Joyce Maynard, L’homme de la montagne

Joyce Maynard L'homme de la montagneJoyce Maynard

Il y a un peu plus de trente ans, un jour de juin au coucher de soleil – sur un versant de montagne dans le Marin County, Californie -, un homme s’est approché de moi, tenant dans ses mains un bout de corde à piano, avec l’intention de mettre fin à mes jours. J’avais quatorze ans et il avait déjà tué beaucoup d’autres filles. Depuis ce jour, je sais ce que signifie regarder un homme dans les yeux en se disant que son visage est la dernière chose que l’on verra jamais.C’est à ma sœur que je dois d’être ici pour raconter ce qui s’est passé ce soir-là. Par deux fois ma sœur m’a sauvée, alors que moi, je n’ai pas pu la sauve.Voici notre histoire. ( Prologue, p. 11)

Cette histoire justement, c’est celle de Rachel et de Patty, deux sœurs qui s’adorent malgré leurs différences: Patty, la plus jeune, est douée pour le sport, Rachel, la narratrice deviendra écrivain et c’est en tant que telle, une trentaine d’années après les faits  de cette fameuse année 1979, en Californie, qu’elle raconte les meurtres horribles du serial killer de la montagne, poursuivi par leur père, l’inspecteur de police  Torricelli. Plus rien ne sera pareil ensuite, pour elle et sa famille mais l’histoire ne s’arrête pas là puisque la traque de l’assassin ne cessera qu’à la suite de la parution du roman où elle raconte les crimes de celui qui restera connu comme l’Étrangleur du crépuscule.

Ce que j’ai surtout aimé, ce n’est pas le côté policier du roman qui reste secondaire,  mais les liens très fusionnels  entre les sœurs, suite au divorce de leurs parents, distendus cependant quand l’aînée réussit à faire partie de la bande du lycée, la popularité acquise par son père pour ses enquêtes et ses passages à la télévision y étant pour beaucoup. C’est que son père est beau, charmant, sexy et volage tandis que sa mère passe son temps à lire et à se morfondre.

Ce n’est pas un coup de cœur mais c’est un roman très agréable pour les raisons qui me sont très claires maintenant concernant mes préférences pour des lectures distrayantes et faciles.

– Le côté « qui fait peur »  est mis en sourdine bien qu’au cœur de l’intrigue: ( ici, les crimes en cascade par l’homme de la montagne) – Le suspense n’est que moyen, sauf lors d’un passage où j’ai soudain soupçonné le père lui-même.

– L’histoire familiale est plus évoquée que fouillée, voire autopsiée comme si souvent! C’est juste un père trop charmant et charmeur qui oublie de plus en plus souvent de  rentrer chez lui, ce qui cause des ravages évidemment chez sa femme et ses filles.

De nous deux, c’était Patty qui jetait un regard sans concession sur notre père et parlait de lui durement quand elle pensait qu’il faisait souffrir notre mère. Sur certaines choses – par exemple le fait qu’il conduisait une Alfa mais n’avait jamais assez d’argent pour permettre à Patty de se faire arranger ses dents, elle ne disait rien. Mais elle lui reprochait de plus en plus  son incapacité à aider financièrement notre mère et nous et, surtout, ses promesses réitérées de venir nous voir, qu’il ne tenait jamais. Tout en n’abandonnant pourtant pas l’espoir qu’il assisterait un jour, d’un bout à l’autre, à l’un de ses matches de basket.

  – Il est tellement  occupé par son job, disais-je.

  – Tu l’excuses tout le temps.

  – Et toi, tu es méchante.

Je l’aime, protesta-telle. Mais c’est un perdant.

–  Le meilleur du roman  pour moi, cependant,  restera l’analyse  de l’adolescence de ces deux jeunes filles à cette époque et à  cet endroit-là. C’est finement évoqué, sans lourdeur,  avec le ton juste et la  légèreté qui conviennent dans un contexte suffisamment pesant et dramatique par ailleurs!

Un bon choix de lecture. A conseiller!

Joyce Maynard, L’homme de la montagne
(Philippe Rey, roman, août 2014, 320 pages)
After Her, 2013) Traduit de l’anglais (États-Unis) par Françoise Adelstain
challengerlentrée littéraire2014
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