télé, le métro la nuit, les rues isolées,  les parkings souterrains, les cambriolages, bientôt ses velux mêmes, tout l’effraie au point de s’ interdire plein de sorties, de cacher des couteaux sous ses oreillers et ses matelas, de se retrouver prisonnière sur son toit, bref  un tas de déboires dérisoires mais très pénibles. Qui n’a jamais connu un seul de ces accès de panique ne peut que difficilement comprendre à quels excès on peut arriver dans ces cas-là. C’est au-delà de tout raisonnement  et le ridicule est vite atteint! 
« Si le courage peut se mesurer à  la peur à surmonter, alors je me proclame la fille la plus courageuse du monde. »
C’est un livre très sympathique qui se lit à toute allure.  Un bon moment de détente.
Le ciel t’aidera, Sylvie Testud, Roman,  (Fayard, 2005, 220 p.)

Dédicace :  A toutes les femmes seules

Exergue:  Si c’est à cause d’une des réalités extérieures que tu t’affliges, ce n’est pas elle qui te trouble, c’est le jugement de valeur que tu portes sur elle.  (Marc Aurèle)