Henry James, Les Européens

Henry james Les Européens
De cet auteur, j’ai tout d’abord lu et étudié  Ce que savait Maisie et c’est par ce roman que je l’ai découvert puis aimé.  Des deux autres lus par la suite: les Bostoniennes et les Ambassadeurs, j’ai préféré le premier, plus vif et plus facile à suivre; enfin j’ai admiré sa fameuse nouvelle Le Tour d’écrou, à mon grand étonnement, moi qui ai du mal à apprécier ce genre!
J’étais donc sûre de  tomber une fois de plus sous le charme du dernier récit que je viens de terminer, un peu jauni parce que trouvé à la bibliothèque avant que ces vieux livres  de Poche ne disparaissent des rayons au profit des derniers volumes flambant neufs qui ont sûrement plus d’allure dans une salle à peine rénovée mais quel dommage cependant! C’est ainsi que les titres de XIXe siècle disparaissent presque complètement des salles de lecture.
 
« Les Européens »  donc!  De quoi s’agit-il?  D’un frère et d’une sœur, américains d’origine,  mais ayant vécu en Angleterre, dans la première  moitié du XIXe siècle, vers 1840, qui rendent visite à leurs cousins de Boston.
Ceux-ci sont riches mais très puritains. Leur vie est morne,  simple et ennuyeuse tandis  que celle de leurs cousins leur semble  étonnante, voire éblouissante pour certains, trop frivole pour d’autres.  Félix , le frère, est un  peintre un peu bohème, léger et  toujours de bonne humeur. Il a suivi sa sœur, Eugénie, une baronne que son mari veut répudier et qui cherche  une personne riche pour le remplacer mais c’est une mondaine et l’austérité de sa famille américaine ne lui convient guère.
La vie des Américains, sera  bouleversée, quant à elle, par ces nouveaux arrivants et quand la baronne Eugénie repartira pour l’Europe, de nouvelles unions, inattendues pour certaines, se seront formées. Rien ne sera plus pareil.
C’est une lecture très agréable. J’ai beaucoup aimé le début, avec la connaissance de la famille américaine , le bon Mr. Wentworth et ses filles, Charlotte et Gertrude, si différentes l’une de l’autre  et tous leurs amis. La fin m’a semblé un peu longue dès que j’ai commencé à deviner la suite des événements mais il me semble que  je chipote là!
P.66, l’arrivée des Européens dans la famille américaine
L’arrivée de Félix et de sa sœur était pour eux une satisfaction, mais singulièrement dénuée de joie et de légèreté. C’était une extension de leurs devoirs, de l’exercice de leurs plus authentiques vertus; mais ni Mr Wentworth, ni Charlotte, ni Mr. Brand qui était parmi ces excellentes gens, un grand inspirateur de réflexions morales et de bonnes résolutions ne considérait l’événement comme une extension des agréments de leur existence. Ce point de vue était celui de la seule Gertrude Wentworth, fille assez originale mais dont l’originalité ne s’était pas manifestée dans toute son ampleur avant d’en avoir trouvé l’occasion dans la présence de ces étrangers, peut-être trop charmants. 
 
Mon autre blog: ICI
 
Les Européens, Henry James, 
Traduit de l’anglais par Denise Van Moppès
1878/1955 pour la traduction,
(Poche: Points, 236 pages)

