
A défaut de BD, un jeu littéraire vu ailleurs
Faute de temps et de sérénité pour écrire de vrais billets sur mes lectures du moment, je vais suivre une proposition qui me séduit. Il s’agit d’un défi peu contraignant, juste ce qu’il me faut.
Les règles de ce jeu littéraire trouvé chez Littér’auteurs et inspiré par les « Exercices de style « de Raymond Queneau sont ici mais je ne sais pas exactement qui a lancé ce jeu en premier. Pour ma part, je le découvre.
Il s’agit d’écrire sur le vif, avec moins de 100 mots, (soit la taille d’une page d’un petit carnet) sur un thème imposé au jour le jour Ici en rapportant des éléments réels de sa journée, sans en inventer ni se référer à un jour antérieur, tout en suivant la thématique de la date correspondante.
Je me lance!
Aujourd’hui, 7 janvier: Surprise. Milieu de la nuit: J’ouvre un livre que je dois rendre aujourd’hui même à la bibliothèque. Les premières pages me plaisent beaucoup. Réussirai-je à le finir? (28 mots)
Début du livre: » Étrange que les bienfaiteurs de l’humanité soient des gens amusants. En Amérique du moins, c’est souvent le cas. Celui qui veut gouverner le pays doit d’abord le divertir. Durant la guerre de Sécession, les gens se plaignaient des histoires drôles de Lincoln. Peut-être sentait-il que le sérieux était bien plus dangereux que n’importe quelle blague. Mais les critiques le disaient puéril et son propre secrétaire à la Guerre le traitait de singe. »
Bonne année (Mieux vaut tard que jamais) ou mon acte de contrition
Mes meilleurs vœux à tous!
L’agitation des dernières semaines s’apaisant, voici venu pour moi le moment de souhaiter une très bonne année à tous les amoureux de la lecture sous quelque forme que ce soit: papier, numérique, audio, BD.
On n’ a que l’embarras du choix désormais!
Je commence d’ailleurs la journée en apprenant une bonne surprise, en passant chez Papillon: la sortie du livre d’Angela Morelli, incontournable et immense star de mes tâtonnants débuts bloguesques. C’était une pile de bonne humeur assurée!
Pour ma part, je croule sous le nombre de livres lus ces deniers jours de décembre sans possibilité d’écrire de billets et je trouve ça rageant car je n’éprouve aucun plaisir à revenir en arrière : ça fait trop pensum de pensionnat et 7 ans de pension ne s’oublient jamais facilement!
Mais ce que je ne me pardonne pas, en revanche, c’est de n’avoir pas trouvé suffisamment de temps pour répondre aux commentaires et même aux mails reçus qui pourtant m’ont tous fait tellement plaisir: signe qu’on ne m’oublie pas trop durant mon long silence dû à des surcharges familiales, positives mais exigeantes quant à la gestion des horaires et du temps libre, ce qui m’empêche toutes flâneries, rêveries, farniente, bref tout ce que j’aime en réalité!
D’où cet acte de contrition (un vieux mot qui m’est soudain revenu, je ne sais par quelle magie car il y a bien longtemps que je ne l’ai plus utilisé!) J’aurais voulu répondre à tous et passer chez tous les blogs que j’aime et pas seulement en coup de vent et en silence comme je l’ai fait, sans entendre au loin ou au T°, ce sacro-saint leit motiv: « Maman, tu viens? » ou « Mais qu’est-ce que tu fais? « . Et oui on a besoin de moi, je suis indispensable en ce moment encore et ça devrait me flatter mais patience, ça passera!
Je continue à suivre l’évolution de la blogo suffisamment pour y noter les changements, les départs, les arrivées, les cris d’alarme ou d’enthousiasme, les mises en garde, les prochaines parutions, les coups de cœur. Mon carnet s’alourdit de livres à lire avec, entre parenthèses, les noms de ceux qui les ont conseillés. Je voudrais pouvoir les citer tous mais bon il me faut rester raisonnable et me contenter de remercier ceux qui me font vibrer avec de nouveaux titres d’autant plus alléchants qu’inabordables pour moi en ce moment.
Juste un espoir à formuler niveau blog et littérature: Que cette année soit encore meilleure que la précédente si possible! 2014 restera quand même l’année de notre prix Nobel et justement, je termine « Des inconnues », trois vies de jeunes filles, évanescentes bien entendu. C’est nostalgique et plus triste que d’habitude, je trouve, mais avec toujours le charme fou de Modiano et je me régale.
Bien avec vous.
Joyeux Noël à tous …
Bulles et Nacelles de Renaud Dillies,
Une BD que j’ai beaucoup aimée sur la solitude de l’artiste, le vertige de la page blanche, le manque d’inspiration, les rêveries au quotidien, la fantaisie, le tout raconté par Charlie, la souris, ou « Les vicissitudes du muridé solitaire »! 
Henry James, Les Européens
Une journée à l’Abbaye des Vaux-de-Cernay, en vallée de Chevreuse et Ronsard: « Il ne faut espérer être parfait au monde. »
Du monastère au mariage people! Ainsi va le monde.