Faillir être flingué, Céline Minard, Prix Inter 2014

Céline Minard faillir être flingué

Un livre superbe que je ne suis pas près d’oublier! Et pourtant, si j’ai vu beaucoup de westerns et si j’aime encore les regarder, c’est le premier roman de ce genre que je découvre. Je l’aurais su avant, je crois que je ne l’aurais pas choisi de peur de m’ennuyer parce que, curieusement, il me semblait que les cavalcades et les affrontements hommes blancs/ Indiens, les arrivées en chariots des émigrants dans les immenses espaces sauvages à couper le souffle de l’Ouest américain étaient plus propres à être vus que lus. C’était une erreur. J’ai aimé ce roman des origines à l’égal des meilleurs «Nature Writing» lus ces derniers temps, (merci Keisha!) Je découvre par là-même une romancière que je veux absolument mieux connaître car j’apprécie sa manière d’écrire à la fois sobre et inspirée mais d’un lyrisme réaliste très maîtrisé. Elle dit juste ce qu’il faut sans partir dans de grandes envolées mystiques ou poétiques, sans perdre en route son lecteur. Le récit s’organise autour de faits et de détails très précis et concrets. On s’y croit. Les personnages sont nombreux, variés, attachants: Josh, le fils si fantasque, Brad et Jeffrey, si déterminés, les premiers, qui enterrent leur aïeule en cours de route, Xiao Niù, la gamine, Sally, la tenancière du bordel, énergique et efficace, Zébulon, le bon négociant courageux, et tellement d’autres mais il faut bien les cerner dès le départ sinon on risque de s’y perdre au début. Le rythme, qui m’a paru un peu se ralentir au milieu, repart de plus belle par la suite avec des épisodes de toute beauté. Le début est magnifique, la fin très réussie.

Ce livre a reçu le prix Inter. Comment s’en étonner?

Le chariot n’en finissait plus d’avancer. La grand-mère à l’arrière criait de toutes ses forces contre la terre et les cahots, contre l’air qui remplissait encore ses poumons. » (Première phrase)
Et dans le bar surpeuplé il raconta comment il avait vu sortir des rotatives les milliers d’oiseaux blancs, ô future vigueur, qui allaient envahir le continent. (fin)

Billets de Jérôme, Hélène, et plein d’autres sur Babelio…

Billet sur autre blog: ICI

Faillir être flingué, Céline Minard, Prix du livre Inter 2014
(Rivages, juin 2013, 326 p.)

Un bien fou, Éric Neuhoff, Grand Prix de l’Académie Française

Un bien fou eric neuhoff pocheUn bien fou Neuhoff

«Je vous préviens: vous n’allez pas aimer. Ça ne fait rien, lisez cette lettre avec attention. Je vous le conseille. Certains détails vont vous intéresser.»

Le narrateur s’adresse à un écrivain américain mythique des années cinquante,  Sebastian Bruckinger, qui,  après un grand succès, se terre désormais chez lui, dans le Vermont.  Ils se sont rencontrés par hasard en Italie  et Maud, sa compagne dont il est très amoureux,  l’a quitté pour ce vieil homme célèbre, très peu sympathique. Naturellement, le souvenir de J.D. Salinger, l’auteur de L’Attrape-cœurs,  s’impose immédiatement. Le narrateur  a décidé de se venger en  faisant publier cette longue lettre dans le New York Times.

«Pas de quartier. Je vais foncer dans le tas. Je serais vous, je ne lirais pas ce qui va suivre. Je dois vous dire ce que j’ai sur le cœur. Grand écrivain, tu parles! Vieux salopard, oui. Je sais, en brisant le silence qui vous entoure, je ne tiens pas ma parole. Mais vous n’avez pas exactement respecté la vôtre non plus.»

Le jeune trentenaire, publicitaire parisien en vogue, est d’autant plus  irrité et dépité qu’il admirait énormément cet auteur et qu’il le trouvait même très agréable avant de découvrir sa duplicité.

«Vous gâcher vos dernières années d’existence me console vaguement. Je vous souhaite de vivre centenaire. Je ne fais pas ça pour l’argent. Je ne suis pas la petite roulure qui a raconté dans ses mémoires comment elle a réussi à baiser avec vous, les six mois qu’elle a passés dans le Vermont quand elle avait à peine dix-huit ans.»

Ce ne serait jamais qu’une histoire d’amour contrarié de plus que j’aurais sans doute abandonnée en cours de lecture si le style ne m’avait pas retenue. Il est sec et léger à la fois, nerveux et efficace. Des petites phrases courtes, une insolence gracieuse, tendre ou cruelle tour à tour, tout le contraire de ce que je recherche chez mes auteurs américains favoris. J’ai longtemps délaissé les romanciers français,  Modiano excepté. J’ai peut-être eu tort! 
Ce roman a reçu le Grand prix du roman de l’Académie française en 2001
J’aimerais lire maintenant La Petite Française, Prix Interallié.