Victor Hugo, Swysen, ma BD du mercredi
Une biographie de Victor Hugo sous forme de BD, quelle entreprise et quel courage pour résumer une vie aussi longue, aussi mouvementée et aussi bien remplie que celle de cet auteur qui a eu droit à un hommage national monumental à sa mort et les honneurs du panthéon! Il a fallu deux années à Bernard Swysen pour réaliser ce travail ambitieux très réussi!
Tout me semble satisfaisant: la lecture en est aisée, les vignettes savent rester modestes, les citations ne sont pas négligées, les dessins me séduisent grâce à leur réalisme honnête, le tout mettant vraiment en valeur ce qui en fait l’essentiel à mes yeux: après une évocation aussi étoffée de la vie du grand homme, l’envie de mieux le connaître encore en continuant à découvrir de nouveaux ouvrages et à relire encore et toujours ses poèmes. Evidemment c’est aussi la limite d’une telle entreprise, ce petit côté didactique qui transparaît parfois mais c’est aussi sa force et j’aurais aimé pouvoir m’en servir durant mes études, du moins dans un premier temps.
C’est un excellent travail et un bel hommage à un de nos plus grands auteurs.
J’admire.
Le manteau de Greta Garbo, Nelly Kaprièlian
Le point de départ de ce travail de 280 pages qui se dit roman mais qui, pour moi, n’est qu’un essai raté n’est autre que l’achat par l’auteur, journaliste et critique littéraire, d’un manteau rouge ayant appartenu àGreta Garbo lors de la vente aux enchères, en décembre 2012, à Los Angeles, de la garde-robe de l’icône la plus secrète de l’histoire du cinéma… Huit cents pièces.
L’argument m’intéressait mais très vite, au bout de quelques pages, le récit tourne au bric-à-brac et part dans tous les sens. Je m’y suis perdue et l’ai terminé en lecture rapide. Pourtant, une fois de plus, la quatrième de couverture était alléchante, en affichant les questions auxquelles le livre souhaitait répondre. Les voici dans leur intégralité :
- Les vêtements d’une femme peuvent-ils raconter une vie, éclairer ses mystères ?
- Pourquoi Greta Garbo achetait-elle des centaines de robes alors qu’elle n’en portait aucune, ne se sentant bien que dans des tenues masculines ?
- S’habille-t-on pour se travestir et se mettre en scène dans un rôle rêvé ?
- Pour donner une image de soi acceptable ou démentir une place assignée ?
- Pour séduire ou pour déplaire ?
- Se fondre dans une société ou s’y opposer ?
- Quels désirs secrets et enfouis, quelles pulsions obscures et inavouables fondent notre goût, notre style ?
- Et moi-même, pourquoi avais-je acheté lors de cette vente, le manteau rouge de Greta Garbo, alors qu’il n’était pas mon genre ?
Suit cet aveu : Ce qui devait être un essai s’est peu à peu mué en roman : les vêtements racontent ces fictions que sont nos identités et donnent à lire les narrations, souvent mystérieuses, que sont nos vies.
Beau programme!
Si seulement la promesse avait été tenue d’en faire un roman, un récit, pour retenir l’intérêt du lecteur par un vrai fil conducteur mais j’ai vite grimacé devant la bouillie que l’on m’offrait en fin de compte: tout un mélange d’anecdotes, de réflexions philosophiques, de souvenirs personnels, de retour à Greta Garbo, mais aussi une sorte de panorama d’actrices avec leurs meilleures parures, leurs couturiers, leurs biographies, leurs solitudes, leurs postérités. On y trouve aussi de longues citations comme celle de l’interview de Jean-Jacques Schuhl sur les travestis et le retour au religieux– tout ça pour conclure qu’on est en plein dans une crispation de l’identité à l’époque actuelle.
Beaucoup de ces passages sont intéressants en eux-mêmes mais la lecture de l’ensemble m’a paru très fatigante.
Vraiment dommage!
Le manteau de Greta Garbo, Nelly Kaprièlian, roman, Grasset, septembre 2014, 286 p.
Bourbon Street, 1, 2, Charlot et Chabert, ma BD du mercredi
Ce diptyque raconte l’histoire d’un quatuor de vieux musiciens de jazz de la Nouvelle Orléans, qui après avoir connu le succès dans les années quarante, essaie de reconstituer leur groupe en 1997 pour s’exhiber à nouveau dans les cabarets de leur ville mais Cornélius, leur trompettiste fétiche, ne veut plus jamais jouer depuis la mort accidentelle d’Angelina, la femme qu’il devait épouser. C’est lui le responsable du drame et c’est pourquoi il a disparu pendant une cinquantaine d’années. Il faudra tout un concours de circonstances pour qu’il accepte de reprendre sa trompette, sous l’influence du fantôme d’Amstrong, revenu le soutenir.