Un bien fou, Éric Neuhoff,  Voir aussi ICI

Buvard, Julia Kerninon

Buvard Julia Kerninon

Tant de blogs et d’articles de journaux encensent ce premier roman de Julia Kerninon que  c’est avec curiosité,  envie d’ un coup de  cœur et crainte d’une grosse déception que j’ai commencé ce livre.

Conclusion: je n’ai pas été déçue (j’ai aimé ce récit frémissant et tendu) –  Pas totalement éblouie non plus  (je ne me suis pas sentie assez proche des personnages)  mais admirative certainement,  devant une telle maîtrise de la composition et un style aussi précis qu’imagé,  sec et  nerveux à la fois. Ce que j’ai préféré plus que tout dans ce roman? Que la lecture et l’écriture soit si intensément  au centre du récit.

De quoi s’agit-il ? D’un rencontre entre deux êtres à l’enfance malmenée et misérable qui s’en sortent par l’écriture,  la lecture, l’imagination, la création et qui passent deux mois d’été  ensemble, seuls dans la  propriété anglaise de Caroline N. Spacek,  écrivaine célèbre  de 39 ans qui vit là en recluse et qui,  contrairement à son habitude, a accepté d’être interviewée parLou, un jeune étudiant  de 24 ans qui vient de lire son œuvre intégrale.  Elle aura besoin de neuf semaines pour terminer le récit de sa vie qu’elle enregistre au dictaphone, en présence d’un Lou ébloui et reconnaissant.

J’étais en train de finir mon dernier (roman) quand mon amant, Piet, m’avait pris dans ses bras pour me demander  ce qui m’arrivait – et c’était tellement difficile à expliquer que j’avais commencé à penser qu’il faudrait que je trouve un moyen de parler à Caroline N. Spacek. Lui faire ouvrir les doigts. Savoir ce qu’elle dissimulait au creux de sa paume.

Il ne s’attendait pas à trouver une personnalité aussi forte et fragile à la fois, si proche de lui par certains côtés mais si meurtrie, si entière et si mystérieuse.  Le dernier paragraphe  est révélateur de ce qui lui arrive peut-être par la suite  mais que faut-il comprendre exactement? [Suite blanchie pour  ne pas spoiler]  (Ces fils barbelé électrifiés, ces chiens affamés?)  Qui veut bien m’en donner sa version?

Ce livre a reçu le Prix Françoise Sagan. 

Buvard. Une biographie de Caroline N. Spacek.  Julia Kerninon, (La brune au Rouergue,  2014, 200 pages)

Billet d’origine ICI

La passion, Jeanette Winterson, Challenge « Le mois anglais », saison 3

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Jadore la nuit. Dans le temps, à Venise, quand nous avions notre propre calendrier et que nous nous tenions à l’écart du monde, nous commencions à vivre la nuit. A quoi nous servait le soleil puisque notre commerce, nos secrets et notre diplomatie dépendaient de l’obscurité? Dans le noir on est comme déguisé, or c’est la ville des déguisements.
«L’Empereur» et «La Dame de Pique», ainsi se nomment les deux premières parties de ce second roman de Jeanette Winterson,  l’une des grandes romancières anglaises du moment. D’un côté,Napoléon, son Empire,  ses folies guerrières, sa passion du commandement, de l’autre, Venise et ses amours nocturnes, androgynes, cachés, masqués, interdits.    La passion est celle que vivent deux êtres étranges dans cette Europe dévastée par les guerres napoléoniennes, entre les incendies, la neige et les milliers de morts de la Retraite de  Russie et le jeu, les masques et les folies des nuits vénitiennes de cette époque. Ce livre n’est cependant pas un roman historique,  mais davantage une histoire fabuleuse  d’amour fou, infiniment réaliste et mystérieusement romantique à la fois.
Henri, le tout jeune cuisinier attitré de l’Empereur, subjugué par lui avant de le haïr  au milieu des  incendies et de la peste qui dévastent tout Moscou , tombe   éperdument amoureux de  Villanelle, la fille d’un batelier vénitien, née avec des pieds palmés,  elle-même follement éprise de la mystérieuse Dame de Pique qui lui a volé son cœur. Elle n’aura de cesse de la poursuivre avec Henri, son amoureux transi, pour récupérer ce cœur injustement volé.
Le résumé trahit la complexité mais aussi la beauté de l’histoire, pleine de péripéties et de rêve où s’entremêlent passion, jeu, folie, travestissement, androgynie, mythe, références historiques et littéraires puisque selon l’éditeur ce récit est un hommage à ceux d’Oscar Wilde et de Virginia Woolf.  Quoi qu’il en soit , c’est un roman que j’aime beaucoup et qui m’incite à poursuivre ma découverte de  Jeanette Winterson,peut-être avec son autobiographie: Pourquoi être heureux quand on peut être normal?  
La passion, Jeanette Winterson (éditions de l’Olivier, 2013, 214 p.) Traduit de l’anglais par Isabelle D. Philippe, ( 1987)
Ici également

Nouvelle participation au mois anglais de Lou, Cryssilda et Titine. 

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Sylvie Testud, Le ciel t’aidera

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Roman mais roman autobiographique. Sylvie Testud parle d’elle et de ses moments de folie avant un tournage  de deux mois loin de Paris. Au centre, sa tendance à avoir peur de tout et de rien mais surtout ses crises d’angoisse panique quand elle est seule, chez elle, dans sa vie de tous les jours. Le tout raconté avec le genre d’humour qui lui est bien particulier. Elle sait se moquer d’elle même – en exagérant peut-être un peu? En tout cas elle m’a semblé sincère, marrante, cocasse, farfelue, extrême,  finalement à plaindre: une pauvre petite fille qu’on a envie de rassurer comme on le fait avec les jeunes enfants qui ont peur du noir. D’ailleurs elle commence par une scène clé de son enfance quand, seule à la maison  avec ses sœurs, terrifiées par un coup de sonnette inattendu et insistant, digne du grand méchant loup,  elle  joue à elle seule, pour chasser l’intrus, toute une comédie digne de la future comédienne qu’elle est devenue. « Un moment de fierté. J’avais été grandiose ce jour-là. Mes deux sœurs et moi en avons parlé plus d’une fois. Une coupe à mon armorial!  Un bon point pour moi, pour toute la vie. » 
Adulte, ce sera bien pire. Son imagination lui joue des tours pendables et lui pourrit la vie. Les nouvelles à la télé, le métro la nuit, les rues isolées,  les parkings souterrains, les cambriolages, bientôt ses velux mêmes, tout l’effraie au point de s’ interdire plein de sorties, de cacher des couteaux sous ses oreillers et ses matelas, de se retrouver prisonnière sur son toit, bref  un tas de déboires dérisoires mais très pénibles. Qui n’a jamais connu un seul de ces accès de panique ne peut que difficilement comprendre à quels excès on peut arriver dans ces cas-là. C’est au-delà de tout raisonnement  et le ridicule est vite atteint! 
« Si le courage peut se mesurer à  la peur à surmonter, alors je me proclame la fille la plus courageuse du monde. »
C’est un livre très sympathique qui se lit à toute allure.  Un bon moment de détente.
Le ciel t’aidera, Sylvie Testud, Roman,  (Fayard, 2005, 220 p.)

Dédicace :  A toutes les femmes seules

Exergue:  Si c’est à cause d’une des réalités extérieures que tu t’affliges, ce n’est pas elle qui te trouble, c’est le jugement de valeur que tu portes sur elle.  (Marc Aurèle)