C’est très beau, magnifiquement dessiné. J’aime cette ambiance de jazz d’avant-guerre souvent évoquée ici. Les détails très réalistes évoquent bien l’ atmosphère d’alors dans cette ville torride et pauvre, gangrenée par le racisme le plus improbable mais d’une énergie à toute épreuve. Il ne me manquait que la musique mais le dernier album refermé, j’ai voulu écouter une fois encore les principaux standards d’Amstrong évoqués ici. Un beau moment.

L’écrivain national, Serge Joncour, roman de la rentrée littéraire 2014
Ce séjour promettait d’être calme. C’était même l’idée de départ, prendre du recul, faire un pas de côté hors du quotidien. En acceptant l’invitation, je ne courais aucun risque, la sinécure s’annonçait même idéale, un mois dans une région forestière et reculée, un mois dans une ville perdue avec juste ce qu’il faut de monde pour ne pas craindre d’être seul, tout en étant royalement retiré, ça semblait rêvé.
Telle est l’intention de Serge, l’écrivain national, en arrivant dans cette région du Morvan, où l’attendent le maire, un couple de libraires et les lectrices du coin pour y animer des ateliers d’écriture et participer à des rencontres culturelles dont il serait le centre mais … pas une seconde je n’imaginais que le doux séjour puisse virer au cauchemar, pas une seconde je ne pouvais imaginer que tout bascule au point de sombrer dans la folie des pires dérèglements. Oui, sans ce fait-divers à quelques kilomètres de là, tout se serait parfaitement passé.
Il y a de tout dans ce roman qui, de récit pseudo biographique sur la vie un peu morne mais parfois aussi loufoque d’un auteur exhibé partout en vedette locale, vire soudain au polar et devient même très sentimental à partir du moment où l’écrivain voit la photo de Dora sur le journal local. Elle lui plaît immédiatement et avec elle, tout s’embrase. il en oublie sa mission d’auteur et arrive en retard et dans un état désastreux partout où il est attendu ce qui lui vaut peu à peu la méfiance, la réprobation et jusqu’au sarcasme de ses fidèles admirateurs. Il est sans cesse attiré par un coin au plus profond de la forêt ténébreuse où s’est déroulé le drame de la disparition d’un vieil homme riche que l’on soupçonne tué par ses locataires, ses seuls voisins dans cet endroit désert, deux jeunes émigrés de l’est. L’homme sur lequel on a retrouvé l’argent du vieillard est désormais en prison mais l’autre, c’est cette Dora, qui hante les pensées de l’écrivain, malgré les nombreuses mises en garde qui lui sont faites.
Après un départ assez lent, c’est finalement avec un grand appétit de connaître le dénouement que j’ai continué cette lecture dont je garderai sûrement un bon souvenir.
L’écrivain national, Serge Joncour, roman de la rentrée littéraire 2014
Lu aussi les billets de Cuné, Clara, Sandrine (Ys), Eimelle, Yueyin, L’Irrégulière, Brize, Alex,
Rentrée littéraire 2014 chez Hérisson,
Ainsi soit Benoîte Groult, Catel,
Quelle merveille, cet album graphique,
cette biographie dessinée d’une femme que je connais un peu grâce à son«Journal à quatre mains» écrit avec sa sœur Flora, et dernièrement avec « Mon évasion », un livre de souvenirs qui m’avait beaucoup plu également!
Ce que j’ai particulièrement aimé dans cette nouvelle évocation de sa vie, c’est qu’elle est faite cette fois par une jeune dessinatrice très douée, tenace et convaincante qui réussit non seulement à briser (un peu) les préjugés de son inspiratrice mais qui finit par entretenir avec elle un vrai climat de sympathie et de proximité. Elle ne se contente pas de retracer les moments forts de sa vie mais elle crayonne sans cesse sur le vif les portraits de ceux qui l’entourent et les maisons et les lieux où vit son modèle
On est toujours à la fois dans le passé et dans le présent de Benoîte Groult qui se révèle , une fois de plus, une personne très attachante et toujours pleine de projets.
C’est passionnant! Je l’ai lu presque d’une traite, malgré le nombre de pages, désolée de devoir arrêter ma lecture par moments. De Catel, j’avais déjà lu les deux albums précédents: Kiki de Montparnasse et Olympe de Gouges mais celui –ci est encore meilleur, je trouve, plus spontané et plus personnel. Un vrai chef d’œuvre !
Je me suis mise à la bande dessinée très tard dans ma vie – ce n’est pas vraiment de mon âge!
Mais j’avais ressenti le coup de foudre de l’amitié dès ma première rencontre avec Catel Muller et je venais de lire d’une seule traite Kiki de Montparnasse, dont les personnages (peintres et écrivains pour la plupart) avaient été les amis de mes parents du temps où ils fréquentaient Montparnasse. (Préface de Benoîte Groult)
A lire aussi, entre autres, les billets de Canel, Mior, Cuné, Theoma, Cathulu,
Ainsi soit Benoîte Groult, Catel, ma BD du mercredi
(Bernard Grasset, octobre 2013, 336 p.)




