Maine, J. Courtney Sullivan

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Après avoir beaucoup aimé Les débutantes, le premier roman de J. Courtney Sullivan,  c’est avec un grand plaisir que j’ai lu  Maine,  son  second ouvrage et que je lirai  le troisième qui vient de sortir: Les liens du mariage. J’aime les thèmes choisis, le style et les  personnages.
Cette  histoire de famille sur trois générations,  autour d’une belle propriété familiale de vacances, à Cape Neddick, dans le Maine, m’a passionnée.
Au départ comme à la fin,  il y a Alice, la mère et la grand-mère qui accueille  tour à tour chaque été ses enfants et petits enfants  dans sa maison si convoitée. A quatre-vingt-trois ans, veuve et solitaire pendant le reste de l’année, elle s’est rapprochée du jeune père Donnelly, très dévoué à la paroisse auquel elle vient de léguer toute sa propriété sans même avertir ses enfants. Les fermetures de plusieurs églises voisines l’ayant bouleversée, elle espère ainsi contribuer  à sauver la sienne.
C’est l’intrigue principale qui se déroule du mois de mai au moment où cette décision a été prise jusqu’au 15 août suivant, jour de l’Assomption quand Alice, la mauvaise mère, la belle méchante agaçante personne se retrouve seule à prier dans son église.
Entre temps on aura connu et suivi les vies de ses enfants, essentiellement   celles de Kathleen, sa fille mal aimée qui vit loin d’elle, avec son second mari, dans sa ferme d’élevage de  vers de terre,  Maggie, la fille de celle-ci, la douce  qui pleure le départ de son ami, enceinte d’un enfant qu’elle décide de garder, celle aussi de Ann Marie, sa belle fille, l’impeccable,  l’irréprochable, qui s’occupe de tout et de tous et qui vient d’être choisie pour la finale des Maisons de poupées, ce dont elle est très fière.
On se doute bien que la découverte de la perte de la maison  et du cottage du Maine où ils aimaient se retrouver chaque été aura des conséquences terribles pour chacun d’entre eux et on attend avec impatience leurs retrouvailles. L’attente est longue un peu trop parfois mais rien n’aurait pu m’empêcher d’aller jusqu’au dénouement, cette famille étant presque devenue la mienne le temps de ma lecture. De surprises  en révélations sur les uns et les autres, je n’ai vraiment pas été déçue.
J’ai aimé. Beaucoup
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Maine, J. Courtney Sullivan
Camille Lavacourttraductrice
Poche, 2011, 600 p. Date de parution: 30/4/2014
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Deuxième participation au challenge de Bianca: Un pavé par mois

Tangente vers l’est, Maylis de Kerangal, un voyage dans le Transsibérien

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Pour qui aime les romans courts, ce récit d’un long voyage d’un bout à l’autre de la Russie par leTranssibérien semblera un echantement. Le style est agréable, lyrique et précis à la fois. L’histoire est des plus simples. Deux inconnus, parfaitement étrangers l’un à l’autre doivent, par la force des choses, partager le même compartiment durant tout le trajet. Ce ne sera pas une mince affaire. L’une est une  française de 35 ans, meurtrie et déçue par son amour russe  rencontré à Paris; l’autre,  un  jeune déserteur traqué par la police de son pays. Leur cohabitation ne sera pas facile. Tout les oppose.

Arriveront-ils ensemble à Vladivostok, «la piste de la liberté qui donnait sur l’océan »?

C’était une lecture rapide et agréable qui a juste manqué d’un peu plus d’épaisseur pour me plaire vraiment. 

Maylis de KerangalTangente vers l’est – ( Verticales, Gallimard, janvier 2012, 136 p.) Prix Landerneau 2012

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Danièle Sallenave et Maylis de Kerangal ont partagé la même cabine du transsibérien entre Novossibirsk et Vladivostok. Chacune en a ramené un livre. « Sibir » pour l’une et  « Tangente vers l’est » pour l’autre. Ces deux romancières faisaient partie en juin 2010 d’une opération  « Transsibérien des écrivains » dans le cadre de l’année France-Russie, réunissant une douzaine d’écrivains, de Patrick Deville à Eugène Savitskaya en passant par Mathias Enard, Dominique Fernandez, Sylvie Germain. (Nouvel Obs)

Eux sur la photo, Hélène Gestern

ImageC’est un très beau premier roman épistolaire que m’a conseillé ma bibliothécaire. « Tous les lecteurs  sont revenus enchantés de leur lecture« . Alors c’est toute affaire cessante que je me suis plongée dans ce roman épistolaire où deux adultes essaient de reconstituer la vie de leurs pères et mères respectifs, reconnus par hasard sur une photo ancienne.
Hélène a perdu sa mère à trois ans et ne sait rien d’elle,  son père et sa belle-mère chérie ayant toujours refusé d’en parler.
C’est pourquoi, une fois adulte, ayant retrouvé, dans des papiers de famille,  une photographie  montrant une belle jeune femme tout sourire  entourée de deux joyeux inconnus, elle lance une petite annonce avec cette image et les deux noms écrits au dos.  Miracle! Elle reçoit une réponse et une correspondance sur plusieurs années commence alors entre elle et Stéphane, un scientifique vivant en Angleterre qui a reconnu son père sur la photo. Il leur faudra du temps pour reconstituer leur histoire car le cœur du problème s’est joué au moment de leur naissance et les découvertes se feront lentement mais sûrement, non pas en comptant sur la mémoire des derniers survivants, tous atteints désormais plus ou moins de confusion mentale, mais grâce  à la photo et à quelques archives. Le passé resurgit dans toute sa violence, bien loin de l’image édulcorée qu’on leur avait imposée mais le présent reprend ses droits, avec des sentiments tout aussi forts.

C’est vrai. On ne m’a pas menti: c’est un très beau premier roman.

Eux sur la photo de Hélène Gestern, premier roman
(arléa, août 2011, 274 pages)

Ce billet  est déjà paru sur mon blog principal:

http://liratouva2.blogspot.fr/2012/10/eux-sur-la-photo-de-helene-gestern.html

Loving Frank, Nancy Horan

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Je termine ce livre  bouleversée après être passée par toute la gamme possible des réactions d’une lectrice lambda qui, tout en connaissant l’architecte Frank Lloyd Wright et ses belles réalisations, ignorait tout de sa vie privée. Autant dire que  je suis passée par bien des émotions  durant la lecture de ces 540 pages (Buchet/Chastel éd.). Tout d’abord, j’ai failli abandonner dès la première partie  tellement l’histoire de l’infidélité du couple Frank Lloyd Wright et Mamah  Borthwick Chesney, chacun marié de son côté avec 9 enfants à eux deux, me semblait convenue et  désormais banale mais l’intérêt est venu dès leur fuite en Europe et s’est accru avec la rencontre entre Mamah et la féministe suédoise  Ellen Key  dont elle voulait devenir la traductrice au point de ne pas suivre son  amant lors de son retour en Amérique. Quant à la troisième partie,  le divorce de Mamah  et les retrouvailles avec ses enfants, la construction de Taliesin, leur maison commune à elle et  Frank mais près de la famille de celui-ci et la fin surtout, je l’ai trouvée d’une grande intensité dramatique. J’ai avalé ce récit, le cœur battant,  d’autant plus que je savais l’histoire  vraie  puisque,  comme journaliste, la romancière avait fait de sérieuses recherches avant de se lancer dans son récit.

La grandeur de ce roman tient avant tout pour moi au fait que ce ne soit pas une simple histoire d’amour contrarié, violemment rejeté par la société et la presse de l’époque mais c’est surtout l’évocation plus ample de la difficulté d’être une femme libre en ces premières années du XXe siècle qui est au centre du récit.

J’ai longtemps été partagée  entre deux sentiments contradictoires: le rejet et l’agacement devant la légèreté des personnages quant à l’abandon de leurs enfants. Ceux de Mamah n’avaient alors que deux et sept ans si je me souviens bien. Pour moi, il n’y a rien à faire, excuser un tel comportement m’est difficile. D’un autre côté j’ai admiré la prise de position féministe qu’elle a adoptée par la suite et son courage  pour affronter tous les moments de détresse éprouvés au cours des nombreuses épreuves   vécues dans la solitude la plus complète. Le personnage de Frank Lloyd Wright ne sort d’ailleurs  pas grandi de cette histoire  me semble-t-il. Je l’ai ressenti comme trop  égoïste et léger  pour être attachant. Ceci dit, j’ai beaucoup aimé ce livre et je vais poursuivre avec quelques recherches sur  ces personnalités  remarquables mais fragiles aux destins si tragiques .

C’est une lecture commune avec Enna  , Jules, Sylire et Sophie/Vicim

Loving Frank par Nancy Horan (Buchet-Chastel, Traduit de l’américain par Virginie Buhl 2007/2009, 540 p) Titre original: Random House

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